Je demande que les individus de la famille d'Orléans dite Egalité,

soient traduits devant le tribunal révolutionnaire, ainsi que Sillery,

sa femme, Valence, et tous les hommes spécialement attachés à cette

maison; que ce tribunal soit également chargé d'instruire le procès de

tous les autres complices de Dumouriez. Oserai-je nommer ici des

patriotes tels que Brissot, Vergniaud, Gensonné, Guadet?--Je renouvelle

en ce moment la même proposition que j'ai déjà faite à l'égard de

Marie-Antoinette d'Autriche. Je demande que la Convention nationale

s'occupe ensuite sans relâche des moyens tant de fois annoncés de

sauver la patrie, et de soulager la misère du peuple.

* * * * * * * * *

Maximilien Robespierre (1758-1794), Discours sur les moyens à prendre

pour sauver la république, prononcé au Club des Jacobins le 17 avril

1793 (17 avril 1793)

Il est très vrai que l'objet de nos ennemis extérieurs et intérieurs

est de nous amener à une transaction avec les despotes, et, pour y

parvenir, ils répandent de fausses alarmes. Ne négligeons aucune

nouvelle. La vérité ne saurait être trop terrible pour nous. Ceux qui

veulent nous forcer à transiger ne connaissent ni l'esprit des

républiques, ni le génie de la liberté; mais nous ne pouvons compter

sur la punition de nos ennemis qu'autant que nous adopterons des

mesures sages et décisives. . .

La conjuration de Dumouriez a fait de grands maux à la France; mais

elle n'est point arrivée à son terme. Pour la première fois nous avons

un comité patriote. Le comité de salut public n'a pas encore pris

toutes les mesures pour sauver la patrie; mais il a fait des choses

très utiles, et il n'est question que d'éveiller le patriotisme des

citoyens qui composent ce comité.

(Bruit.)

Tout ce qui ne porte pas le caractère d'emportement est écouté avec

défaveur, et cependant jamais nous n'avons eu un plus grand besoin du

sang-froid de la réflexion.

Ce comité a déjà fait destituer plusieurs officiers aristocrates. Le

ministère de la guerre va bien actuellement, je ne réponds pas de

l'avenir; mais ce ministère, composé de vrais patriotes, se concerte

avec le comité de salut public et travaille avec autant de zèle que de

civisme.

Notre armée s'est ralliée et a remporté déjà quelques avantages sur les

Autrichiens, et c'est un miracle que notre armée ait survécu aux

trahisons de Dumouriez. Si cette trahison était arrivée à son terme,

nos places fortes auraient été livrées à l'ennemi, et c'en était fait

de la liberté.

Pour assurer le salut de la république, il faut que tous les officiers

suspects, placés par Beurnonville et ses complices, soient chassés; il

faut ensuite, pour purger l'intérieur, chasser tous les agents du

pouvoir exécutif; il faut renouveler le directoire des postes; il faut

chasser Clavière, l'artisan de tous nos maux, le protecteur de

l'agiotage. Toute la France le proscrit, et le comité de salut public

ne tardera pas à le chasser.

Un fléau non moins redoutable, ce sont les papiers publics soudoyés par

nos ennemis étrangers. Il est bien singulier qu'ils soient les

défenseurs de Dumouriez, les interprètes de Cobourg, et qu'ils

s'unissent à nos ennemis pour égarer l'opinion publique et étouffer la

liberté.

Une mesure révolutionnaire et indispensable, c'est de créer des papiers

patriotes et de proscrire tous ceux que l'aristocratie enfante et

protège.

C'est sur la Convention nationale que nous devons fixer nos regards.

Dans son sein, il existe un parti qui veut la perte de la république;

ce parti a été déconcerté par la découverte de la trahison de

Dumouriez; mais il conserve encore une grande force, et il la puise

dans son système de calomnie, et dans les journaux qui lui sont dévoués

et qui corrompent l'esprit public. Je vous ai dit que les ennemis que

la république a au sein de la Convention veulent favoriser la

contre-révolution par la convocation des assemblées primaires. Cette

vérité est sensible. Plusieurs départements sont déjà, en quelque

sorte, en état de contre-révolution. Les choix seraient influencés par

les riches, par les égoïstes: le plan de nos ennemis est de ressusciter

l'aristocratie. Les assemblées primaires seraient un instrument de

guerre civile: parce que le peuple est égaré, il faut s'attacher à

l'instruire.

Les chefs de la faction profitent de l'indignation qu'ils allument dans

le coeur des citoyens, pour les forcer à convoquer les assemblées

primaires; il faut éviter ce piège. Notre objet doit être de

déconcerter la manoeuvre de nos ennemis, qui ont voulu profiter de la

pétition pour calomnier les patriotes. Ils ont imaginé des moyens pris

dans la source même du patriotisme. On vous a parlé d'un courrier

arrêté à Bordeaux. J'ignore de quelles dépêches était porteur ce

courrier. Le projet de nos ennemis est de dénoncer encore une fois les

Jacobins, de remplir la république de calomnies, d'horreurs et

d'intrigues, pour opérer un mouvement favorable aux armées étrangères.

Je suis instruit qu'il est faux que six mille Marseillais soient en

marche pour se rendre à Paris. Si vous avez ordonné l'impression et

l'affiche de la lettre de Marseille, c'est un arrêté sur lequel vous

pouvez revenir, parce qu'il pourrait fournir à nos ennemis un nouveau

prétexte de renouer leurs intrigues.

Je propose donc à la société: 1° de rapporter l'arrêté par lequel elle

a ordonné la publicité et l'affiche de la lettre de Marseille, et

d'attendre de nouveaux renseignements à ce sujet; 2° de prendre

connaissance du contenu des dépêches du courrier arrêté à Bordeaux

* * * * * * * * *

Maximilien Robespierre (1758-1794), Discours sur les moyens propres à

arrêter les progrès des Vendéens, prononcé à la Convention nationale le

8 mai 1793 (8 mai 1793)

La nécessité de s'armer pour repousser les ennemis de la liberté est

sentie par tous les citoyens. Le besoin de venger nos frères massacrés

est dans le coeur des concitoyens de cette grande cité, qui a si bien

mérité de la patrie. Une seule raison doit frapper la Convention, c'est

d'empêcher que les efforts du patriotisme ne tournent au profit de la

trahison et de l'aristocratie. La guerre étrangère et la guerre civile

ont été jusqu'ici des gouffres qui ont dévoré les meilleurs citoyens.

Paris a fourni plus de cinquante mille hommes, soit contre les despotes

coalisés, soit contre les ennemis intérieurs. Ce n'est point assez que

nous arrêtions la marche des contre-révolutionnaires; prenons des

mesures contre les complices des rebelles et de l'ennemi extérieur, qui

cherchent à faire la contre-révolution dans Paris. Paris est le centre

de la révolution; Paris fut le berceau de la liberté, Paris en sera le

plus ferme rempart. A ce titre, Paris mérite d'être attaqué par tous

les ennemis; c'est contre lui que Brunswick, Cobourg et les rebelles

dirigent tous leurs efforts. S'il y a une armée de

contre-révolutionnaires dans la Vendée, il y en à une autre dans Paris;

il faut contenir l'une et l'autre, et quand nous envoyons les patriotes

de Paris à la Vendée contre les rebelles, il faut que nous n'ayons rien

à craindre ici de leurs complices.

Si l'aristocratie, dans ces derniers jours, a osé lever la tête; si des

citoyens que leur incivisme condamnait au silence se sont répandus dans

les sections, que sera-ce lorsqu'il sera parti une armée de patriotes?

Il faut que les ennemis de la liberté, sous quelque nom qu'ils se

présentent, robins, nobles, financiers, banquiers ou prêtres, ne

puissent lui nuire. Je demande, en conséquence, que tous les gens

suspects soient gardés en otage et mis en état d'arrestation.

(Une grande partie de l'assemblée et les citoyens des galeries

applaudissent. Des rumeurs s'élèvent dans la partie opposée.)

Je dis que, sans cette précaution, les efforts des patriotes

tourneraient au profit de l'aristocratie. Il ne faut pas non plus

déclarer la guerre aux autorités constituées; il faut encourager les

efforts de la commune de Paris, du maire, qui, en mettant en état

d'arrestation les coupables, est loin encore d'avoir rempli la tâche

que lui impose le salut public. Il faut que les bons citoyens veillent

sur les intrigants qui affluent dans les sections, et que nos femmes et

nos enfants respirent en sécurité. Il faut que les citoyens qui vivent

de leur travail, et qui peuvent à peine pourvoir à la subsistance de

leurs familles, reçoivent une indemnité le jour où ils monteront leur

garde.

Il faut veiller à ce que l'on fabrique des armes de toute espèce, afin

de mettre Paris dans un état respectable de défense; car le but des

ennemis est de détruire cette ville. Il faut que des forges soient

établies dans toutes les places publiques, afin de ranimer l'énergie

des citoyens par la vue de nouveaux moyens de défense. Voilà les

mesures que je propose; je prie la Convention de les prendre en très

grande considération.

* * * * * * * * *

Maximilien Robespierre (1758-1794), Discours insurrectionnel contre les

Girondins, prononcé au Club des Jacobins le 26 mai 1793 (26 mai 1793)

Que le triomphe momentané de l'aristocratie ne vous effraie pas plus

que le succès des intrigants dans quelques sections corrompues! Le

faubourg Saint-Antoine écrasera la section du Mail, comme les

sans-culottes de Bordeaux écraseront les aristocrates. Songez que le

peuple de Paris existe encore, que les aristocrates sont innombrables.

Vous devez vous prémunir contre les tours du brissotisme. Les

brissotins sont adroits; mais le peuple est encore plus adroit qu'eux.

Je vous dirais que le peuple doit se reposer sur sa force; mais, quand

le peuple est opprimé, quand il ne lui reste plus que lui-même,

celui-là serait un lâche qui ne lui dirait pas de se lever! C'est quand

toutes les lois sont violées, c'est quand le despotisme est à son

comble, c'est quand on foule aux pieds la bonne foi et la pudeur, que

le peuple doit s'insurger! Ce moment est arrivé: nos ennemis oppriment

ouvertement les patriotes; ils veulent, au nom de la loi, replonger le

peuple dans la misère et dans l'esclavage. Je ne serai jamais l'ami de

ces hommes corrompus, quelques trésors qu'ils m'offrent. J'aime mieux

mourir avec les républicains que de triompher avec ces scélérats.

Je ne connais pour un peuple que deux, manières d'exister: ou bien

qu'il se gouverne lui-même, ou bien qu'il confie ce soin à des

mandataires. Nous, députés républicains, nous voulons établir le

gouvernement du peuple par ses mandataires, avec la responsabilité;

c'est à ces principes que nous rapportons nos opinions, mais le plus

souvent on ne veut pas nous entendre. Un signal rapide, donné par le

président, nous dépouille du droit de suffrage. Je crois que la

souveraineté du peuple est violée, lorsque ses mandataires donnent à

leurs créatures les places qui appartiennent au peuple. D'après ces

principes, je suis douloureusement affecté....

(L'orateur est interrompu par l'annonce d'une députation Tumulte).

Je vais (s'écrie Robespierre) continuer de parler, non pas pour ceux

qui m'interrompent, mais pour les républicains.

J'exhorte chaque citoyen à conserver le sentiment de ses droits; je

l'invite à compter sur sa force et sur celle de toute la nation;

j'invite le peuple à se mettre, dans la Convention nationale, en

insurrection contre tous les députés corrompus. Je déclare qu'ayant

reçu du peuple le droit de défendre ses droits, je regarde comme mon

oppresseur celui qui m'interrompt ou qui me refuse la parole, et je

déclare que, moi seul, je me mets en insurrection contre le président

et contre tous les membres qui siègent dans la Convention. Lorsqu'on

affectera un mépris coupable pour les sans-culottes, je déclare que je

me mets en insurrection contre les députés corrompus. J'invite tous les

députés montagnards à se rallier et à combattre l'aristocratie, et je

dis qu'il n'y a pour eux qu'une alternative: ou de résister de toutes

leurs forces, de tout leur pouvoir aux efforts de l'intrigue, ou de

donner leur démission.

Il faut en même temps que le peuple français connaisse ses droits, car

les députés fidèles ne peuvent rien sans le peuple.

Si la trahison appelle les ennemis étrangers dans le sein de la France;

si, lorsque nos canonniers tiennent dans leurs mains la foudre qui doit

exterminer les tyrans et leurs satellites, nous voyons l'ennemi

approcher de nos murs, alors je déclare que je punirai moi-même les

traîtres, et je promets de regarder tout conspirateur comme mon ennemi,

et de le traiter comme tel.

* * * * * * * * *

Maximilien Robespierre (1758-1794), Deuxième discours contre les

Girondins, prononcé à la Convention nationale le 28 mai 1793 (28 mai

1793)

Je réclame votre attention et votre indulgence, parce que je suis dans

l'impossibilité physique de dire tout ce que m'inspire ma sensibilité

pour les dangers de la patrie, indignement trahie. Pour sonder toute la

profondeur de l'abîme, il suffit de parcourir cette enceinte, de se

rappeler ce qui s'est fait hier, alors on concevra qu'il est à craindre

que le triomphe de la vertu soit passager, et le triomphe du vice

éternel. J'ai promis de ne dire que deux mots. Voici mon opinion. Vous

êtes menacés d'une conspiration que des hommes stupides ont pu seuls ne

pas apercevoir. Vous avez vu depuis quelques jours une ligue forcenée

s'armer contre le patriotisme. Se présentait-on à l'assemblée avec les

livrées de l'aristocratie, on était accueilli, embrassé. Les malheureux

patriotes paraissaient-ils à leur tour, on les écrasait. On ne

respectait pas même les bienséances dont les tyrans s'environnaient. On

n'a pas rougi de nommer une commission inquisitoriale; on l'a composée

des hommes évidemment connus pour les ennemis des patriotes. La

conspiration a été déjouée hier; mais la perfidie a renoué ses trames

cette nuit.

Voulez-vous en saisir les fils? rapprochez la conjuration de Dumouriez;

rappelez-vous qu'il mettait pour première base de ses propositions la

perte des vrais républicains, la perte des patriotes, la perte de

Paris. Eh bien! tout ce que vous avez vu depuis quelques jours n'est

que la suite de cet infernal système.

Puisqu'il ne m'est pas possible de m'étendre davantage, permettez-moi

de vous montrer la véritable cause de nos dangers. Tout ce qui se passe

n'a d'autre objet que de rétablir le despotisme. (Il lit.) "On nous

parle d'une troisième faction, d'une faction de régicides, qui veut

créer un dictateur et établir une république. Si ce parti du régicide

existe, s'il existe des hommes qui tendent à établir actuellement la

république sur les débris de la constitution, le glaive de la loi doit

frapper sur eux comme sur les partisans des deux chambres et sur les

rebelles de Coblentz."

Plusieurs voix: La date!

Robespierre. Ne m'interrompez pas!

Biroteau. Tu défendais la constitution.

Robespierre. Voulez-vous comprendre le véritable sens de cette

doctrine? Il suffit de rapprocher l'époque où le discours dont je viens

de lire un passage a été tenu. C'était le 21 juillet, à la tribune de

l'assemblée Législative, à l'époque où les fédérés étaient rassemblés à

Paris pour punir un tyran parjure et conspirateur, et demandaient à

grands cris la république.

Barbaroux. A cette époque, ne faisais-tu pas le _Défenseur de la

Constitution?_

Robespierre. Vous voyez qu'on profite de la faiblesse de mon organe

pour m'empêcher de faire entendre des vérités. Vous voyez par ce

passage d'un ouvrage d'un homme dont ceux qui veulent nous subjuguer

proclament l'ardent civisme, le républicanisme imperturbable, et qui

cependant disait à la tribune que ceux qui pouvaient attaquer le roi

étaient des ennemis de la patrie; vous voyez qu'on cherchait à

déshonorer la sainte entreprise des fédérés, en les accusant de vouloir

faire un dictateur. Vous voyez que l'orateur disait que ceux qui

concevaient ces idées républicaines devaient être frappés du glaive de

la loi, comme les contre-révolutionnaires de Coblentz et les partisans

des deux chambres. D'après cette doctrine, ouvertement professée par

Brissot, à cette époque critique de notre révolution, ne vous étonnez

pas que depuis on ait poursuivi les républicains. Ne vous étonnez pas

si, dans le moment où je vous parle, on nomme des commissaires

perfides, on répand des libelles pour faire égorger les républicains

échappés au glaive de ces ardents amis des rois; ne vous étonnez pas

qu'au moment où nos troupes éprouvent quelques revers, où l'on apprend

que Valenciennes était bloquée, on ait ourdi la conspiration qui s'est

hier dévoilée à nos yeux d'une manière si éclatante, et que, tandis que

par de subtiles chicanes on tient la Convention dans l'inaction, vous

assuriez le triomphe des royalistes. Ils ne cessent de conspirer avec

les ennemis intérieurs et extérieurs de la république. Voilà la

déclaration que je voulais faire avant de voir la faction détestable

consommer la ruine de la patrie, si toutefois la patrie pouvait périr

sous les coups des plus vils mortels.

Maintenant, je laisse ces hommes criminels finir leur odieuse carrière.

Je leur abandonne cette tribune; qu'ils viennent y distiller leurs

poisons; qu'ils viennent y secouer les brandons de la guerre civile;

qu'ils entretiennent des correspondances avec les ennemis de la patrie;

qu'ils finissent leur carrière: la nation les jugera. Que ce qu'il y a

de plus lâche, de plus vil et de plus impur sur la terre triomphe et

ramène à l'esclavage une nation de vingt-cinq millions d'hommes qui

voulaient être libres! Je regrette que la faiblesse de mes organes ne

me permette pas de développer toutes leurs trames. C'est aux

républicains à les replonger dans l'abîme de la honte.

* * * * * * * * *

Maximilien Robespierre (1758-1794), Troisième discours contre les

Girondins, prononcé à la Convention nationale le 31 mai 1793 (31 mai

1793)

Citoyens, ne perdons pas ce jour en vaines clameurs et en mesures

insignifiantes. Ce jour est peut-être le dernier où le patriotisme

combattra la tyrannie. Que les fidèles représentants du peuple se

réunissent pour assurer son bonheur!

(Vergniaud rentre dans l'assemblée. Il s'élève quelques rumeurs. )

Robespierre. Je n'occuperai point l'assemblée de la fuite ou du retour

de ceux qui ont déserté ses séances.

(Vergniaud. Je demande la parole.)

Robespierre. Je vous ai déjà dit que ce n'était pas par des mesures

insignifiantes qu'on sauvait la patrie. Votre comité de salut public

vous a fait plusieurs propositions. Il en est une que j'adopte, c'est

celle de la suppression de la commission des Douze; mais croyez-vous

que cette mesure ait assez d'importance pour contenter les amis

inquiets de la patrie? Non; déjà cette commission a été supprimée, et

le cours des trahisons n'a pas été interrompu; car le lendemain on a

osé faire rapporter ce décret salutaire, et l'oppression a pesé sur la

tète des patriotes. Supprimez donc cette commission; mais prenez des

mesures vigoureuses contre les membres qui la composent; et à cet

égard, les pétitionnaires qui viennent d'être entendus vous ont indiqué

la marche que vous devez suivre.

Quant à la force armée qu'on propose de mettre à la disposition de

l'assemblée, en rendant justice aux motifs patriotiques qui ont dicté

cette mesure au comité de salut public, je dois la combattre. En effet,

qu'est-ce que la force armée qu'on veut mettre à la disposition de la

Convention? Ce sont des citoyens armés pour défendre leur liberté

contre les scélérats qui les trahissent, et il y en a dans l'assemblée.

De quoi se composent les délibérations de la Convention? N'est-ce pas

des individus dénoncés par Paris? et nous avons trop d'exemples que nos

délibérations ont été dirigées par ces mêmes hommes; mais n'ai-je pas

aujourd'hui même entendu faire la proposition de poursuivre les auteurs

de l'insurrection qui vient d'éclater? Il est donc ici des hommes qui

voudraient punir cette insurrection? Ce serait donc une absurdité de

remettre entre leurs mains la force armée. Mais les mesures proposées

par le comité sont-elles les seules que vous deviez adopter? Les

pétitionnaires ne vous en ont-ils pas proposé de capables de sauver la

chose publique? Les propositions que j'ai combattues peuvent-elles

empêcher l'armée d'être trahie? Non. Il faut purger l'armée; il faut....

(Vergniaud. Concluez donc.)

Robespierre. Oui, je vais conclure, et contre vous! contre vous qui,

après la révolution du 10 août, avez voulu conduire à l'échafaud ceux

qui l'ont faite! contre vous, qui n'avez cessé de provoquer la

destruction de Paris! contre vous, qui avez voulu sauver le tyran!

contre vous, qui avez conspiré avec Dumouriez! contre vous, qui avez

poursuivi avec acharnement les mêmes patriotes dont Dumouriez demandait

la tête! contre vous, dont les vengeances criminelles ont provoqué ces

mêmes cris d'indignation dont vous voulez faire un crime à ceux qui

sont vos victimes! Eh bien! ma conclusion, c'est le décret d'accusation

contre tous les complices de Dumouriez et contre tous ceux qui ont été

désignés par les pétitionnaires.

* * * * * * * * *

Maximilien Robespierre (1758-1794), Discours au sujet d'une adresse lue

à la Convention par le citoyen Royer, curé de Chalons-sur-Saône,

prononcé au Club des Jacobins le 7 août 1793 (7 août 1793)

Les envoyés de la république française viennent de sauver la patrie;

l'acte qu'ils viennent de faire est le garant immortel de la liberté;

il est la réponse à quatre ans de calomnies, qui ont manqué de perdre

sans retour la république.

C'est le quatrième démenti qu'ils donnent aux espérances coupables des

coupables ennemis du peuple.

Le premier est lorsqu'on 89 ils se rangèrent, malgré les intrigues des

ordres privilégiés et la volonté impérieuse d'un despote, sous

l'étendard de la liberté naissante.

Le second est lorsqu'au 10 août, malgré le soin des traîtres qui

croyaient avoir séduit la majorité des sans-culottes, ils surent

déjouer leurs combinaisons astucieuses, en marchant en masse pour

écraser le tyran.

Le troisième est lorsqu'à la voix des législateurs ils surent repousser

le fédéralisme, que leur insinuaient adroitement les plus perfides et

les plus scélérats des hommes.

Le quatrième est en venant aujourd'hui confondre avec nous leurs voeux

pour la patrie, et ajouter leurs efforts à ceux que nous déployons sans

cesse pour le maintien de la république et l'anéantissement des

conspirateurs.

J'applaudis à l'adresse présentée par Royer; j'invite les envoyés de la

république à venir en faire hommage à la Convention, et leur promets

qu'elle en ordonnera l'insertion dans son bulletin, et l'envoi dans

tous les départements de la république.

(Ici un envoyé des départements demande qu'on n'accorde la parole

qu'aux envoyés, et qu'on en prive les Parisiens. Après un long murmure,

on la réclame pour Robespierre.)

C'est avec regret que je me vois forcé de prendre aujourd'hui la

parole: mon devoir était de me taire et de laisser parler les citoyens

qui, avec moins d'habitude de le parole, ont apporté ici l'intention et

les moyens de sauver la chose publique; mais j'atteste les citoyens qui

me connaissent, que la nécessité seule de vous entretenir du salut

public a pu m'y engager en cet instant.

Les ennemis du peuple n'ont jamais pris de mesure plus adroite pour

perdre la patrie, que d'attribuer aux plus chauds amis de la liberté

leurs propres crimes.

Le cabinet de Saint-James, qui a des agents dans la république, et

spécialement dans tous les ports de mer, a la plus grande part dans

tous ces complots.

J'annonce des nouvelles désastreuses qui ne doivent pas effrayer les

républicains, parce qu'ils ne doivent s'effrayer de rien, parce qu'un

malheur de plus n'est que l'assurance réitérée d'un succès plus

constant.

A Huningue, dans quelques autres villes, des magasins ont été

incendiés, et l'on ignore encore, peut-être parce qu'on veut l'ignorer,

si ce malheur .est dû au hasard ou à la malveillance.

Tous les moyens ont été employés pour occasionner un mouvement, en

amenant une disette factice. Depuis une quinzaine de jours, il est

sorti de Paris, en subsistance seulement, au moins de quoi nourrir cent

mille hommes; on fomente encore des troubles, et c'est particulièrement

vers trois objets que paraissent se diriger les mouvements qu'on

provoque.

Faire piller les magasins par le peuple, ou plutôt par des scélérats

déguisés sous l'habit que porte le peuple, sous l'habit respectable de

la pauvreté.

Le second, de porter le peuple vers les prisons, et d'y renouveler les

horreurs de septembre.

Le troisième est de se porter sur l'Arsenal, et de s'y emparer des

munitions de toute espèce..

Discours par Maximilien Robespierre — 21 octobre 1789-1er juillet 1794 · 第 15 / 27 段