soient traduits devant le tribunal révolutionnaire, ainsi que Sillery,
sa femme, Valence, et tous les hommes spécialement attachés à cette
maison; que ce tribunal soit également chargé d'instruire le procès de
tous les autres complices de Dumouriez. Oserai-je nommer ici des
patriotes tels que Brissot, Vergniaud, Gensonné, Guadet?--Je renouvelle
en ce moment la même proposition que j'ai déjà faite à l'égard de
Marie-Antoinette d'Autriche. Je demande que la Convention nationale
s'occupe ensuite sans relâche des moyens tant de fois annoncés de
sauver la patrie, et de soulager la misère du peuple.
* * * * * * * * *
Maximilien Robespierre (1758-1794), Discours sur les moyens à prendre
pour sauver la république, prononcé au Club des Jacobins le 17 avril
1793 (17 avril 1793)
Il est très vrai que l'objet de nos ennemis extérieurs et intérieurs
est de nous amener à une transaction avec les despotes, et, pour y
parvenir, ils répandent de fausses alarmes. Ne négligeons aucune
nouvelle. La vérité ne saurait être trop terrible pour nous. Ceux qui
veulent nous forcer à transiger ne connaissent ni l'esprit des
républiques, ni le génie de la liberté; mais nous ne pouvons compter
sur la punition de nos ennemis qu'autant que nous adopterons des
mesures sages et décisives. . .
La conjuration de Dumouriez a fait de grands maux à la France; mais
elle n'est point arrivée à son terme. Pour la première fois nous avons
un comité patriote. Le comité de salut public n'a pas encore pris
toutes les mesures pour sauver la patrie; mais il a fait des choses
très utiles, et il n'est question que d'éveiller le patriotisme des
citoyens qui composent ce comité.
(Bruit.)
Tout ce qui ne porte pas le caractère d'emportement est écouté avec
défaveur, et cependant jamais nous n'avons eu un plus grand besoin du
sang-froid de la réflexion.
Ce comité a déjà fait destituer plusieurs officiers aristocrates. Le
ministère de la guerre va bien actuellement, je ne réponds pas de
l'avenir; mais ce ministère, composé de vrais patriotes, se concerte
avec le comité de salut public et travaille avec autant de zèle que de
civisme.
Notre armée s'est ralliée et a remporté déjà quelques avantages sur les
Autrichiens, et c'est un miracle que notre armée ait survécu aux
trahisons de Dumouriez. Si cette trahison était arrivée à son terme,
nos places fortes auraient été livrées à l'ennemi, et c'en était fait
de la liberté.
Pour assurer le salut de la république, il faut que tous les officiers
suspects, placés par Beurnonville et ses complices, soient chassés; il
faut ensuite, pour purger l'intérieur, chasser tous les agents du
pouvoir exécutif; il faut renouveler le directoire des postes; il faut
chasser Clavière, l'artisan de tous nos maux, le protecteur de
l'agiotage. Toute la France le proscrit, et le comité de salut public
ne tardera pas à le chasser.
Un fléau non moins redoutable, ce sont les papiers publics soudoyés par
nos ennemis étrangers. Il est bien singulier qu'ils soient les
défenseurs de Dumouriez, les interprètes de Cobourg, et qu'ils
s'unissent à nos ennemis pour égarer l'opinion publique et étouffer la
liberté.
Une mesure révolutionnaire et indispensable, c'est de créer des papiers
patriotes et de proscrire tous ceux que l'aristocratie enfante et
protège.
C'est sur la Convention nationale que nous devons fixer nos regards.
Dans son sein, il existe un parti qui veut la perte de la république;
ce parti a été déconcerté par la découverte de la trahison de
Dumouriez; mais il conserve encore une grande force, et il la puise
dans son système de calomnie, et dans les journaux qui lui sont dévoués
et qui corrompent l'esprit public. Je vous ai dit que les ennemis que
la république a au sein de la Convention veulent favoriser la
contre-révolution par la convocation des assemblées primaires. Cette
vérité est sensible. Plusieurs départements sont déjà, en quelque
sorte, en état de contre-révolution. Les choix seraient influencés par
les riches, par les égoïstes: le plan de nos ennemis est de ressusciter
l'aristocratie. Les assemblées primaires seraient un instrument de
guerre civile: parce que le peuple est égaré, il faut s'attacher à
l'instruire.
Les chefs de la faction profitent de l'indignation qu'ils allument dans
le coeur des citoyens, pour les forcer à convoquer les assemblées
primaires; il faut éviter ce piège. Notre objet doit être de
déconcerter la manoeuvre de nos ennemis, qui ont voulu profiter de la
pétition pour calomnier les patriotes. Ils ont imaginé des moyens pris
dans la source même du patriotisme. On vous a parlé d'un courrier
arrêté à Bordeaux. J'ignore de quelles dépêches était porteur ce
courrier. Le projet de nos ennemis est de dénoncer encore une fois les
Jacobins, de remplir la république de calomnies, d'horreurs et
d'intrigues, pour opérer un mouvement favorable aux armées étrangères.
Je suis instruit qu'il est faux que six mille Marseillais soient en
marche pour se rendre à Paris. Si vous avez ordonné l'impression et
l'affiche de la lettre de Marseille, c'est un arrêté sur lequel vous
pouvez revenir, parce qu'il pourrait fournir à nos ennemis un nouveau
prétexte de renouer leurs intrigues.
Je propose donc à la société: 1° de rapporter l'arrêté par lequel elle
a ordonné la publicité et l'affiche de la lettre de Marseille, et
d'attendre de nouveaux renseignements à ce sujet; 2° de prendre
connaissance du contenu des dépêches du courrier arrêté à Bordeaux
* * * * * * * * *
Maximilien Robespierre (1758-1794), Discours sur les moyens propres à
arrêter les progrès des Vendéens, prononcé à la Convention nationale le
8 mai 1793 (8 mai 1793)
La nécessité de s'armer pour repousser les ennemis de la liberté est
sentie par tous les citoyens. Le besoin de venger nos frères massacrés
est dans le coeur des concitoyens de cette grande cité, qui a si bien
mérité de la patrie. Une seule raison doit frapper la Convention, c'est
d'empêcher que les efforts du patriotisme ne tournent au profit de la
trahison et de l'aristocratie. La guerre étrangère et la guerre civile
ont été jusqu'ici des gouffres qui ont dévoré les meilleurs citoyens.
Paris a fourni plus de cinquante mille hommes, soit contre les despotes
coalisés, soit contre les ennemis intérieurs. Ce n'est point assez que
nous arrêtions la marche des contre-révolutionnaires; prenons des
mesures contre les complices des rebelles et de l'ennemi extérieur, qui
cherchent à faire la contre-révolution dans Paris. Paris est le centre
de la révolution; Paris fut le berceau de la liberté, Paris en sera le
plus ferme rempart. A ce titre, Paris mérite d'être attaqué par tous
les ennemis; c'est contre lui que Brunswick, Cobourg et les rebelles
dirigent tous leurs efforts. S'il y a une armée de
contre-révolutionnaires dans la Vendée, il y en à une autre dans Paris;
il faut contenir l'une et l'autre, et quand nous envoyons les patriotes
de Paris à la Vendée contre les rebelles, il faut que nous n'ayons rien
à craindre ici de leurs complices.
Si l'aristocratie, dans ces derniers jours, a osé lever la tête; si des
citoyens que leur incivisme condamnait au silence se sont répandus dans
les sections, que sera-ce lorsqu'il sera parti une armée de patriotes?
Il faut que les ennemis de la liberté, sous quelque nom qu'ils se
présentent, robins, nobles, financiers, banquiers ou prêtres, ne
puissent lui nuire. Je demande, en conséquence, que tous les gens
suspects soient gardés en otage et mis en état d'arrestation.
(Une grande partie de l'assemblée et les citoyens des galeries
applaudissent. Des rumeurs s'élèvent dans la partie opposée.)
Je dis que, sans cette précaution, les efforts des patriotes
tourneraient au profit de l'aristocratie. Il ne faut pas non plus
déclarer la guerre aux autorités constituées; il faut encourager les
efforts de la commune de Paris, du maire, qui, en mettant en état
d'arrestation les coupables, est loin encore d'avoir rempli la tâche
que lui impose le salut public. Il faut que les bons citoyens veillent
sur les intrigants qui affluent dans les sections, et que nos femmes et
nos enfants respirent en sécurité. Il faut que les citoyens qui vivent
de leur travail, et qui peuvent à peine pourvoir à la subsistance de
leurs familles, reçoivent une indemnité le jour où ils monteront leur
garde.
Il faut veiller à ce que l'on fabrique des armes de toute espèce, afin
de mettre Paris dans un état respectable de défense; car le but des
ennemis est de détruire cette ville. Il faut que des forges soient
établies dans toutes les places publiques, afin de ranimer l'énergie
des citoyens par la vue de nouveaux moyens de défense. Voilà les
mesures que je propose; je prie la Convention de les prendre en très
grande considération.
* * * * * * * * *
Maximilien Robespierre (1758-1794), Discours insurrectionnel contre les
Girondins, prononcé au Club des Jacobins le 26 mai 1793 (26 mai 1793)
Que le triomphe momentané de l'aristocratie ne vous effraie pas plus
que le succès des intrigants dans quelques sections corrompues! Le
faubourg Saint-Antoine écrasera la section du Mail, comme les
sans-culottes de Bordeaux écraseront les aristocrates. Songez que le
peuple de Paris existe encore, que les aristocrates sont innombrables.
Vous devez vous prémunir contre les tours du brissotisme. Les
brissotins sont adroits; mais le peuple est encore plus adroit qu'eux.
Je vous dirais que le peuple doit se reposer sur sa force; mais, quand
le peuple est opprimé, quand il ne lui reste plus que lui-même,
celui-là serait un lâche qui ne lui dirait pas de se lever! C'est quand
toutes les lois sont violées, c'est quand le despotisme est à son
comble, c'est quand on foule aux pieds la bonne foi et la pudeur, que
le peuple doit s'insurger! Ce moment est arrivé: nos ennemis oppriment
ouvertement les patriotes; ils veulent, au nom de la loi, replonger le
peuple dans la misère et dans l'esclavage. Je ne serai jamais l'ami de
ces hommes corrompus, quelques trésors qu'ils m'offrent. J'aime mieux
mourir avec les républicains que de triompher avec ces scélérats.
Je ne connais pour un peuple que deux, manières d'exister: ou bien
qu'il se gouverne lui-même, ou bien qu'il confie ce soin à des
mandataires. Nous, députés républicains, nous voulons établir le
gouvernement du peuple par ses mandataires, avec la responsabilité;
c'est à ces principes que nous rapportons nos opinions, mais le plus
souvent on ne veut pas nous entendre. Un signal rapide, donné par le
président, nous dépouille du droit de suffrage. Je crois que la
souveraineté du peuple est violée, lorsque ses mandataires donnent à
leurs créatures les places qui appartiennent au peuple. D'après ces
principes, je suis douloureusement affecté....
(L'orateur est interrompu par l'annonce d'une députation Tumulte).
Je vais (s'écrie Robespierre) continuer de parler, non pas pour ceux
qui m'interrompent, mais pour les républicains.
J'exhorte chaque citoyen à conserver le sentiment de ses droits; je
l'invite à compter sur sa force et sur celle de toute la nation;
j'invite le peuple à se mettre, dans la Convention nationale, en
insurrection contre tous les députés corrompus. Je déclare qu'ayant
reçu du peuple le droit de défendre ses droits, je regarde comme mon
oppresseur celui qui m'interrompt ou qui me refuse la parole, et je
déclare que, moi seul, je me mets en insurrection contre le président
et contre tous les membres qui siègent dans la Convention. Lorsqu'on
affectera un mépris coupable pour les sans-culottes, je déclare que je
me mets en insurrection contre les députés corrompus. J'invite tous les
députés montagnards à se rallier et à combattre l'aristocratie, et je
dis qu'il n'y a pour eux qu'une alternative: ou de résister de toutes
leurs forces, de tout leur pouvoir aux efforts de l'intrigue, ou de
donner leur démission.
Il faut en même temps que le peuple français connaisse ses droits, car
les députés fidèles ne peuvent rien sans le peuple.
Si la trahison appelle les ennemis étrangers dans le sein de la France;
si, lorsque nos canonniers tiennent dans leurs mains la foudre qui doit
exterminer les tyrans et leurs satellites, nous voyons l'ennemi
approcher de nos murs, alors je déclare que je punirai moi-même les
traîtres, et je promets de regarder tout conspirateur comme mon ennemi,
et de le traiter comme tel.
* * * * * * * * *
Maximilien Robespierre (1758-1794), Deuxième discours contre les
Girondins, prononcé à la Convention nationale le 28 mai 1793 (28 mai
1793)
Je réclame votre attention et votre indulgence, parce que je suis dans
l'impossibilité physique de dire tout ce que m'inspire ma sensibilité
pour les dangers de la patrie, indignement trahie. Pour sonder toute la
profondeur de l'abîme, il suffit de parcourir cette enceinte, de se
rappeler ce qui s'est fait hier, alors on concevra qu'il est à craindre
que le triomphe de la vertu soit passager, et le triomphe du vice
éternel. J'ai promis de ne dire que deux mots. Voici mon opinion. Vous
êtes menacés d'une conspiration que des hommes stupides ont pu seuls ne
pas apercevoir. Vous avez vu depuis quelques jours une ligue forcenée
s'armer contre le patriotisme. Se présentait-on à l'assemblée avec les
livrées de l'aristocratie, on était accueilli, embrassé. Les malheureux
patriotes paraissaient-ils à leur tour, on les écrasait. On ne
respectait pas même les bienséances dont les tyrans s'environnaient. On
n'a pas rougi de nommer une commission inquisitoriale; on l'a composée
des hommes évidemment connus pour les ennemis des patriotes. La
conspiration a été déjouée hier; mais la perfidie a renoué ses trames
cette nuit.
Voulez-vous en saisir les fils? rapprochez la conjuration de Dumouriez;
rappelez-vous qu'il mettait pour première base de ses propositions la
perte des vrais républicains, la perte des patriotes, la perte de
Paris. Eh bien! tout ce que vous avez vu depuis quelques jours n'est
que la suite de cet infernal système.
Puisqu'il ne m'est pas possible de m'étendre davantage, permettez-moi
de vous montrer la véritable cause de nos dangers. Tout ce qui se passe
n'a d'autre objet que de rétablir le despotisme. (Il lit.) "On nous
parle d'une troisième faction, d'une faction de régicides, qui veut
créer un dictateur et établir une république. Si ce parti du régicide
existe, s'il existe des hommes qui tendent à établir actuellement la
république sur les débris de la constitution, le glaive de la loi doit
frapper sur eux comme sur les partisans des deux chambres et sur les
rebelles de Coblentz."
Plusieurs voix: La date!
Robespierre. Ne m'interrompez pas!
Biroteau. Tu défendais la constitution.
Robespierre. Voulez-vous comprendre le véritable sens de cette
doctrine? Il suffit de rapprocher l'époque où le discours dont je viens
de lire un passage a été tenu. C'était le 21 juillet, à la tribune de
l'assemblée Législative, à l'époque où les fédérés étaient rassemblés à
Paris pour punir un tyran parjure et conspirateur, et demandaient à
grands cris la république.
Barbaroux. A cette époque, ne faisais-tu pas le _Défenseur de la
Constitution?_
Robespierre. Vous voyez qu'on profite de la faiblesse de mon organe
pour m'empêcher de faire entendre des vérités. Vous voyez par ce
passage d'un ouvrage d'un homme dont ceux qui veulent nous subjuguer
proclament l'ardent civisme, le républicanisme imperturbable, et qui
cependant disait à la tribune que ceux qui pouvaient attaquer le roi
étaient des ennemis de la patrie; vous voyez qu'on cherchait à
déshonorer la sainte entreprise des fédérés, en les accusant de vouloir
faire un dictateur. Vous voyez que l'orateur disait que ceux qui
concevaient ces idées républicaines devaient être frappés du glaive de
la loi, comme les contre-révolutionnaires de Coblentz et les partisans
des deux chambres. D'après cette doctrine, ouvertement professée par
Brissot, à cette époque critique de notre révolution, ne vous étonnez
pas que depuis on ait poursuivi les républicains. Ne vous étonnez pas
si, dans le moment où je vous parle, on nomme des commissaires
perfides, on répand des libelles pour faire égorger les républicains
échappés au glaive de ces ardents amis des rois; ne vous étonnez pas
qu'au moment où nos troupes éprouvent quelques revers, où l'on apprend
que Valenciennes était bloquée, on ait ourdi la conspiration qui s'est
hier dévoilée à nos yeux d'une manière si éclatante, et que, tandis que
par de subtiles chicanes on tient la Convention dans l'inaction, vous
assuriez le triomphe des royalistes. Ils ne cessent de conspirer avec
les ennemis intérieurs et extérieurs de la république. Voilà la
déclaration que je voulais faire avant de voir la faction détestable
consommer la ruine de la patrie, si toutefois la patrie pouvait périr
sous les coups des plus vils mortels.
Maintenant, je laisse ces hommes criminels finir leur odieuse carrière.
Je leur abandonne cette tribune; qu'ils viennent y distiller leurs
poisons; qu'ils viennent y secouer les brandons de la guerre civile;
qu'ils entretiennent des correspondances avec les ennemis de la patrie;
qu'ils finissent leur carrière: la nation les jugera. Que ce qu'il y a
de plus lâche, de plus vil et de plus impur sur la terre triomphe et
ramène à l'esclavage une nation de vingt-cinq millions d'hommes qui
voulaient être libres! Je regrette que la faiblesse de mes organes ne
me permette pas de développer toutes leurs trames. C'est aux
républicains à les replonger dans l'abîme de la honte.
* * * * * * * * *
Maximilien Robespierre (1758-1794), Troisième discours contre les
Girondins, prononcé à la Convention nationale le 31 mai 1793 (31 mai
1793)
Citoyens, ne perdons pas ce jour en vaines clameurs et en mesures
insignifiantes. Ce jour est peut-être le dernier où le patriotisme
combattra la tyrannie. Que les fidèles représentants du peuple se
réunissent pour assurer son bonheur!
(Vergniaud rentre dans l'assemblée. Il s'élève quelques rumeurs. )
Robespierre. Je n'occuperai point l'assemblée de la fuite ou du retour
de ceux qui ont déserté ses séances.
(Vergniaud. Je demande la parole.)
Robespierre. Je vous ai déjà dit que ce n'était pas par des mesures
insignifiantes qu'on sauvait la patrie. Votre comité de salut public
vous a fait plusieurs propositions. Il en est une que j'adopte, c'est
celle de la suppression de la commission des Douze; mais croyez-vous
que cette mesure ait assez d'importance pour contenter les amis
inquiets de la patrie? Non; déjà cette commission a été supprimée, et
le cours des trahisons n'a pas été interrompu; car le lendemain on a
osé faire rapporter ce décret salutaire, et l'oppression a pesé sur la
tète des patriotes. Supprimez donc cette commission; mais prenez des
mesures vigoureuses contre les membres qui la composent; et à cet
égard, les pétitionnaires qui viennent d'être entendus vous ont indiqué
la marche que vous devez suivre.
Quant à la force armée qu'on propose de mettre à la disposition de
l'assemblée, en rendant justice aux motifs patriotiques qui ont dicté
cette mesure au comité de salut public, je dois la combattre. En effet,
qu'est-ce que la force armée qu'on veut mettre à la disposition de la
Convention? Ce sont des citoyens armés pour défendre leur liberté
contre les scélérats qui les trahissent, et il y en a dans l'assemblée.
De quoi se composent les délibérations de la Convention? N'est-ce pas
des individus dénoncés par Paris? et nous avons trop d'exemples que nos
délibérations ont été dirigées par ces mêmes hommes; mais n'ai-je pas
aujourd'hui même entendu faire la proposition de poursuivre les auteurs
de l'insurrection qui vient d'éclater? Il est donc ici des hommes qui
voudraient punir cette insurrection? Ce serait donc une absurdité de
remettre entre leurs mains la force armée. Mais les mesures proposées
par le comité sont-elles les seules que vous deviez adopter? Les
pétitionnaires ne vous en ont-ils pas proposé de capables de sauver la
chose publique? Les propositions que j'ai combattues peuvent-elles
empêcher l'armée d'être trahie? Non. Il faut purger l'armée; il faut....
(Vergniaud. Concluez donc.)
Robespierre. Oui, je vais conclure, et contre vous! contre vous qui,
après la révolution du 10 août, avez voulu conduire à l'échafaud ceux
qui l'ont faite! contre vous, qui n'avez cessé de provoquer la
destruction de Paris! contre vous, qui avez voulu sauver le tyran!
contre vous, qui avez conspiré avec Dumouriez! contre vous, qui avez
poursuivi avec acharnement les mêmes patriotes dont Dumouriez demandait
la tête! contre vous, dont les vengeances criminelles ont provoqué ces
mêmes cris d'indignation dont vous voulez faire un crime à ceux qui
sont vos victimes! Eh bien! ma conclusion, c'est le décret d'accusation
contre tous les complices de Dumouriez et contre tous ceux qui ont été
désignés par les pétitionnaires.
* * * * * * * * *
Maximilien Robespierre (1758-1794), Discours au sujet d'une adresse lue
à la Convention par le citoyen Royer, curé de Chalons-sur-Saône,
prononcé au Club des Jacobins le 7 août 1793 (7 août 1793)
Les envoyés de la république française viennent de sauver la patrie;
l'acte qu'ils viennent de faire est le garant immortel de la liberté;
il est la réponse à quatre ans de calomnies, qui ont manqué de perdre
sans retour la république.
C'est le quatrième démenti qu'ils donnent aux espérances coupables des
coupables ennemis du peuple.
Le premier est lorsqu'on 89 ils se rangèrent, malgré les intrigues des
ordres privilégiés et la volonté impérieuse d'un despote, sous
l'étendard de la liberté naissante.
Le second est lorsqu'au 10 août, malgré le soin des traîtres qui
croyaient avoir séduit la majorité des sans-culottes, ils surent
déjouer leurs combinaisons astucieuses, en marchant en masse pour
écraser le tyran.
Le troisième est lorsqu'à la voix des législateurs ils surent repousser
le fédéralisme, que leur insinuaient adroitement les plus perfides et
les plus scélérats des hommes.
Le quatrième est en venant aujourd'hui confondre avec nous leurs voeux
pour la patrie, et ajouter leurs efforts à ceux que nous déployons sans
cesse pour le maintien de la république et l'anéantissement des
conspirateurs.
J'applaudis à l'adresse présentée par Royer; j'invite les envoyés de la
république à venir en faire hommage à la Convention, et leur promets
qu'elle en ordonnera l'insertion dans son bulletin, et l'envoi dans
tous les départements de la république.
(Ici un envoyé des départements demande qu'on n'accorde la parole
qu'aux envoyés, et qu'on en prive les Parisiens. Après un long murmure,
on la réclame pour Robespierre.)
C'est avec regret que je me vois forcé de prendre aujourd'hui la
parole: mon devoir était de me taire et de laisser parler les citoyens
qui, avec moins d'habitude de le parole, ont apporté ici l'intention et
les moyens de sauver la chose publique; mais j'atteste les citoyens qui
me connaissent, que la nécessité seule de vous entretenir du salut
public a pu m'y engager en cet instant.
Les ennemis du peuple n'ont jamais pris de mesure plus adroite pour
perdre la patrie, que d'attribuer aux plus chauds amis de la liberté
leurs propres crimes.
Le cabinet de Saint-James, qui a des agents dans la république, et
spécialement dans tous les ports de mer, a la plus grande part dans
tous ces complots.
J'annonce des nouvelles désastreuses qui ne doivent pas effrayer les
républicains, parce qu'ils ne doivent s'effrayer de rien, parce qu'un
malheur de plus n'est que l'assurance réitérée d'un succès plus
constant.
A Huningue, dans quelques autres villes, des magasins ont été
incendiés, et l'on ignore encore, peut-être parce qu'on veut l'ignorer,
si ce malheur .est dû au hasard ou à la malveillance.
Tous les moyens ont été employés pour occasionner un mouvement, en
amenant une disette factice. Depuis une quinzaine de jours, il est
sorti de Paris, en subsistance seulement, au moins de quoi nourrir cent
mille hommes; on fomente encore des troubles, et c'est particulièrement
vers trois objets que paraissent se diriger les mouvements qu'on
provoque.
Faire piller les magasins par le peuple, ou plutôt par des scélérats
déguisés sous l'habit que porte le peuple, sous l'habit respectable de
la pauvreté.
Le second, de porter le peuple vers les prisons, et d'y renouveler les
horreurs de septembre.
Le troisième est de se porter sur l'Arsenal, et de s'y emparer des
munitions de toute espèce..