Ce n'est pas s'écarter de l'ordre du jour que de dire qu'il a fallu

combattre pendant trois quarts d'heure pour obtenir la parole; pourquoi

se fait-il que, pour monter à celte tribune, il faille autant de

courage que pour monter à la brèche? Ces hommes manquent à toutes les

règles d'honnêteté, aux premiers principes de sociabilité, qui ne

veulent souffrir aucune contradiction, qui cherchent à étouffer toutes

les réclamations suggérées par la vérité et l'amour du bien public. Je

suis obligé de m'élever contre la proposition qui a été faite, avec

d'autant plus de force qu'elle se présente sous une apparence de

patriotisme; je m'attends bien que je serai dénoncé par ses auteurs,

par tous les ennemis de la liberté, comme le défenseur de l'anarchie,

des sans-culottes, des perturbateurs; mais rien ne m'effraie.

Les propositions qui portent avec elles leur réfutation n'ont pas

besoin d'être combattues; mais celles qui sont décorées des vains

dehors de patriotisme, doivent attirer toute la sagacité d'un zélé

patriote. A-t-on espéré donner à entendre que je veuille attenter aux

lois constitutionnelles, que je ne cesserai de soutenir? a-t-on espéré

faire croire que je prétende m'opposer à la perception des impôts? On

dira tout ce qu'on voudra, qu'importe? ma conscience, la vérité que je

défends, me suffisent.

Je vais vous prouver que les propositions qui vous ont été faites sont

dangereuses, inutiles, fallacieuses et attentatoires aux principes de

l'égalité: inutiles, en ce que les contribuables n'ont jamais attendu

que la main du receveur public. (Bravo! Bravo!) Il n'est pas vrai que,

actuellement, on manque de zèle pour l'acquittement des contributions:

j'ai par devers moi des preuves de ce que j'avance: et quand je vois

qu'on vient nous embarrasser de choses inutiles, tandis qu'il est si

important de s'occuper des grands intérêts de la liberté; quand je vois

qu'on détourne l'attention des véritables citoyens des dangers que

court la patrie, pour la porter sur des objets qui n'en ont nul besoin

(Ah! ah! applaudissements.), quoi qu'en dise les calomniateurs, je

m'indigne.

On sait bien, messieurs, que les contributions sont nécessaires; en

cela on ne peut me prêter de mauvaises intentions, et les risées qui

viennent de s'élever sont aussi déplacées qu'elles décèlent de

méchanceté. Je le répète: cet objet est en ce moment inutile. S'occuper

de ce qu'on a, et négliger ce qu'on n'a pas, c'est laisser aux maux

politiques le temps de pousser de profondes racines; je ne vois

d'ailleurs, dans la proposition de M. Méchin, que l'intention du

ministre d'avoir une lettre qui fasse l'éloge de son zèle (Ah! ah!);

j'y vois une affectation, qui des pamphlets se communique aux journaux

prétendus patriotiques, d'avilir les citoyens: voilà ma première

proposition. La seconde est beaucoup plus importante.

Que signifie donc ce zèle de vouloir des quittances d'impositions pour

assister à nos séances? Ce titre suffit-il pour être garant du

patriotisme? (Ah! ah! Applaudissements.) Vous voyez combien on redoute

l'examen de cette question qui paraissait si facile. Il serait commode

sans doute de substituer cette espèce de scrutin épuratoire à celui qui

demande des certificats de patriotisme. Certes, Messieurs, un homme

gorgé du sang de la nation viendrait apporter sa quittance; et le

premier qui l'aurait donnée serait en droit d'assister à vos séances.

(Ce n'est pas cela. Tumulte.) Je regarderai cette motion comme puisée

dans l'esprit public, lorsqu'on m'aura prouvé que tout homme qui aura

payé ses impositions, ne sera pas un perturbateur; lorsqu'on m'aura

prouvé que ceux qui ont payé les impôts n'ont jamais vendu leurs

poumons, leur plume, soit à la cour des Tuileries, soit aux ennemis de

la révolution. (Bravo! bravo! Murmures.) Je regarderai cette motion

comme faite pour obtenir la priorité, lorsqu'il me sera prouvé que ceux

qui nous montreront ici leur quittance, ne doivent pas être chassés

pour d'autres motifs; lorsqu'il me sera prouvé que ceux qui combattent

mon opinion sont les plus ardents soutiens de l'indigence, les plus

fermes défenseurs de la liberté de la presse; lorsqu'il me sera prouvé

qu'ils sont évidemment les meilleurs citoyens. Jusque-là, je dirai

qu'il n'y a aucun mérite à payer les contributions; c'est un acte de

nécessité; il est absurde de s'en faire un mérite. (Bravo! bravo!) Je

dirai que c'est anéantir tous les principes, et dénaturer l'opinion

publique, que de vouloir substituer un sacrifice apparent à tous ceux

qu'exige la liberté. Je dis que propager de pareilles idées serait

mettre à la place des actes de patriotisme, des actions forcées par la

loi. J'ajouterai qu'il me paraîtrait un meilleur citoyen, celui qui

pauvre, mais honnête homme, gagnerait sa vie, sans pouvoir payer ses

contributions, que celui-là qui, gorgé peut-être de richesses, ferait

des présents puisés à une source corrompue; qui, engraissé de la

substance du peuple, viendrait se faire un mérite des actions dont une

société fondée sur la justice, aurait peut-être à rechercher les moyens

pour les punir comme des crimes.

Observez combien un pareil système tend à la subversion de tous les

principes de l'égalité. Que veulent ses auteurs? Ecarter des sociétés

patriotiques quiconque ne paierait pas de contributions.

Or, je soutiens que c'est faire un nouvel outrage à l'humanité; car, si

les citoyens qui ne paient pas d'impôts sont exclus des sociétés

politiques, ils doivent être accueillis dans celles qui ont pour objet

de relever la nature humaine; je dis que cette motion, civique en

apparence, ne l'est point en effet; je dis qu'elle est flagorneuse,

puisqu'elle contiendrait nécessairement un éloge des ministres, et les

ministres qui font le bien ne méritent point d'éloges, ils ne font que

leur devoir.

Elle est attentatoire aux principes de l'égalité, en ce qu'elle

écarterait des sociétés patriotiques, les citoyens qui n'auraient pas

payé de contributions; elle est attentatoire aux droits de l'humanité,

en ce qu'elle élève les riches et abaisse les indigents; elle est

fallacieuse, en ce qu'elle érige en titre de patriotisme ce qui n'est

qu'an devoir et une exécution de la loi; et en ce qu'elle tend à donner

le change à l'opinion publique et à la détourner de choses plus

intéressantes, ainsi que beaucoup d'autres motions aristocratiques

qu'on renouvelle tous les jours. (Ah! Ah! Oui! Oui!) C'est par elle

qu'on s'efforce d'étouffer la voix des bons patriotes. En me résumant,

je dis que cette motion a été faite, surtout dans l'intention de

calomnier ceux qui l'auraient combattue; et certes on n'y manquera pas.

(Ah! Ah! Bravo! Bravo!)

On dira qu'elle a été combattue par ces hommes à principes exagérés,

qui ne veulent point de constitution; par des chefs de factieux; par

des tribuns, par des agitateurs du peuple, qui se coalisent pour

calomnier ses plus zélés défenseurs. (Murmures. Applaudissements.) On

dira que la société des amis de la constitution est tellement composée

de sans-culottes, qu'elle a manifesté le désir de ne pas payer les

contributions malgré les touchantes exhortations du patriote Clavière.

Je suis exposé à toutes ces calomnies; c'est pour cela que je suis venu

à cette tribune énoncer hautement mon opinion, c'est pour cela que je

viens défendre les droits les plus sacrés du peuple.

Je dirai que plus le zèle à soutenir sa cause deviendra dangereux, que

plus il confondra les factieux, et plus je défendrai les principes de

la liberté, de l'égalité, de l'humanité. Perfides intrigants, vous vous

acharnez à ma perte; mais je vous déclare que plus vous m'avez isolé

des hommes... (Tallien, vice-président: Réduisez-vous, monsieur

l'orateur, dans le véritable état de la question. Plusieurs voix: II y

est.) Oui, plus vous m'aurez isolé des hommes, plus vous m'aurez privé

de toute communication avec eux, plus je trouverai de consolation dans

ma conscience et dans la justice de ma cause.

Je conclus à ce qu'attendu que la société veut le paiement des

contributions, mais qu'elle veut en même temps le maintien de la

constitution; attendu que pour y parvenir, il n'est pas utile d'avilir

l'indigence, d'ouvrir une large porte à l'intrigue, à la calomnie, au

privilège de l'opulence, de dénaturer toutes les idées, je conclus à

l'ordre du jour.

* * * * * * * * *

Maximilien Robespierre (1758-1794), Discours prononcé au Club des

Jacobins le 10 juillet 1792 (10 juillet 1792)

(Sur les dangers de la patrie.)

Le moment est arrivé d'écarter tous les intérêts personnels, pour ne

s'occuper que de l'intérêt public. Ce sentiment était gravé dans tous

les coeurs; un décret solennel vient de nous en faire une obligation.

Qu'est-ce que ce décret? Est-ce une vaine formule vide de sens? Est-ce

une arme dont le despotisme compte pouvoir faire usage pour écraser la

liberté, pour opprimer ses vrais adorateurs? Non! Et ce n'est point en

vain que les citoyens des départements seront venus se rallier aux cris

de la patrie en danger.

La patrie est en danger! Ces mots disent tout pour des coeurs ardents,

vraiment épris de l'amour de la patrie et de la liberté. Cette formule

ne nous apprend pas de nouveaux faits. Avant cette déclaration, nous

savions qu'un général conspirateur était à la tête de nos armées; nous

savions qu'une cour corrompue machinait sans relâche contre notre

liberté et notre Constitution. Ce n'est donc pas pour nous instruire,

que l'Assemblée nationale a prononcé cette formule imposante. Ces mots

la patrie est en danger sont une exhortation à toute la nation, de

déployer toute l'énergie dont elle est capable pour prévenir ces

dangers.

La nation connaissait bien ses dangers; mais elle semblait engourdie

sur le bord de l'abîme, et l'Assemblée nationale a voulu la réveiller

de sa léthargie. Lorsque l'Assemblée nationale a prononcé sa formule,

elle a voulu dire: En vain, nous faisons de bonnes lois, si le pouvoir

exécutif ne les fait pas exécuter, s'il les entrave par des veto

perfides, si des administrateurs corrompus conspirent avec la cour pour

tuer la Constitution par la Constitution; en vain des armées de soldats

patriotes et valeureux exposent leurs vies en combattant, si l'on

arrête leur marche victorieuse, ou si on ne les envoie au combat que

pour les faire succomber sous un nombre d'ennemis double du leur. Dans

des circonstances aussi critiques, les moyens ordinaires ne suffisent

pas: Français, sauvez-vous.

Ou bien cette déclaration solennelle signifie ce que je viens de dire,

ou bien elle ne serait qu'une trahison, en montrant à la nation les

dangers auxquels elle est exposée, sans lui laisser la faculté de

prendre les moyens qu'elle croira propres à la sauver. Déjà même, les

ennemis de la liberté espèrent en faire un usage meurtrier, et, quand

j'ai vu à la suite de cette déclaration, un Vaublanc proposer une

adresse à l'armée, je me suis dit: puisque cette formule n'effraie pas

certaines gens, il faut qu'ils espèrent en tirer parti.

Ces hommes vous diront: "La patrie est en danger, il est vrai; mais,

d'où viennent les dangers de la patrie? Est-ce de la part de la cour?

Non, car elle veut la Constitution et l'obéissance aux lois. Est-ce de

la part des prêtres qui fomentent le feu de la guerre civile? Non? car

que peuvent des êtres isolés privés de tout moyen de séduction. Est-ce

de la part de la noblesse qui voudrait recouvrer ses privilèges? Non,

car ces nobles sont à la tête de vos armées pour soutenir la cause de

l'égalité. Si la patrie est en danger, c'est de la part des citoyens

réunis en sociétés pour surveiller la conduite des fonctionnaires

qu'ils se sont choisis; c'est de la part du peuple, qui ne veut pas

qu'on le mène en aveugle; c'est de la part des magistrats du peuple,

qui n'ont pas voulu vendre ou leurs talents, ou leur silence aux

conspirateurs." Ainsi, ces hommes ne seront pas gênés par cette

formule, ils l'interpréteront comme ils interprètent la Constitution,

dans laquelle ils trouvent les moyens de la détruire.

Pour nous, qui ne voulons que le bien général de l'humanité, la patrie

est en danger, parce qu'il existe une cour scélérate et

inconvertissable; la patrie est en danger, parce que l'idolâtrie et la

séduction ont procuré à cette cour des administrateurs assez vils pour

se prosterner devant elle, et qui, à peine sortis de ces assemblées où

ils flattaient le peuple pour obtenir des places, sont assez vils,

comme les administrateurs de la Somme, du Pas-de-Calais et autres, pour

entrer dans une fédération coupable avec la cour contre la liberté. La

patrie est en danger, parce que, sur la base de la liberté, s'est

élevée une classe aristocratique d'hommes qui n'ont cherché qu'à

convertir leurs frères en cannibales; parce qu'il existe un état-major

qui, quoique licencié par l'Assemblée nationale, subsiste encore pour

conspirer.

Comment la patrie ne serait-elle pas en danger, quand un général, qu'on

a cru le général des Français, et qui n'est que celui de la cour de

Vienne, dont il épouse les intérêts et emprunte le langage, foule aux

pieds la nation française en insultant ses représentants? Comment la

patrie ne serait-elle pas en danger, quand un tel homme circonvient de

ses émissaires et de ses complices, un autre général, lorsque les

flammes de Courtrai sont les seuls gages que nous donnons de notre

attachement aux Brabançons, lorsque ce Jarry reste impuni, que nous

abandonnons nos conquêtes, et que nous donnons le temps aux puissances

ennemies de rassembler leurs forces?

Voilà, de l'avis de la nation, la cause de nos dangers. Nos dangers ne

cesseront donc que lorsque cette cause sera extirpée. Si l'on avait

frappé ce général, auteur de tous nos maux, la guerre serait terminée;

le Brabant serait libre, il y aurait longtemps que tous ces petits

électeurs seraient sans trône et sans sujets; la liberté serait

fermement établie sur les bords du Rhin et de l'Escaut, et formerait

une barrière impénétrable d'hommes libres autour de nos frontières.

La liberté sera en danger tant que La Fayette sera à la tête de nos

armées, tant que l'administration des départements sera confiée à des

hommes assez impudents pour oser honorer de leur persécution les

magistrats que seuls le peuple honore de son estime.

J'espère qu'avant trois jours nous seront délivrés de notre plus

dangereux ennemi, qu'un décret nous aura fait justice de La Fayette,

car, sans ce décret, comment pourrions-nous entreprendre de combattre

pour la liberté? Osons nous flatter encore que ces directoires

rebelles, sinon contre l'autorité de la cour, au moins contre la

souveraineté du peuple, n'existeront pas. Espérons qu'au sein même de

l'Assemblée nationale, des hommes qui doivent au peuple toute leur

existence, n'oseront pas diviser la nation en côté autrichien et en

côté français.

Si, dans un mois, la patrie est encore en danger, si l'état des choses

n'est pas entièrement changé, il ne faudra pas dire alors la nation est

en danger, il faudra dire la nation est perdue. J'ai toujours été

l'apôtre de la Constitution, le défenseur des lois; mais la première

des lois est celle sur laquelle repose la Constitution, l'égalité, la

liberté. Il faut donc la Constitution décrétée; mais il la faut toute

entière, religieusement observée pour le salut du peuple, sans quoi le

mot Constitution ne devient plus qu'un mot de ralliement pour les

factieux qui voudraient s'en emparer pour combattre la liberté. C'est

dans ces principes que j'ai rédigé une adresse aux fédérés, dont je

fais faire lecture à la société, si elle le trouve bon.

* * * * * * * * *

Maximilien Robespierre (1758-1794), Discours prononcé au Club des

Jacobins le 6 août 1792 (6 août 1792)

(Proposition de Robespierre tendant à empêcher la fuite du roi et à ce

qu'il ne lui soit fait aucun mal.)

L'attention que nous donnons ici à la discussion des mesures générales

propres à sauver l'Etat, ne doit pas empêcher qu'on ne prenne les

précautions nécessaires pour déjouer les conspirations les plus

prochaines. Il en est une qui, depuis quelque temps, ne paraît

qu'ajournée, c'est le départ du roi. Des témoins qui sont autour de moi

attestent qu'ils ont vu dans la cour des Tuileries une armée de

Suisses, qu'on les a fait boire largement, qu'on leur a distribué à

chacun quinze cartouches, en leur disant que ce n'était que pour

repousser ceux qui pourraient les attaquer.

Toutes ces mesures annoncent une conspiration prochaine, contre

laquelle il faut employer autant d'énergie que de prudence.

II est quelques bons citoyens qui regardent ce départ, s'il avait lieu,

comme une chose assez indifférente: je crains même que cette opinion ne

soit celle de plusieurs députés. Quant à moi, je noe puis partager

cette opinion et je crois qu'il est important, sinon au salut public,

au moins à la conservation de beaucoup d'individus.

Le fait du départ du roi me paraît certain; si ce n'est pas pour

aujourd'hui, ce sera pour demain. Je conclus donc à ce que deux choses

étant indispensablement nécessaires; l'une d'empêcher que le roi ne

parte, l'autre de veiller à ce qu'il ne lui arrive aucun mal, ni à

aucun individu de sa famille. Il est du devoir de tout bon citoyen, de

tout vrai patriote, de toutes les autorités constituées de veiller et

de surveiller le château.

* * * * * * * * *

Maximilien Robespierre (1758-1794), Discours prononcé à la barre de

l'Assemblée législative au nom des citoyens de la place Vendôme le 13

août 1792 (13 août 1792)

Les citoyens de la section de la place Vendôme nous envoient vers vous

pour présenter à vos délibérations un objet digne de vous. Nous avons

vu tomber la statue d'un despote, et notre première idée a été d'ériger

à sa place un monument à la liberté. Les citoyens qui meurent en

défendant la patrie sont au second rang. Ceux-là sont au premier, qui

meurent pour l'affranchir. Les héros dont je parle ne valent-ils pas

ceux d'Athènes et de Rome? Sachons nous estimer ce que nous valons.

Hâtez-vous d'honorer les vertus dont nous avons besoin, en

immortalisant les martyrs de la liberté. Ce ne sont pas des honneurs

seulement, c'est une apothéose que nous leur devons. Peuple, quand la

tyrannie est couchée par terre, gardez-vous de lui laisser le temps de

se relever.

Nous vous proposons de décréter qu'au lieu où était la statue de Louis

XIV à la place Vendôme, il sera élevé une pyramide aux citoyens morts

le 10 en combattant pour la liberté. Les citoyens de la section

voulaient élever, à leurs frais, ce monument, mais ils ont pensé qu'à

la nation seule il appartenait de la consacrer.

(Les pétitionnaires obtinrent les honneurs de la séance, et

traversèrent la salle au milieu des applaudissements. Cette pétition

fut renvoyée au comité d'instruction publique.)

* * * * * * * * *

Maximilien Robespierre (1758-1794), Deuxième discours prononcé à la

barre de l'Assemblée au nom d'une députation de la commune le 15 août

1792 (15 août 1792)

Si la tranquillité publique, et surtout la liberté, tient à la punition

des coupables, vous devez en désirer la promptitude, vous devez en

assurer les moyens. Depuis le 10, la juste vengeance du peuple n'a pas

encore été satisfaite. Je ne sais quels obstacles invincibles semblent

s'y opposer. Le décret que vous avez rendu nous semble insuffisant; et,

m'arrêtant au préambule, je trouve qu'il ne contient point, qu'il

n'explique point la nature, l'étendue des crimes commis dans la journée

du 10 août, et c'est trop restreindre la vengeance du peuple; car ces

crimes remontent bien au-delà. Les plus coupables des conspirateurs

n'ont point paru dans la journée du 10, et d'après la loi il serait

impossible de les punir. Ces hommes qui se sont couverts du masque du

patriotisme pour tuer le patriotisme; ces hommes qui affectaient le

langage des lois pour renverser toutes les lois; ce La Fayette, qui

n'était peut-être pas à Paris, mais qui pouvait y être; ils

échapperaient donc à la vengeance nationale! Ne confondons plus les

temps. Voyons les principes, voyons la nécessité publique, voyons les

efforts que le peuple a faits pour être libre. 1l faut au peuple un

gouvernement digne de lui; il lui faut de nouveaux juges, créés pour

les circonstances; car si vous redonniez les juges anciens, vous

rétabliriez des juges prévaricateurs, et nous rentrerions dans ce

chaos qui a failli perdre la nation. Le peuple vous environne de sa

confiance, Conservez-la cette confiance, et ne repoussez point la

gloire de sauver la liberté pour prolonger, sans fruit pour

vous-mêmes, aux dépens de l'égalité, au mépris de la justice, un

état d'orgueil et d'iniquité. Le peuple se repose, mais il ne dort

pas. Il veut la punition des coupables, il a raison. Vous ne devez

pas lui donner des lois contraires à son voeu unanime. Nous vous

prions de nous débarrasser des autorités constituées en qui nous

n'avons point confiance, d'effacer ce double degré de juridiction,

qui, en établissant des lenteurs, assure l'impunité; nous demandons

que les coupables soient jugés par des commissaires pris dans chaque

section, souverainement et en dernier ressort.

* * * * * * * * *

Maximilien Robespierre (1758-1794), Troisième discours prononcé à la

barre de l'Assemblée au nom d'une nouvelle députation de la commune le

22 août 1792 (22 août 1792)

Vous voyez une députation composée d'une partie des membres de la

commune, et d'une partie des membres nommés par les sections pour

remplacer ce qu'on appelait le département. Déjà nous avions déposé

dans votre sein nos inquiétudes sur la formation d'un nouveau

département; déjà nous croyions voir renaître les germes de division et

d'aristocratie. Nous avons éclairé nos commettons, ces nuages se sont

dissipés d'eux-mêmes. Les membres nommés par les sections se sont

présentés à la commune; ils ont juré de n'accepter d'autre titre que

celui de commission des contributions. Nous vous prions de consacrer

par un décret ce grand acte de fraternité et d'union.

* * * * * * * * *

Maximilien Robespierre (1758-1794), Discours sur l'institution d'une

nouvelle garde pour la Convention nationale, prononcé au Club des

Jacobins le 15 octobre 1792 (15 octobre 1792)

(Les Girondins demandèrent la formation d'un corps de troupes

spécialement chargé de garder la convention nationale. Robespierre

s'éleva contre cette proposition.)

Une question aussi bizarre par son objet qu'importante par ses

conséquences, agite, depuis quelque temps, les esprits.

Ceux qui se sont formé une juste idée des devoirs, de la puissance et

de la majesté de la convention nationale, ne s'attendaient guère à la

voir mettre au rang de ses plus sérieuses occupations, celle de se

donner une garde imposante et extraordinaire. Les haines connues de la

coalition qui semble la dominer actuellement contre les citoyens de

Paris et contre plusieurs députés de ce département; toutes les fureurs

de l'orgueil offensé ne suffiraient pas pour expliquer ce phénomène

politique. Il faut nécessairement le lier à des vues plus profondes et

plus importantes.

Les observateurs les moins attentifs ont dû apercevoir avec quelle

activité et avec quel art les inventeurs de ce projet en ont d'avance

préparé le succès. Dénonciations journalières du ministre de

l'intérieur, combinées avec les déclamations éternelles de quelques

députés, contre tout ce qui porte le nom parisien; toutes les

ressources de la calomnie, tous les petits manèges de l'intrigue furent

prodigués pour remplir l'Assemblée de préventions sinistres et de

ridicules alarmes sur sa propre sûreté. On se rappelle que ce fut à la

suite d'un discours insidieux du ministre Rolland, et d'une diatribe

véhémente de Buzot, contre ce qu'il appelle _les flatteurs et les

agitateurs du peuple_, que fut rendu le décret qui suit:

1° Il sera nommé six commissaires pour rendre compte, à la convention,

de la situation de la république et de Paris; 2° il sera fait un projet

de loi contre les provocateurs au meurtre et à l'assassinat; 3° il sera

proposé un mode, pour que la convention nationale puisse s'environner

d'une armée choisie dans les quatre-vingt trois départements.

On n'oublia point d'introduire, dans la nouvelle commission, les

détracteurs les plus infatigables de la ville de Paris. Cependant, la

moitié des membres qui la composaient s'opposa à l'institution de la

force armée. On fit décréter que trois autres membres seraient adjoints

au comité. Trois députés, dont le zèle pour le projet n'était point

douteux, furent choisis par le président, et Buzot fut chargé de le

rédiger et de le présenter à l'Assemblée. Ce projet a alarmé tous les

bons citoyens. Je vais en développer l'esprit et les dangers dans les

observations adressées à la convention nationale, que je crois devoir

remettre sous les yeux de mes concitoyens.

Discours par Maximilien Robespierre — 21 octobre 1789-1er juillet 1794 · 第 8 / 27 段