...On répète que les nouveaux ministres sont Jacobins. A Dieu ne plaise

que j'attende de quelques hommes la destinée de la nation, qui est

immortelle. La liberté repose sur des bases plus fermes et plus

élevées: elle repose sur la justice et la sagesse des lois, sur

l'opinion publique, la force souveraine parce qu'elle est la lumière du

peuple; sur la défiance même des amis de la Constitution, justifiée dès

longtemps par ce qui s'est passé; sur la défiance, seule égide de la

liberté jusqu'à ce que la révolution soit terminée, jusqu'à ce que tous

vos ennemis soient confondus. Au reste, louer le nouveau ministère

serait une flagornerie d'autant plus maladroite, que bientôt leurs

actions pourront les mettre au-dessus de tout éloge. Nous verrons si ce

changement est, de la part de la cour, l'effet de la peur ou de la

vertu; s'il est le triomphe de l'intrigue ou celui de la liberté!...

(L'impression et l'envoi de cette adresse sont demandés par certains,

repoussés par d'autres Guadet demande le renvoi de l'impression à trois

commissaires: Premièrement, dire, comme l'a fait M. Robespierre, que

l'on demande la guerre sans but et sans préparatifs, me paraît être une

critique amère de toutes les sociétés patriotiques qui ont été de

l'avis de la guerre, et de celle-ci en particulier. Comment pourrait-on

douter que le voeu général de la nation soit pour la guerre, lorsque,

en dépouillant les registres des départements, on trouve plus de six

cent mille citoyens inscrits pour marcher à l'ennemi. Secondement, j'ai

entendu souvent, dans cette adresse, répéter le mot Providence, je

crois même qu'il y est dit que la Providence nous a sauvés malgré nous.

J'avoue que, ne voyant aucun sens à cette idée, je n'aurais jamais

pensé qu'un homme qui a travaillé avec tant de courage, pendant trois

ans, pour tirer le peuple de l'esclavage du despotisme, pût concourir à

le remettre ensuite sous l'esclavage de la superstition. En troisième

lieu, il me semble que dire, comme l'a fait M. Robespierre, que nous

sommes maîtres de la paix et de la guerre, c'est en quelque sorte

donner d'avance un tort au ministère, dans le cas où nous serions

forcés à faire la guerre, et cependant il serait possible que nous

fussions dans cette position. N'est-ce point élever la défiance des

sociétés contre un ministère patriote, et semer le découragement parmi

elles en leur montrant la paix comme le seul moyen de salut; enfin,

j'avoue que je n'attendais rien de pareil de M. Robespierre.)

Je ne viens pas combattre un législateur distingué (Plusieurs voix: Il

n'y en a pas) Je veux dire un législateur distingué par ses talents;

mais je viens prouver à M. Guadet qu'il m'a mal compris. Je viens

combattre pour des principes communs à M. Guadet et à moi; car je

soutiens que tous les patriotes ont mes principes: il est impossible

qu'ils n'admettent les principes éternels que j'ai énoncés. Quand

j'aurai terminé ma courte réponse, je suis sûr que M. Guadet se rendra

lui-même à mon opinion; j'en atteste et son patriotisme et sa gloire,

choses vaines et sans fondement si elles ne s'appuyaient sur les

vérités immuables que je viens de proposer.

L'objection qu'il m'a faite tient trop à mon honneur, à mes sentiments

et aux principes reconnus par tous les peuples du monde, et par les

assemblées de tous les peuples et de tous les temps, pour que je ne

croie mon honneur engagé à les soutenir de toutes mes forces.

La première objection sur ce que j'aurais commis la faute d'induire les

citoyens dans la superstition après avoir combattu le despotisme. La

superstition, il est vrai, est un des appuis du despotisme, niais ce

n'est pas induire les citoyens dans la superstition que de prononcer le

nom de la Divinité. J'abhorre, autant que personne, toutes ces sectes

impies qui se sont répandues dans l'univers pour favoriser l'ambition,

le fanatisme et toutes les passions, en se couvrant du pouvoir sacré de

l'Eternel qui a créé la nature et l'humanité; mais je suis bien loin de

la confondre avec ces imbéciles dont le despotisme s'est armé.

Je soutiens, moi, ces éternels principes sur lesquels s'étaie la

faiblesse humaine pour s'élancer à la vertu. Ce n'est point un vain

langage dans ma bouche, pas plus que dans celle de tous les hommes

illustres qui n'en avaient pas moins de morale, pour croire à

l'existence de Dieu. (Plusieurs voix: A l'ordre du jour! Brouhahas)

Non, messieurs, vous n'étoufferez pas ma voix, il n'y a pas d'ordre du

jour qui puisse étouffer cette vérité: je vais continuer de développer

un des principes puisés dans mon coeur, et avoués par tous les

défenseurs de la liberté; je ne crois pas qu'il puisse jamais déplaire

à aucun membre de l'Assemblée nationale d'entendre ces principes, et

ceux qui ont défendu la liberté à l'Assemblée constituante ne doivent

pas trouver d'oppositions au sein des amis de la constitution. Loin de

moi d'entamer ici aucune discussion religieuse qui pourrait jeter de la

division parmi ceux qui aiment le bien public, mais je dois justifier

tout ce qui est attaché sous ce rapport à l'adresse présentée à la

Société.

Oui, invoquer la Providence et omettre l'idée de l'Etre éternel qui

influe essentiellement sur les destins des nations, qui me parait à moi

veiller d'une manière toute particulière sur la révolution française,

n'est point une idée trop hasardée, mais un sentiment de mon coeur, un

sentiment qui m'est nécessaire à moi, qui, livré dans l'Assemblée

constituante à toutes les passions et à toutes les viles intrigues, et

environné de si nombreux ennemis, me suis toujours soutenu. Seul avec

mon âme, comment aurais-je pu suffire à des luttes qui sont au-dessus

de la force humaine, si je n'avais point élevé mon âme à Dieu. Sans

trop approfondir cette idée encourageante, ce sentiment divin m'a bien

dédommagé de tous les avantages offerts à ceux qui voulaient trahir le

peuple.

Qu'y a-t-il dans cette adresse, une réflexion noble et touchante,

adoptée par ceux qui ont écrit avec l'inspiration de ce sentiment

sublime: je nomme Providence ce que d'autres aimeront peut-être mieux

appeler hasard, mais ce mot Providence convient mieux à mes sentiments.

On a dit que j'avais fait une injure aux sociétés populaires. Ah!

certes, messieurs, je vous en atteste tous, s'il est un reproche auquel

je sois inaccessible, c'est celui qui me prête des injures au peuple,

et cette injure consiste en ce que j'ai cité aux sociétés la Providence

et la Divinité. Certes, je l'avoue, le peuple français est bien pour

quelque chose dans la révolution: sans lui nous serions encore sous le

joug du despotisme. J'avoue que tous ceux qui étaient au-dessus du

peuple auraient volontiers renoncé pour cet avantage à toute idée de la

Divinité, mais est-ce faire injure au peuple et aux sociétés affiliées

que de leur parler de la protection de Dieu, qui, selon mon sentiment,

nous sert si heureusement.

Oui, j'en demande pardon à tous ceux qui sont plus éclairés que moi,

quand j'ai vu tant d'ennemis avancer contre le peuple, tant d'hommes

perfides employés pour renverser l'ouvrage du peuple, quand j'ai vu que

le peuple lui-même ne pouvait agir et qu'il était obligé de

s'abandonner à des traîtres, alors plus que jamais j'ai cru à la

Providence, et je n'ai pu insulter ni le peuple, ni les sociétés

populaires, soit en parlant, comme je l'ai fait, des mesures qu'il faut

prendre pour la guerre ou pour la paix; soit dans le retour que j'ai

fait sur ce qui s'est passé.

En disant que la demande de la guerre ne me semblait avoir ni place, ni

objet déterminé, je n'ai point insulté les sociétés populaires, car on

n'a pas recueilli leur voeu: Celle-ci même n'a pas émis une opinion

positive. Je n'ai point insulté le peuple. J'ai demandé la guerre, s'il

faut avoir la guerre; et la paix, si on peut l'avoir, et je crois qu'il

est possible d'avoir la paix. Je n'ai insulté personne quand j'ai dit

que l'on parlait plus de guerre que des moyens de la faire avec succès.

Serait-ce les patriotes de l'Assemblée nationale, serait-ce les

législateurs patriotes! en est-il un qui puisse nier qu'avant la mort

de Léopold, Narbonne et La Fayette étaient présentés comme les héros

qui devaient sauver la nation? en est-il un qui puisse nier que de

toutes les parties de la France, s'adressaient ici des plaintes que les

gardes nationales n'étaient point armées, que les officiers

aristocrates commandaient, qu'on demandait en vain leur expulsion? En

est-il un qui puisse dire qu'un général qui, les mains teintes de sang

de ses concitoyens, devait les mener au combat, pût inspirer la

confiance? En est-il un qui puisse dire qu'ils avaient pris des mesures

nécessaires pour déjouer les conspirations ourdies par nos ennemis

communs. Oui, c'est la providence qui a fait tomber leurs

correspondances en nos mains; j'applaudis à ce qu'a fait l'Assemblée

nationale, à condition que sa démarche sera soutenue, et que la paix et

le bonheur du peuple en seront les résultats. Est-il quelqu'un qui

puisse me reprocher d'avoir offensé les patriotes et les députés, qui

ont la preuve personnelle que je les estime; et quand j'étais investi

du caractère sacré de représentant du peuple, m'a-t-on vu trouver

mauvais que des citoyens courageux présentassent à l'Assemblée

constituante des observations rigoureuses sur les fautes ou elle était

tombée?

J'atteste que je n'ai pas trouvé de plaisir plus doux que lorsque au

milieu de ces plates flagorneries qui inondaient la salle, je voyais

percer quelques pétitions qui montraient le véritable voeu du peuple

français, trop longtemps outragé, trop longtemps oublié. Comment y

aurait-il un citoyen qui pût adopter d'autres sentiments que ceux que

je viens d'exprimer?

Je passe à la troisième objection. Je n'ai point loué d'avance le

ministère nouveau; je n'estime que ce que je connais, et je n'applaudis

qu'au bien qui est fait. Parmi les ministres, il en est tel que je ne

nomme pas, qui a les intentions les plus droites: je souhaite qu'il ne

soit contredit par aucun obstacle. Mais comme il leur est très facile

de prouver tout cela, je ne veux point les louer. Les circonstances et

le bien public les mettront au-dessus de tout éloge. Sur les intrigues

de la cour, rien ne nous permet de jeter des idées anticipées. Je ne

veux en parler ni en bien ni en mal. J'ai dit que les ministres étaient

jacobins, et que cela ne nous en imposait aucunement; j'ai dit que le

ministère s'annonçait avec des circonstances heureuses; voilà ce que

j'ai dit. Je ne pourrais rien dire de plus; ma conscience s'y répugne.

Rien de ce que j'ai dit ne peut décourager le peuple; le peuple a

triomphé jusqu'ici des plus grands dangers, et il triompherait encore

des plus grands obstacles, s'il s'en présentait. Est-ce décourager les

sociétés que de présenter le tableau civique des vertus; n'est-ce pas

du patriotisme que dépend le succès des révolutions? Le patriotisme

n'est point une convenance, ce n'est point un sentiment qui se ploie

aux intérêts, mais c'est un sentiment aussi pur que la nature, aussi

inaltérable que la vérité.

Je conclus et je dis que c'était pour rétablissement de la morale de la

politique que j'avais écrit l'adresse que j'ai lue à la Société. Je

demande qu'elle décide si les principes que j'annonce sont les siens.

* * * * * * * * *

Maximilien Robespierre (1758-1794), Discours prononcé au Club des

Jacobins le 26 avril 1792 (26 avril 1792)

(Opinion de Robespierre sur La Fayette.)

Dans tous les événements, c'est aux causes précises qu'il faut

s'attacher, et dans la question qui s'élève savez-vous quelle est la

cause qui s'oppose au triomphe de la liberté du peuple et du

patriotisme opprimé? Contre qui croyez-vous avoir à lutter? Contre

l'aristocratie? non. Contre la cour? non: c'est contre un général

destiné depuis longtemps par la cour à de grands desseins, qui après

avoir trompé le peuple, trompe encore la cour elle-même; qui ne connaît

ni les principes de la liberté, ni ceux de l'égalité dont il est le

plus grand ennemi. Or, messieurs, à des hommes exercés dans toutes les

manoeuvres de l'intrigue pour renverser les plus utiles projets et pour

semer la discorde, il faut opposer la célérité.

Il suffit de rapprocher les circonstances présentes de tout ce qui

s'est passé, des menées que nous avons reprochées au même agent dans

d'autres circonstances, pour se convaincre que c'est sa seule

résistance que nous avons à combattre. Ce n'est pas la garde nationale

qui voit les préparatifs de cette fête avec inquiétude, c'est dans

l'état-major que le génie de La Fayette conspire contre la liberté et

les soldats de Château-Vieux. C'est le génie de La Fayette qui égare

dans la capitale et dans les départements une foule de bons citoyens,

qui, si cet hypocrite n'eût point existé, seraient avec nous les amis

de la liberté. C'est La Fayette qui, dans le moment où les amis de la

Constitution se réunissent contre les ennemis, forma un parti

redoutable contre la Constitution, et qui divise les amis de la

Constitution eux-mêmes. Partout où il y a des ennemis de la liberté, La

Fayette est le plus dangereux de tous, parce qu'il conserve encore un

masque de patriotisme suffisant pour retenir sous ses drapeaux un

nombre considérable de citoyens peu éclairés. C'est lui qui, joint à

tous les ennemis de la liberté, soit aristocrates, soit feuillants, se

met en état, dans les moments de troubles ou de crise, de renverser la

liberté ou de nous la faire acheter par des torrents de sang et par des

calamités incalculables.

C'est La Fayette que nous avons ici à combattre; c'est La Fayette qui,

après avoir fait, dans l'Assemblée constituante tout le mal que le plus

grand ennemi pouvait faire à la patrie, c'est lui qui, après avoir

feint de se retirer dans ses terres, est revenu briguer la place de

maire, non pour l'accepter, mais pour la refuser, afin de se donner par

là un air de patriotisme; c'est lui qui a été promu au généralat de

l'armée française pour que les complots ourdis depuis trois ans

atteignissent enfin le but. Oui, c'est La Fayette que nous avons à

combattre.

Il faut ici faire une observation bien importante sur le projet

présenté par le comité central des sociétés patriotiques: c'est sans le

savoir et sans son intention qu'il a proposé une devise équivoque,

qu'il a entendue certainement dans un bon sens, mais que l'on doit

rejeter par cela seul qu'elle est équivoque, par cela seul qu'il faut

porter devant le peuple des inscriptions simples et claires. La devise:

_Bouillé seul est coupable_, n'a été sans doute appliquée qu'aux bons

citoyens trompés, mais elle pourrait paraître une absolution de La

Fayette. Bouillé seul est-il en effet coupable? N»n certes; ils sont

innocents, tous ceux qui ont agi pour la loi, qui ont cru l'exécuter et

défendre la liberté. C'est toujours sous ce point de vue que j'ai

présenté cette affaire à l'Assemblée constituante; j'ai toujours

soutenu que les tyrans et leurs chefs seuls étaient coupables. Bouillé

n'était que l'instrument de ceux qui le dirigeaient; l'agent de la cour

et surtout l'agent de La Fayette. Les gardes nationales de Metz étaient

innocentes; comme celles de Paris, elles ne peuvent être que patriotes;

l'une et l'autre a été trompée par La Fayette. Et comment

pourrions-nous dire à la face de la nation, dans la fête de la liberté,

que Bouillé seul est coupable? A-t-il osé agir sans ordres? N'a-t-il

pas toujours marché avec un décret à la main? Et qui sont ceux qui ont

sollicité ce décret? Sur quels rapports a-t-il été rendu? D'abord sur

le rapport des officiers en garnison à Nanci, qui avaient intention de

jeter de la défaveur sur les soldats; sur le rapport du ministre de la

guerre M. Latour-Dupin. Quels étaient les intermédiaires de La Fayette?

ceux qui circulaient dans le sein de l'Assemblée constituante, la

veille du décret fatal. Qui répandait le fiel de la calomnie? La

Fayette. Quels étaient ceux qui excitaient les clameurs, qui ne

permettaient pas une seule réflexion dans une discussion dont on

voulait que le résultat fût d'égorger nos frères? Qui m'a empêché

moi-même de parler? La Fayette. Qui sont ceux qui me lançaient des

regards foudroyants? La Fayette et ses complices. Qui sont ceux qui ne

voulurent pas donner un seul moment à l'Assemblée nationale? Qui est-ce

qui précipita le fatal décret qui immola les plus chers amis du peuple?

La Fayette et ses complices. Qui voulut étouffer ce grand attentat en

le couvrant d'un voile impénétrable, et qui demanda une couronne pour

les assassins des soldats de Château-Vieux? La Fayette. Enfin, quel est

celui qui pour mieux insulter à la mémoire des infortunés que notre

zèle et nos regrets ne ressusciteront pas, fit donner des fêtes dans

tous le royaume aux infâmes qui les avaient égorgés! Quel est celui qui

excitait ces fêtes? La Fayette. Et dans un triomphe populaire consacré

à la liberté et à ses soutiens, on verrait une inscription qui

absoudrait La Fayette; qui ferait tomber le coup sur un ennemi

impuissant, pour sauver celui qui tient encore, dans ses mains

ensanglantées, les moyens d'assassiner notre liberté. Non.

Cette fête qu'on prépare peut être vraiment utile à la liberté, et

devenir le triomphe du peuple longtemps outragé, parce qu'elle terrasse

les oppresseurs de la vertu et fait luire le jour de la vérité sur les

attentats des tyrans. Il faut donc que cette fête remplisse cet objet;

or, ce n'est point par des devises brillantes, c'est par l'esprit

patriotique que ce but sera rempli; c'est pour cela que je demande

l'exécution de l'arrêté de la société, par lequel elle ordonne qu'il

sera fait une pétition individuelle à la municipalité pour demander que

les bustes de La Fayette et de Bailly disparaissent de la maison

commune.

Je demande aussi que la devise, _Bouillé seul est coupable_, soit

changée en celle-ci: _Les tyrans seuls sont coupables_. Quand les bons

citoyens verront que La Fayette est seul moteur de ces intrigues, tout

se ralliera.

(Ces propositions furent adoptées.)

* * * * * * * * *

Maximilien Robespierre (1758-1794), Discours prononcé au Club des

Jacobins le 2 mai 1792 (2 mai 1792)

(Réponse de Robespierre à Sillery au sujet de la guerre.)

(Sillery: J'ai appris qu'hier on disait à la tribune: Où sont-ils donc

ceux qui soutenaient le parti de la guerre? Hé bien, me voici: je vous

déclare que j'ai cru et que je crois encore la guerre nécessaire,

indispensable. Robespierre demande à parler. Tumulte. Robespierre

parvient enfin à se faire entendre.)

Voici l'ordre que vous auriez dû suivre, monsieur le président: quand

un membre demande la parole, fût-ce moi, que l'on accuse d'assiéger

cette tribune, si la majorité veut l'entendre, ce n'est pas à un petit

nombre d'intrigants et de perturbateurs à étouffer sa voix. Alors ce

que doit faire le président, c'est d'imposer silence à ceux qui sèment

le trouble et la discorde, pour l'imputer ensuite aux véritables amis

de la liberté. C'est assez que partout ailleurs la patrie soit trahie;

il faut qu'ici la liberté triomphe, et que la vérité soit entendue.

Maintenant je viens à l'objet dont vous a parlé M. Sillery. Je ne puis

approuver ce qu'il a dit contre ceux qui ne voulaient pas la guerre,

telle qu'on la demandait, et qui pensent encore qu'elle est funeste. Je

déclare que cette affectation à présenter notre opinion sous un point

de vue désavantageux, est une insigne calomnie.

Je ne prononce pas sur les faits qui nous ont été annoncés: mon opinion

ne manquerait pas d'être défigurée par le _Patriote français_, la

_Chronique_, etc. S'il faut le dire: Non, je ne me fie point aux

généraux; et, faisant quelques exceptions honorables, je dis que

presque tous regrettent l'ancien ordre de choses, les faveurs dont

dispose la cour. Je ne me repose donc que sur le peuple, sur le peuple

seul. Mais, je vous prie, pourquoi saisit-on la moindre occasion de

tourner en ridicule et même de calomnier ceux qui pensent d'une manière

différente des partisans de la guerre? Cette animosité est-elle bien

naturelle? Au reste, je pense comme M. Sillery, qu'il est bon de se

défier de toutes les nouvelles qui nous seront données. Qui doit en

être plus convaincu que lui? car il a été trompé dans une affaire bien

importante. Faut-il lui rappeler l'affaire de Nanci?

* * * * * * * * *

Maximilien Robespierre (1758-1794), Discours prononcé au Club des

Jacobins le 5 mai 1792 (5 mai 1792)

(Quelques observations de Robespierre sur la correspondance de la

société des jacobins avec les sociétés affiliées.)

Il n'est rien de si important dans les circonstances que la

correspondance avec les sociétés affiliées. C'est pour cela que je vais

faire quelques observations. Quoiqu'il semble qu'on veuille imposer

silence aux défenseurs du peuple... (Plusieurs voix. Non, non! à

l'ordre du jour!) Je déclare que, pour mettre un frein à l'ambition de

ceux qui nous agitent, je déclare que je. n'abandonnerai jamais cette

société. (Bravo, bravo, applaudissements redoublés, etc.) Je déclare

que, nonobstant toute motion d'ordre du jour, que nonobstant toutes

calomnies que l'on se plaît à répandre contre moi; je déclare, dis-je,

que je ne cesserai de combattre les intrigants jusqu'à ce que la

société les ait ignominieusement chassés de son sein.

(Applaudissement.) Je vais donc me permettre quelques observations sur

les abus qui se sont glissés dans la correspondance.

Pour qu'elle devienne plus utile, il ne faut pas seulement de ces

détails piquants, de ces bons mots qui ne prêtent qu'à rire; mais il

faut que ceux qui s'y livrent s'attachent à dévoiler les manoeuvres des

fripons et les complots des traîtres. Il m'est parvenu quelques

nouvelles intéressantes de ce genre: je m'étonne qu'on n'ait que des

choses stériles à soumettre à notre attention.

Je n'ai en vue personne de cette société; je déclare que je n'inculpe

ici aucun individu, ni aucun comité; mais je dis qu'il est de graves

objets dans la correspondance auxquels on pourrait donner le pas sur la

lettre de Cambrai, par exemple. Quoiqu'on semble vouloir m'imputer les

divisions qui règnent dans cette société, et que ceux qui paraissent me

désigner par leurs murmures veuillent me donner à penser que je me suis

rendu coupable de perfides manoeuvres; cependant je ne me lasserai pas

de faire mon devoir, et de dévoiler les trames ourdies pour perdre

cette société et ses plus fermes soutiens. Vous ne savez pas,

messieurs, tous les moyens dirigés contre nous.

Il faut donc vous avertir que c'est eu entretenant les sociétés

affiliées des détails sur les scènes que les menées des intrigants ont

rendues nécessaires; que c'est en faisant passer, sous le couvert des

ministres, par la voie de M. Lanthenas, les discours de MM. Guadet et

Brissot, que l'on obtient des adresses concertées. En ne présentant les

choses que sous une face, il est facile de donner le change aux

esprits. Au surplus, il n'est pas besoin de dire que les promoteurs de

lettres de cette espèce sont ceux qui me provoquent actuellement par

leurs murmures. Que ne parlent-ils à nos correspondants des grands

intérêts qui doivent nous occuper, au lieu de circonscrire leurs

pensées aux débats qui ont agité plusieurs de nos séances? Pourquoi

leur dire ce qu'il faudrait pouvoir nous cacher à nous-mêmes? Qu'ils

aient plutôt le courage de leur apprendre que ce sont des gens couverts

du manteau patriotisme qui donnent lieu à ces discussions. Il faut que

nos sociétés affiliées soient instruites que c'est en attaquant

sourdement les principes les plus sacrés, que ces mêmes hommes espèrent

parvenir aux places. Voilà le moyen d'empêcher des citoyens mal

informés de tomber dans les pièges qui leur sont tendus. Voilà ce qui

devrait faire l'objet d'une correspondance utile.

* * * * * * * * *

Maximilien Robespierre (1758-1794), Discours prononcé au Club des

Jacobins le 10 mai 1792 (10 mai 1792)

(Réponse de Robespierre à Méchin, secrétaire de Brissot, qui proposait

d'une part d'écrire aux sociétés affiliées une circulaire pour hâter le

paiement des contributions; d'autre part qu'aucun membre ne pût, au

prochain trimestre, recevoir sa carte sans exhiber la quittance du

percepteur. Robespierre demanda la parole et ne l'obtint qu'après la

plus vive opposition de la part des membres girondins.)

Discours par Maximilien Robespierre — 21 octobre 1789-1er juillet 1794 · 第 7 / 27 段