Il tenait dans sa main la main de son amie, mais il oubliait de la
serrer. Pourtant ses pensées étaient des pensées d'amour. Il regardait
autour de lui, semblait chercher quelque chose.
--«Que cherchez-vous? Dites-le-moi, je chercherai aussi.»
M. Hervart cherchait un lit. Il inspectait les mousses et les feuilles
sèches, examinait les berceaux, les abris, les retraites.
Il avait honte de sa quête.
«Mais, songeait-il, il le faut. Je l'aime, et ces jeux innocents sont
trop pernicieux. M'en aller? C'est me condamner à une solitude désolée
ou à des consolations amères. L'épouser? Soit, mais ce n'est pas
demain, et nous sommes trop frémissants pour être patients. Et puis,
retrouverions-nous les moments qu'un désir secret nous ménage? Et si,
fiancés, le sentimentalisme traditionnel allait nous soumettre à son
protocole? Non, enfants de cette terre qui nous prépare son sein,
soyons des paysans. Comme eux, aimons d'abord, au hasard des sentiers
et, sûrs du consentement de notre chair, nous prendrons à témoin les
hommes.»
Il cherchait toujours, et il trouvait, mais quand il avait trouvé, il
cherchait encore, car il avait honte de sa lâcheté.
«Et, se répondait-il, s'il faut être lâche pour être heureux? Quoi,
je me soumettrais aux préjugés, au moment que la vie envoie sous mes
lèvres une vierge qui les ignore? J'aurai le courage de ma lâcheté.»
Peu à peu, il regarda d'un œil plus distrait les tapis de feuilles.
Son imagination revenait avec complaisance aux délices de la minute
précédente, et il souhaita appuyer encore une fois sa main tremblante
sur le sein gonflé de Rose, cependant qu'il boirait son haleine et sa
salive.
«Car tel est l'amour que de nos muqueuses il coule une manne plus douce
et plus nourrissante que le lait des mamelles maternelles!»