Il se souvint alors d'une saison d'amour platonique qu'il avait passée
à Versailles avec une femme vertueuse, et il eut peur, car cette
passion à baisers légers et à serrements de mains l'avait plus ravagé
que les plus violents excès.
«Que vais-je devenir? Car maintenant, c'est du platonisme aigu, avec
ses manifestations les plus décisives. Tout ou rien! Autrement, je suis
perdu.»
Il regarda Rose, en croyant prendre un air glacé, mais les yeux
complices le regardaient si doucement!
Ses pensées se firent confuses. Il avait envie de se coucher dans
l'herbe et de dormir. Il le dit.
--Eh bien, couchez-vous et dormez. Je veillerai votre sommeil.
J'écarterai les mouches de vos yeux et de vos lèvres. Je vous éventerai
avec cette fougère et j'essuierai de mon mouchoir la sueur de votre
front.
Elle parlait d'un ton de câlinerie passionnée. C'était une musique. M.
Hervart se réveilla et dit des paroles d'amour.
«Je vous aime, Rose. Le contact de vos lèvres a rafraîchi mon sang et
réjoui mon cœur. Quand j'ai posé ma main sur votre poitrine, il m'a
semblé que j'étreignais un trésor. J'étais riche. Mais, dis, mon enfant
aimée, ce trésor, tu me l'as donné et tu ne me le reprendras pas?...»
M. Hervart haletait. Rose, en remuant la tête, disait: «Non, je ne le
reprendrai pas», et même, pour prouver sa véracité, elle tendit sa
gorge vers M. Hervart, qui effleura d'un baiser léger l'étoffe tendue.
Voyant le peu d'empressement de son amant, Rose, sans en soupçonner le
mystère, devina un mystère.
«L'amour, sans doute, veut des repos. Nous allons nous promener et je
lui parlerai des fleurs et des insectes. Nous ferons peut-être bien
aussi de retourner au jardin, car si on avait l'idée de venir nous
chercher, ce serait très ennuyeux.»
Ils se levèrent et firent le tour du bois, pour regagner ensuite la
maison.