MUR DE GAUCHE.--HISTOIRE DE SAINT JEAN-BAPTISTE.

I.--_Apparition de l'Ange à Zacharie_. Cette composition remarquable

est enrichie de beaucoup de portraits admirables, entre autres ceux de

tous les donateurs des fresques, les Tornabuoni jeunes ou vieux placés en

arrière de Zacharie. Au bas, Ghirlandajo a peint à mi-corps les quatre

plus savants hommes de l'époque: le premier revêtu d'un habit de

chanoine, est Marsile Ficin; le second, avec un ruban noir au cou, est

Cristoforo Landino; le troisième est le Grec Demetrius Chalcondyle, et

enfin le quatrième, qui lève un peu la main, est Ange Politien. En

arrière d'eux, un groupe de trois hommes causent et représentent, dit-on,

les plus fameux marchands de Florence, André de Médicis, Jean Ridolfi et

Sassetti.

II.--_La Visitation_. A droite et à gauche de la Vierge et de sainte

Élisabeth qui se rencontrent, l'assistance est formée par des groupes de

Florentines de toute beauté. Elles sont coiffées et parées à la mode du

temps; l'une d'elles, en robe jaune, à la suite de sainte Élisabeth vue

de profil, est le portrait d'une des plus célèbres beautés d'alors,

Ginevra di Benci.

III.--_Naissance de Saint Jean-Baptiste_. La disposition est

analogue à celle de la _Naissance de la Vierge_. Derrière le lit de

sainte Élisabeth, une servante lui présente une collation, tandis qu'au

milieu de la fresque est assise la nourrice allaitant l'enfant et qu'à sa

droite s'avance le groupe des amies, suivi d'une servante portant sur sa

tête une corbeille où sont des pastèques et des raisins. Cette ample

figure aux vêtements flottants semble, par sa beauté antique, échappée à

quelque rêve païen.

IV.--_Zacharie écrit le nom de Jean qu'il destine à son fils, sur une

tablette que lui présente une femme a genoux_.

V.--_La prédication de Saint Jean-Baptiste_.

VI.--_Baptême de Jésus-Christ_.

VII.--(Dans la lunette) _Festin d'Hérodiade_. Ces trois dernières

fresques, presque entièrement effacées.

De chaque côté, au-dessus de la fenêtre garnie de vitraux noirs et

brumeux, exécutés en 1492 sur les cartons du maître par ALESSANDRO

FIORENTINO, la décoration à fresques se continue, mais en mauvaise

préservation. Sur les deux côtés étroits de la fenêtre s'étagent des

figures séparées dont les deux premières sont les portraits des donateurs

de l'oeuvre, Jean Tornabuoni et sa femme. Au-dessus de la fenêtre un grand

_Couronnement de la Vierge_ peut difficilement passer pour être de

la main de Ghirlandajo.

La boiserie qui forme le dossier des _stalles_ est un chef-d'oeuvre

de mosaïque sur bois. Faite à la fin du XVe siècle par BACCIO D'AGNOLO,

on y voit les plus fines et les plus délicates arabesques; les stalles

elles-mêmes sont gâtées par une malheureuse restauration de Vasari.

+SAINTE-MARIE NOUVELLE+

----

_Mur du fond du choeur_

__________________________________________________________

| |

| |

| COURONNEMENT DE |

| |

| LA VIERGE |

| |

| |

| |

|__________________________________________________________|

| | | |

| | | |

| SAINT | | SAINT PIERRE|

| | | |

| FRANÇOIS | | martyr |

| | | |

|_____________| FENÊTRE |_____________|

| | | |

| | | |

| | | SAINT JEAN- |

|ANNONCIATION | | |

| | | BAPTISTE |

| | | |

|_____________| |_____________|

| | | |

| | | Femme de |

| JEAN | | |

| | | JEAN |

| TORNABUONI | | |

| | | TORNABUONI |

|_____________|______________________________|_____________|

+La Chapelle+, à gauche du choeur, a été décorée d'un revêtement de

marbre par JULES DE SANGALLO. Elle renferme le fameux _Christ_ de

BRUNELLESCHI exécuté pour un concours entre lui et Donatello.

+La Chapelle Strozzi+, placée en face de la chapelle Ruccellai,

occupe le fond du transept à gauche. On y accède également par un double

escalier. Ses trois murs sont décorés de fresques d'ORCAGNA, ouvrage le

plus important qui existe, consacré au Jugement dernier d'après le Dante.

Sur le mur de gauche, _le Jugement dernier_, et sur celui du fond,

_le Paradis_, sont d'Andrea. Sur le mur de droite, _l'Enfer_

est de son frère NARDO ORCAGNA; c'est de beaucoup la moins bonne des

fresques. La grande préoccupation du moyen âge, la vie future et les

terreurs de l'au-delà, surgit tout entière dans un sujet que les artistes

du temps affectionnaient tout particulièrement et dont ils cherchaient

l'interprétation aussi bien dans les prophéties que dans l'Apocalypse. En

effet, le terrible esprit de l'époque trouvait pleine matière à se

développer, dans les vengeances et les châtiments d'un Jéhovah terrible,

et nul thème ne pouvait exercer sur les esprits une plus étrange

fascination; aussi, lorsque, poussé par cette attraction, Dante fut amené

à composer son admirable poème, il répondait si exactement aux

aspirations de ses contemporains, que les premiers «Cantica» à peine

parus eurent sur l'art un retentissement énorme. Giotto fut le premier

interprète du poète, et bientôt après, les Orcagna, chargés par les

Strozzi de la décoration de leur chapelle, firent de son oeuvre le thème

de leurs compositions.

La muraille, peinte par Nardo, retrace tout le cycle du premier chant de

l'_Enfer_; mais l'artiste, faute de place, ayant supprimé tous les

épisodes gracieux, n'en laissa subsister que la tragique horreur. Le même

motif le força à serrer tellement ses figures et à leur donner de si

petites dimensions que ce défaut, aggravé par la mauvaise perspective

d'alors et l'absence de tout savoir technique, le fit rester au-dessous

du but qu'il s'était proposé.

La descente à l'Enfer commence dans la partie supérieure où les âmes

dirigées sur les «sombres bords» sont attendues par Cerbère pour être

conduites devant Pluton en train de festoyer.

Au-dessous, Caron, «le nocher funèbre», les conduit à travers l'Achéron à

l'entrée du gouffre où le premier des cercles infernaux est peuplé par

les prodigues et les avaricieux roulant leur éternel rocher.

Cette partie est séparée des cercles inférieurs, ceux des désespérés, par

un mur crénelé, que lèchent les flammes, symbole du feu dévorant où sont

consumées les âmes vouées au désespoir éternel.

On y voit les suicidés condamnés à s'entre-tuer toujours dans des bois

sombres habités par les harpies, les parricides plongés jusqu'au cou dans

un affreux lac de sang où ils sont éternellement rejetés par des

centaures placés sur la rive qui les empêchent à coups de flèches de

regagner le bord, les luxurieux brûlés par une pluie de feu; puis les

cercles vont toujours en se rétrécissant et en s'obscurcissant davantage

autour de ceux qu'ils enveloppent pour l'exécution de leurs terribles

châtiments. Ils montrent les simoniaques la tête plongée dans le feu, les

immondes la tête retournée, les voleurs en proie aux serpents, les

fauteurs de scandale coupés en morceaux, les alchimistes et les faux

monnayeurs s'entre-battant. Enfin, au centre de cette terrifiante

composition, un démon colossal, debout dans une cuve remplie de serpents,

dévore Judas, pendant que les traîtres, plongés dans la cuve et déchirés

par les serpents, attendent semblable supplice.

_Le Paradis_ d'André Orcagna, dont les extases font face à ces

horreurs, est d'un art tout différent. Les belles figures qui composent

la foule innombrable des élus tiennent le milieu entre l'art réaliste

d'un Giotto et l'idéalisme d'un Angelico; c'est à ce dernier que

sembleraient plutôt appartenir les deux admirables figures d'anges

musiciens agenouillés sur des nuages aux pieds du Christ et de la Vierge.

Sur le mur du fond coupé par la fenêtre, Orcagna a peint _le Jugement

dernier_ auquel assistent des groupes d'hommes et de femmes et où,

suivant l'esprit démocratique de l'époque, toutes les classes sociales

sont confondues, l'empereur et le pape comme le mendiant.

Le retable sur fond d'or représente le Christ glorieux confiant d'une

main à saint Pierre les clefs de l'Église, tandis que de l'autre il remet

le livre de la _Somme_ à saint Thomas d'Aquin présenté par la

Vierge. Sur les volets du retable sont peints saint Michel et sainte

Catherine, saint Laurent et saint Paul.

+La Sacristie+, ouverte à gauche sur le transept, contient un joli

_lavabo_ en terre vernissée, plaqué à l'intérieur de faïence; il a

été exécuté en 1497 par JEAN DELLA ROBBIA.

Au bas de la chapelle Strozzi, une porte conduit à quelques marches

descendant sur une galerie appelée le +Sepolcreto+ dont les voûtes

cintrées reposent sur des piliers octogonaux. Cette galerie a un grand

intérêt par toutes les petites plaques commémoratives enchâssées dans le

mur et dont la plupart portent en relief les écussons de presque toutes

les nobles familles florentines. Une de ces plaques particulièrement

belle est de Pisano et montre le donateur et la donatrice agenouillés aux

pieds de la Vierge.

Le Sepolcreto débouche sur le cloître appelé aussi Cloître vert, de la

couleur des fresques en camaïeu dont il est décoré.

+Le Cloître vert+ est entouré d'une galerie formée d'arcs reposant

sur des piliers octogonaux. Il a été peint par ANDREA ORCAGNA, pour les

scènes de la Genèse, et par PAOLO UCCELLO, pour _le Déluge_, _le

Sacrifice_ et _l'Ivresse de Noé_, fresques en camaïeu vert sur

fond rouge.

Les trois compositions d'Orcagna sont presque entièrement détruites, on y

trouve pourtant encore quelques belles figures.

I. _Création des animaux_, _Création de l'homme et de la

femme_, _Adam et Ève mangent le fruit défendu_.

II. _Adam et Ève chassés du Paradis_; _Ève filant_, ravissante

figure de la Renaissance; _Adam piochant_. Dans le bas (détruit)

étaient _Caïn et Abel_.

III. _Mort de Caïn_ sous la flèche de Lameth, _Noé construisant

l'Arche_, _Noé faisant entrer les animaux dans l'Arche_

(détruit).

La fameuse fresque du _Déluge_ d'UCCELLO continue la série. Aucun

artiste n'a poussé le fanatisme du réalisme plus loin qu'Uccello dont le

nom, malgré l'extravagance bizarre de l'artiste, se rattache pourtant à

des progrès techniques de premier ordre. Dans cette fresque peinte en

1446, tous les peintres purent venir apprendre le modelé et la

perspective; mais, à côté de beautés de premier ordre, les grotesques

inventions abondent. Les victimes expérimentent des appareils de

sauvetage de toute sorte et plus ou moins saugrenus. L'un a placé autour

de son cou une bouée; l'autre s'est réfugié dans une cuve; d'autres

encore grimpent sur des échelles, nagent sur des planches, ou tentent de

se sauver à cheval. L'arche colossale, dont on ne voit que la coque,

occupe un côté entier, et Noé y apparaît.

Les autres fresques sont très détériorées; celle de l'Arche de Noé a

pourtant conservé intact le groupe de ses trois fils, dont l'un, détaché

de profil sur une treille, est une superbe et énergique figure.

Sur la droite du cloître s'ouvre la salle du chapitre appelée +Chapelle

des Espagnols+, «Cappella degli Spagnuoli». Elle est éclairée par deux

belles fenêtres ouvertes sur le cloître de chaque côté de la porte, dont

les élégantes sculptures sont protégées par de belles grilles en fer à

rinceaux découpés.

La chapelle, commencée en 1322, fut achevée en 1355 et magnifiquement

décorée de fresques dont l'ensemble embrasse le cycle à peu près complet

des croyances philosophiques, théologiques et religieuses du moyen âge.

Ces peintures superbes et admirablement conservées sont attribuées par

Vasari à TADDEO GADDI et à SIMONE MEMMI de Sienne. Le mur de droite par

Simone Memmi représente _l'Église militante et l'Église

triomphante_. Celui de gauche, par TADDEO GADDI, montre _l'Église

personnifiée par saint Thomas d'Aquin_ dominant et protégeant toutes

les connaissances humaines. Sur le mur du chevet coupé par l'enfoncement

de l'autel est peint en forme d'éventail _le Calvaire_, avec d'un

côté _le Chemin de Croix_ et de l'autre _la Descente aux

Limbes_. Enfin les peintures de la voûte représentent des scènes de la

_Vie de Jésus-Christ_.

I.--_L'Église militante et l'Église triomphante_. Pendant que saint

François prêchait une merveilleuse doctrine de charité et de tolérance,

saint Dominique répandait sur le monde une foi sombre, ascétique et

intolérante, car l'Église, pour lui, ne pouvait arriver au triomphe final

que par l'emploi de moyens violents aussi bien contre les hérétiques que

contre les fidèles.

Interprète de cette idée, le maître a symbolisé les deux grandes forces

du moyen âge, l'Empereur et son Conseil, le Pape et son Concile assis

devant l'église Sainte-Marie des Fleurs, personnifiant ici l'omnipotence

de l'Église. Aux pieds du Pape sont couchées les brebis de la chrétienté

gardées par les chiens noirs et blancs dominicains, «Domini canes»,

tandis que d'autres chiens poursuivent et mordent les loups hérétiques

auxquels ils arrachent les brebis qu'ils tentent de ravir. En avant, à

gauche, se tient le groupe des religieux et religieuses de tous les

ordres, tandis qu'à droite sont les laïques, parmi lesquels on reconnaît

les portraits célèbres de Pétrarque, de Boccace, de Giotto, de Cimabue et

de Laure, devant lesquels sont agenouillés les pauvres et les infirmes.

Sur la droite, la fresque est consacrée à l'application des théories

dominicaines.

A.--Saint Dominique discute avec les hérétiques.

B.--Saint Dominique ayant convaincu les hérétiques, les fait se

prosterner devant l'Évangile, tandis qu'un Archange déchire les livres

hérésiarques.

C.--Au-dessus de ces sujets se trouve une rangée de petits personnages

intermédiaires, dansant au son d'un tambour de basque, devant quatre

personnages assis figurant des péchés mortels.

D.--Le haut de la composition est formé par un dominicain écoutant la

confession d'un homme agenouillé, un second dominicain qui lui donne

l'absolution au seuil du Paradis où l'introduit un troisième.

E.--Le Paradis occupe tout le haut de la fresque à gauche. D'après

l'Apocalypse, le Christ y est représenté trônant sur l'arc-en-ciel entre

deux anges; il est environné des Symboles des quatre Évangélistes,

l'Agneau mystique est couché à ses pieds, et il tient d'une main

l'Évangile, et de l'autre la clef du monde.

II.--_Triomphe de saint Thomas d'Aquin_. Le saint, les Évangiles à

la main, trône en haut de la fresque; il écrase sous ses pieds Arius,

Sabellius et Averroès, les trois grands hérésiarques.

A ses côtés sont assis, rangés l'un près de l'autre, les Évangélistes et

les Prophètes alternant.

La partie inférieure est divisée en quatorze niches où trônent des

figures de femmes, symbolisant toutes les connaissances de l'époque.

Devant chacune d'elles est assis plus bas son principal adepte; toutes

ces figures, d'une attitude un peu raide, ne varient guère que par

l'expression des physionomies.

1°--Le droit civil et l'empereur Justinien.

2°--Le droit ecclésiastique et le pape Clément V.

3°--La théologie spéculative et Pietro Lombardo.

4°--La théologie pratique et Severino Boccio.

5°--La foi et saint Denis l'Aréopagite.

6°--L'Espérance et saint Jean Damascène.

7°--L'amour sacré et saint Augustin.

8°--L'arithmétique et Pythagore.

9°--La géométrie et Euclide.

10°--L'astronomie et Ptolémée.

11°--La musique et Tubalcaïn.

12°--La dialectique et Zénon d'Élée.

13°--La rhétorique et Cicéron.

14°--La grammaire avec Donato ou Priscien.

III.--_Le Calvaire_. La composition remplit un cintre divisé en

trois parties dont le Calvaire occupe la plus haute. Le Portement de

croix part du bas de la fresque, à gauche, pour monter au Calvaire. Dans

le bas, à droite, est représentée la Descente de Jésus aux limbes, dont

la porte s'écroule devant lui sur Satan. Cette partie, tout à fait

remarquable, est peut-être la meilleure de la chapelle comme art et comme

sentiment.

La fresque du mur d'entrée est en partie détruite: elle représentait,

d'un côté, les prédications de saint Dominique; de l'autre, celles de

saint Thomas d'Aquin, et au-dessous, des miracles opérés par les deux

saints.

IV.--La voûte, divisée par les nervures en quatre parties angulaires, est

occupée par des fresques symboliques.

I. Au-dessus de l'Église militante et triomphante, _la Barque de

Pierre_, symbole des tempêtes qui peuvent assaillir l'Église, sans

jamais la submerger.

Florence historique, monumentale, artistique · 第 49 / 76 题