PORTE DU NORD DU BAPTISTÈRE DE GHIBERTI (1403)

_________________________________ _________________________________

| | || | |

| XVII | || | |

| PORTEMENT | XVIII || XIX | XX |

| DE | LE CALVAIRE || LA | LA |

| LA CROIX | || RÉSURRECTION | PENTECÔTE |

| | || | |

|---------------------------------||---------------------------------|

| | XIIII || | XVI |

| XIII | LE || XV | PILATE |

| LE JARDIN | BAISER || | SE LAVANT |

| DES OLIVES | DE JUDAS || FLAGELLATION | LES MAINS |

| | || | |

|---------------------------------||-----------------|---------------|

| | || | |

| IX | X || XI | XII |

| TRANSFIGURATION | RESURRECTION || ENTRÉE | LA CÈNE |

| | DE LAZARE || A JÉRUSALEM | |

| | || | |

|---------------------------------||---------------------------------|

| V | VI || VII | VIII |

| BAPTÊME | TENTATION || JÉSUS CHASSE | LA BARQUE |

| DE | DANS || LES MARCHANDS | SUR |

| JÉSUS-CHRIST | LE DÉSERT || DU TEMPLE | LA MER AGITÉE |

| | || | |

|---------------------------------||---------------------------------|

| I | II || III | IV |

| ANNONCIATION | ADORATION || ADORATION | JÉSUS |

| (_adorable | DES || DES | ENSEIGNANT |

| figure presque en| BERGERS || MAGES | LES DOCTEURS |

| ronde-bosse_) | || | |

|---------------------------------||---------------------------------|

| | || | |

| | || | |

| St JEAN | St MATHIEU || St LUC | St MARC |

| | || | |

| | || | |

|---------------------------------||---------------------------------|

| | || | |

| | || | |

| St AUGUSTIN | St JÉRÔME || St GRÉGOIRE | St AMBROISE |

| | || | |

| | || | |

|---------------------------------||---------------------------------|

(Ces 8 admirables figures, d'une très noble allure, sont assises devant

des pupitres, les évangélistes debout accompagnés de leurs symboles.)

La première porte de Ghiberti ne fut pas plutôt achevée qu'on se décida à

lui confier la seconde, considérée par ses contemporains comme son

chef-d'oeuvre, mais où s'accuse déjà fortement le parti pris d'obtenir du

bronze les effets de la peinture par une fusion impossible des deux arts.

Cette fois, entière latitude lui était laissée. Aussi s'affranchit-il

résolument de toute influence et divisa-t-il son sujet en dix panneaux où

il traitait les principaux épisodes de l'Ancien Testament. Mais, comme

cette donnée était trop considérable, il se résolut à réunir dans chaque

panneau plusieurs actions différentes n'ayant aucun rapport entre elles.

Il encadra chacun de ses tableaux d'une large bordure ornée de figurines

placées dans des niches alternant avec des médaillons d'où sortent des

têtes en ronde bosse et il décora les chambranles de guirlandes

compliquées.

Il fallut seize ans à Ghiberti pour mener à bien son oeuvre, mise en place

seulement en 1452, et, dans le principe, entièrement dorée, comme les

autres portes.

Les trois portes de San Giovanni sont surmontées de groupes de grandeur

naturelle en bronze et en marbre.

PORTE DE L'EST DU BAPTISTÈRE

DITE DU PARADIS GHIBERTI (1425-1452)

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| I | II |

| | CAÏN LABOURANT. |

| CRÉATION DE L'HOMME. | ABEL GARDANT SES TROUPEAUX. |

| DE LA FEMME. | AU FOND, SACRIFICE DE CAÏN |

| L'ARBRE DU BIÉN ET DU MAL. | ET D'ABEL. |

| ADAM ET ÈVE | CAÏN TUANT SON FRÈRE. |

| CHASSÉS DU PARADIS TERRESTRE. | CAÏN ERRANT APRÈS LE CRIME. |

|_______________________________|_______________________________|

| | |

| III | IV |

| | |

| LA SORTIE DE L'ARCHE. | LA STÉRILITÉ DE SARA. |

| LE SACRIFICE DE NOÉ. | VISITE DES ANGES A ABRAHAM |

| NOÉ IVRE ET SES TROIS FILS. | LUI PROMETTANT UN FILS. |

| | AU FOND, SACRIFICE D'ABRAHAM. |

| | |

|_______________________________|_______________________________|

| | |

| V | VI |

| | |

| ESAÜ ET JACOB. | HISTOIRE DE JOSEPH. |

| | _La scène principale, la |

| _Scène dans un motif | reconnaissance de ses frères |

| d'architecture_. | se passe devant un portique |

| | formé par une rotonde_. |

|_______________________________|_______________________________|

| | |

| VII | VIII |

| | |

| MOÏSE RECEVANT LES TABLES | LA PRISE DE JÉRICHO. |

| DE LA LOI. | |

| | |

| | |

| | |

|_______________________________|_______________________________|

| | |

| IX | X |

| | |

| BATAILLE CONTRE | SALOMON ET LA REINE DE SABA. |

| LES AMMONITES. | _La scène se passe dans le |

| | temple dont l'architecture a |

| | été prise par Ghiberti |

| | sur celle du dôme_. |

|_______________________________|_______________________________|

+Au Sud+: _Décollation de saint Jean_ par VICENTE DONI (1571),

d'un mauvais style.

+Au Nord+: _Prédication de saint Jean_ par GIOVANNI RUSTICA

(1500); élève de Verrocchio, supérieur au groupe précédent.

+A l'Est+: _Le Baptême de Jésus-Christ_ par ANDREA SANSOVINO,

de beaucoup le meilleur des trois morceaux (1500). L'ange qui seul le

dépare, est de Spinazzo (XVIIIe siècle).

+Intérieur+: A l'intérieur de l'édifice on retrouve la disposition

des trois étages extérieurs, décorés d'après le même principe de marbres

alternés blancs et verts.

Les colonnes rondes en granit de la rotonde soutiennent, sur leurs

chapiteaux corinthiens dorés, l'entablement portant la tribune circulaire

du deuxième étage éclairée par les fenêtres extérieures et dont le balcon

est décoré de _mosaïques_ exécutées en 1225 par un moine nommé

_Jacobus_. Le troisième étage enfin, également orné de mosaïques

dues à Jacobus, sert de base à la coupole terminale, couverte de

mosaïques du XIIIe au XVIe siècle.

L'abside carrée, destinée à contenir l'autel, est construite en dehors du

monument. Décorée de mosaïques, elle renferme actuellement un

_groupe_ détestable de TICCIATI exécuté en 1732, dans ce que le

«rococo» a pu offrir de plus flamboyant. Un autel mural, à gauche de la

porte de l'est, est surmonté de la célèbre statue en bois de la

_Madeleine_ par DONATELLO, d'un réalisme désagréable, à force d'être

violent. En face, près du maître-autel, sont les _fonts baptismaux_,

ouvrage d'une recherche déplaisante, fondu en 1371 par un des nombreux

élèves d'Andrea Pisano. Enfin, à droite, adossé au mur, est le _tombeau

du pape Jean XXIII_ (1419), déposé par le concile de Constance. Sa

belle statue couchée est l'oeuvre de DONATELLO et de MICHELOZZO

(1420-1425), mais le dais qui l'abrite et le monument qui l'accompagne,

par leur mauvaise ordonnance et leur lourdeur, ne sont pas dignes de

Donatello.

Sur le côté nord de la place s'élève la COLONNE SAN ZENOBE, érigée en

1330 en commémoration de la translation des reliques de saint Zenobe,

patron de Florence.

LE DOME, SANTA MARIA DEL FIORE, ainsi nommée des fleurs de lys figurant

dans les armoiries de Florence, occupe l'emplacement d'une ancienne

église consacrée à Santa Reparata. La décoration et le revêtement du

Baptistère furent terminés en 1293; l'année suivante, la République

rendait un décret mémorable ordonnant à ARNOLFO DI CAMBIO d'exécuter un

modèle et des dessins pour la reconstruction de Santa Reparata: «Avec

telle hauteur et magnificence qu'on ne puisse attendre de l'industrie

humaine rien de plus noble et de plus beau, dans cette pensée que les

oeuvres entreprises par la commune doivent être conçues avec une grandeur

correspondant à la grande âme que forment tant de citoyens réunis dans

une seule et même volonté.»

Comme Santa Reparata dépendait de la corporation des marchands de laine,

il fut établi qu'ils auraient à supporter la plus lourde part des frais

de reconstruction, mais, à titre de dédommagement, on leur concéda un

droit sur les exportations. Après avoir démoli Santa Reparata, Arnolfo

traça le plan de sa basilique, d'après les traditions pisanes, en forme

de croix latine, c'est-à-dire qu'il donna les mêmes dimensions aux bras

du transept et du choeur, et il affecta au déambulatoire cinq chapelles

polygonales développées extérieurement en cinq pans symétriques.

Arnolfo était trop imbu de l'antique pour prévoir l'effet qu'allaient

produire dans le style gothique la nudité et la sécheresse de lignes qui

en sont l'antipode. Une autre erreur de son plan fut l'importance donnée

aux membres séparés, d'après ce principe que chaque chose grande en soi

agrandit l'ensemble, ce en quoi il perdait de vue la loi architecturale,

qui veut, pour l'harmonie d'un édifice, que toutes les parties se

subordonnent à l'ensemble. Tout à l'opposé des cathédrales du nord où

l'étroitesse relative de la nef élève les voûtes à l'infini, Arnolfo

élargit les siennes dans de si vastes proportions qu'elles produisent à

première vue une impression d'écrasement, aggravée encore par la vue des

grands espaces de murs laissés nus entre les fenêtres aussi étroites que

parcimonieusement ménagées.

Quand Arnolfo di Cambio mourut en 1300, il avait amené l'oeuvre à la

croisée, et la construction fut continuée par son successeur immédiat, le

Giotto, auquel sont dus les revêtements extérieurs des transepts et du

choeur.

En 1357, le plan d'Arnolfo subit une première modification, et, à partir

de cette époque, s'ouvre la longue série des architectes du dôme, placés

sous la direction de commissaires pris parmi les chefs des corporations

et sans l'assentiment desquels nul n'avait le droit d'ajouter une pierre

à la cathédrale. Ces gens sans connaissances techniques, qui

n'obéissaient qu'au seul mobile de faire de Santa Maria del Fiore un

monument unique, arrivèrent forcément à lui donner cette absence de

coordination si fâcheuse et que la fameuse coupole, la belle oeuvre de

Brunelleschi, contribue, pour sa part, à rendre plus frappante encore.

C'est en 1418 que fut ouvert, pour le modèle de la coupole, le concours

où Brunelleschi triompha de ses concurrents. Il ne lui fallut pas moins

de quatorze années pour mener à terme cette entreprise hardie, et encore

la lanterne ne fut-elle achevée qu'en 1462. La façade, qui fut détruite

en 1588 pour être remplacée magnifiquement, a été refaite depuis quelques

années seulement avec une complication et une surchage extrêmes. +Les

quatre portes+ latérales sont des XIVe et XVe siècles. Ce sont des

ouvrages de l'école Pisane ornés de mosaïques et surmontés d'une statue.

La plus remarquable de ces portes, la deuxième du nord (1408), est

l'oeuvre de PIERO D'AREZZO, aidé de NANNI DI BANCO. C'est à ce dernier

qu'est dû le haut relief dit de la _Madona della Cintola_, où se

pressentent déjà Ghiberti et Donatello. La mosaïque du tympan,

l'_Annonciation_, fut dessinée par le GHIRLANDAJO (1496).

+L'Intérieur+ de Sainte-Marie des Fleurs est d'une austérité allant

jusqu'à la froideur d'un temple méthodiste.

Le maître-autel, placé sous la coupole, est entouré d'une clôture en

marbre, de forme octogonale comme la coupole, et ornée de

_bas-reliefs_ de BACCIO BANDINELLI, oeuvre médiocre substituée à la

belle clôture en bois de Ghiberti.

Derrière le maître-autel se trouve la fameuse _Déposition_ de

MICHEL-ANGE, oeuvre de vieillesse et inachevée qu'il tailla dans un

chapiteau antique du Temple de la Paix que lui avait donné le pape Paul

III. Cet ouvrage pèche par des défauts de proportion malheureusement très

apparents. Sainte-Marie des Fleurs contient nombre de monuments et

d'oeuvres remarquables.

Le mur de la façade est percé d'un vitrail rond, de FRANCESCO, exécuté

sur les dessins de Ghiberti; au-dessous, dans la lunette de la porte est

inscrite une admirable mosaïque, le _Couronnement de la Vierge_ de

TADDEO GADDI (1280), où, malgré le byzantinisme encore marqué, est déjà

très sensible l'influence de la révolution naturaliste opérée dans l'art,

grâce aux efforts de Cimabue et de Giotto.

Deux grandes fresques infiniment intéressantes occupent le mur au-dessus

des portes latérales de la façade. Celle de gauche est le portrait

équestre de _John Hawkwood_, condottiere à la solde de Florence,

peint en 1392 par Paolo UCCELLO; tandis que celle de droite est

l'admirable portrait équestre de _Niccolò Marucci da Tolentino_,

oeuvre d'ANDREA DEL CASTAGNO (1456), de la plus haute allure.

+Nef de droite+: Monument de _Brunelleschi_, tombeau médiocre

dû à son élève BRUGGIANO.

Statue de l'homme d'État _Gianozzo Manetti_ par CIUFFAGNI.

Monument du _Giotto_ élevé par la commune sur l'initiative de

Laurent le Magnifique, en 1490. Ce bel ouvrage de BENEDETTO DA MAJANO est

placé au-dessus de l'inscription latine composée par Ange Politien.

Au-dessus de la première porte latérale, le _sarcophage_ du général

_Pierre Farnèse_ par AGNOLO GADDI et PISELLO (1395). Statue de

_Josué_ par DONATELLO (1412) où se trahit encore dans les draperies

l'inexpérience de la jeunesse, bien que la tête en soit fort belle.

Donatello y sacrifie déjà au goût qui lui fera, dans toutes ses statues,

reproduire les traits de ses contemporains. A côté de la deuxième porte

latérale est placé le buste en marbre du savant platonicien _Marsile

Ficin_, avec la remarquable inscription latine de Ferrucci (1521).

Au-dessus de la deuxième porte et malheureusement placé trop haut, est le

beau _monument_ de l'évêque _Antonio d'Orso_, le vaillant

défenseur de Florence contre l'empereur Henri VIII, oeuvre du Siennois

TINO DI CAMAINO (1336). La statue de l'évêque est assise sur un

sarcophage à l'antique.

Dans le transept droit, orné au-dessous des fenêtres de fresques

médiocres peintes par Lorenzo de Bicci (1427), s'ouvre +la vieille

sacristie+. Le tympan de la porte d'accès est décoré d'un magnifique

bas-relief de LUCA DELLA ROBBIA, l'_Ascension_. Dans la sacristie,

deux admirables anges agenouillés, oeuvre monochrome de LUCA DELLA ROBBIA,

tiennent des calices.

Le lavabo est un ouvrage contourné de BUGGIANO (1492).

+La chapelle terminale+ du chevet est consacrée à saint Zenobe et

contient le _reliquaire_ en bronze du saint par GHIBERTI (1440).

Dans quatre autres chapelles sont des statues assises, primitivement

destinées à la décoration de la façade.

+Première à droite+: _Saint Marc_, par NICCOLÒ D'AREZZO.

+Deuxième à droite+: _Saint Luc_, par NINO DI BANCO.

+Quatrième chapelle à gauche+: _Saint Mathieu_. Mauvais ouvrage

de CIUFFAGNI.

+Cinquième chapelle à gauche+: _Saint Jean_, par DONATELLO.

Quoique encore influencé par la tradition des «Trecentisti», le maître se

montre ici d'une incomparable supériorité. La tête, d'une expression

profonde et prophétique, admirable par sa grave austérité, fait penser à

Michel-Ange. Cette oeuvre de premier ordre est placée aussi mal que

possible dans le jour le plus défectueux; il est difficile même d'en

apprécier toute la beauté.

+La nouvelle sacristie+ s'ouvre à la suite des chapelles supérieures

de la croix. Le tympan de sa porte est occupé par un magnifique

bas-relief de LUCA DELLA ROBBIA, la _Résurrection_. Jamais le

délicat poète que fut Luca n'a été plus inspiré que dans cette

composition, où la divinité triomphante du Christ s'oppose à l'humanité

abandonnée des soldats endormis, ses gardiens.

+La porte en bronze+ commandée d'abord à Donatello en 1437 et

retirée au maître après dix ans passés, sans qu'il eût mis la main à

l'oeuvre, fut, en 1465 seulement, confiée à LUCA DELLA ROBBIA. Il y a

représenté, en compartiments quadrangulaires, la Vierge et l'Enfant, la

Résurrection, les quatre Évangélistes et les quatre Pères de l'Église,

ces derniers en haut relief, assis entre deux anges. Aux angles des

cadres sont des têtes en ronde bosse, d'une grande beauté. Luca s'est

volontairement abstenu de toute complication et de tout mouvement

susceptible de maniérer la composition. Ses figures tirent leur caractère

de leur austérité et de la belle simplicité de leurs draperies, poussées

cependant au dernier degré de la perfection. Elles laissent aussi loin

derrière elles les oeuvres de Ghiberti, si souvent gâtées par une

recherche de l'effet de mauvais goût, écueil que Luca semble avoir évité

avec soin, pour se rapprocher autant que possible du style pur et large

d'Andrea Pisano. La sacristie est entièrement revêtue d'une marqueterie

en bois dont les panneaux forment des tableaux; cette belle décoration

est l'oeuvre de BENEDETTO DA MAJANO.

En retournant par la nef gauche, à côté de la deuxième porte latérale, on

trouve le portrait en pied du Dante, peinture sur bois exécutée par ordre

de la République, en 1465. Domenico di Michelino a représenté Dante

devant une vue de Florence, entouré de divers épisodes de la _Divine

Comédie_.

A gauche, pour désigner l'Enfer, s'ouvre, au milieu de rochers désolés,

la porte «où est laissée toute espérance», tandis qu'à droite un

labyrinthe symbolise le Paradis et la difficulté d'y parvenir.

A côté de la première porte latérale, _monument_ du musicien

_Squarcialupo_ (1490) par BENEDETTO DA MAJANO, d'une ordonnance

analogue à celle du monument de Giotto auquel il fait face et sert de

pendant. Enfin, au premier pilier, _Saint Zenobe_, en vêtements

pontificaux, est une peinture d'ORCAGNA.

+LE CAMPANILE+ de Sainte-Marie des Fleurs s'élève isolé à la hauteur

de sa façade. En 1334, après la mort d'Arnolfo, la Seigneurie confia à

GIOTTO, alors âgé de près de soixante ans, les travaux du dôme, avec

ordre, d'abord, de se consacrer à l'érection du campanile qui faisait

défaut. Le premier soin de Giotto fut d'asseoir les fondations à une

profondeur inusitée alors, et de donner ainsi à sa construction une

assiette telle, que, jusqu'à ce jour, elle n'a eu besoin d'aucune

réparation. TADDEO GADDI l'aida jusqu'à 1336, époque de sa mort, et

ANDREA PISANO reprit l'oeuvre, qui fut achevée par François Talenti.

Le campanile carré comporte cinq étages de hauteurs inégales et croissant

avec l'élévation, car, par un souci de perspective bien rare pour

l'époque, Giotto reconnut et appliqua ce principe, que, plus une

construction s'élève, plus les plans successifs doivent gagner en

hauteur, pour que rien n'interrompe à l'oeil la justesse des proportions.

Par l'application de cette théorie, le campanile acquiert une grâce et

une légèreté incomparables. La préoccupation qu'avait Giotto d'atteindre

ce but était telle qu'elle l'amena à modifier ce qu'aurait eu de sec

l'angle aigu sur une pareille masse et à rabattre les côtés en les

flanquant de piles polygonales. Comme au dôme, il revêtit le campanile de

marbres alternés noirs, rouges et blancs du meilleur effet décoratif.

Le plan de Giotto comportait une flèche quadrangulaire terminale qui

devait exhausser la tour d'un tiers; mais Gaddi et Pisano, après sa mort,

crurent devoir la supprimer comme de style gothique et déjà suranné. La

vérité est que cette modification ne fut pas heureuse, et que le

campanile, terminé en terrasse, semble tronqué au sommet.

La simplicité des lignes dans l'oeuvre de Giotto contraste avec

l'exubérance des ornements. Tout le premier étage est décoré d'une double

série de _médaillons_ en demi-relief exécutés sur ses plans par

ANDREA PISANO. Ils sont inspirés par la riche symbolique du moyen âge et

retracent, dans une large idée philosophique, les progrès de l'humanité

en intelligence, en art et en industrie, depuis sa création.

+A l'Ouest+ on voit, accompagnés de leurs attributs bibliques: La

création. Les premiers travaux de l'agriculture, avec Adam et Eve

labourant. La vie pastorale, Jacob et ses troupeaux. Jubal, inventeur de

la musique. Tubal Caïn, premier forgeron. La viticulture personnifiée par

Noé.

+Au Sud+: L'astronomie sous la figure d'un mage avec la sphère

céleste. L'architecture représentée par des maçons construisant une

maison. L'art du potier par des femmes achetant des ustensiles de terre.

Viennent ensuite l'homme dompteur de chevaux; le tissage; la législation,

figurée par un juge; Dédale, symbole des émigrations lointaines.

+A l'Est+: La navigation sous la forme d'une barque. Hercule,

dompteur des éléments. Le cheval, attelé à un char comme bête de travail.

Enfin +au Nord+: La sculpture avec Phidias. La peinture avec

Apelles. La grammaire avec Donatus. Le lyrisme avec Orphée. La

philosophie avec Platon et Aristote. La géométrie avec Ptolémée.

La rangée supérieure des médaillons hexagonaux est consacrée aux Vertus

théologales et cardinales, aux Sept OEuvres de Miséricorde, aux Sept

Béatitudes et aux Sept Sacrements.

Le deuxième étage du campanile est orné de niches garnies de statues de

docteurs, de prophètes, de sibylles ou de Pères de l'Église, et complète

l'ensemble de cette magnifique décoration.

Parmi ces sculptures, il faut citer les statues des prophètes dues

à Donatello, oeuvres de premier ordre exécutées par le maître entre 1415

et 1425, et qui joignent à la perfection du travail le grand intérêt

d'être de vivants et célèbres portraits, pour lesquels le sculpteur s'est

livré à une véritable débauche de réalisme, sans aucun souci de la

couleur historique pour les héros sacrés qu'il devait représenter.

La plus connue, sous le nom du «Zuccone», placée à l'ouest, représente le

roi David, pour lequel le maître choisit comme modèle un certain Giovanni

di Barduccio Cherichini, réputé le plus laid des citoyens florentins,

remarquable par sa calvitie, sa maigreur et sa mine patibulaire: Cette

vieillesse et cette laideur presque repoussantes ont été rendues par

Donatello avec une prodigieuse vérité, tandis qu'il traitait l'anatomie

avec son incomparable sûreté en traits aussi souples que larges. On

raconte que, parmi tant de chefs-d'oeuvre, le «Zuccone» resta celui dont

le maître se montrait le plus fier, et cela, au point de jurer par lui,

quand il voulait prêter serment. Sur ce même côté se trouvent encore deux

statues: celle du _prophète Jérémie_, sous les traits de l'ami de

Donatello, Francesco Soderini, et celle de _Saint Jean-Baptiste_,

jeune et belle figure à laquelle nous sommes peut-être redevables du

Saint Georges, le chef-d'OEuvre d'Or San Michele. Enfin, à l'est, on doit

au maître la figure d'_Abraham sur le point de sacrifier Isaac_,

pour laquelle il se fit aider par Nanni di Banco, et encore celle du

prophète _Habacuc_, exécutée très postérieurement aux autres, et

également le beau portrait d'un vieillard contemporain.

Autour de la place du Dôme s'offrent plusieurs édifices importants au

point de vue artistique. A l'angle de la _via Calzajuoli_ s'élève la

+LOGGIA DEL BIGALLO+, petit monument du plus pur style gothique,

élevé de 1352 à 1358 pour la confrérie des Capitani della Misericordia et

plus tard occupé par celle del Bigallo dont il prit le nom. La loggia

comporte trois arcades cintrées surmontées de deux fenêtres accouplées.

Une troisième arcade fait retour sur la via Calzajuoli et, en face

d'elle, s'ouvre, au fond du portique, un oratoire, petite chapelle

décorée de trois statues, _la Vierge et deux anges_, ouvrage unique

d'ALBERTO D'ARNOLDO (1364), où se pressent déjà la Renaissance. Un toit

avancé sur des consoles sculptées couvre le charmant édifice du Bigallo.

A côté de lui, sur la place, se trouve l'orphelinat des Enfants trouvés,

l'+ORFANOTROFIO DEL BIGALLO+. Dans la salle du Conseil

d'administration, une fresque de GIOTTINO (1342), la _Miséricorde_,

est placée au-dessus d'une vue de Florence.

Sur le mur du fond, une fresque plus petite d'un des giottesques, VENTURO

DI MORO, représente la loggia del Bigallo où deux capitani recueillent

les enfants qu'on leur amène. Si, dans cette oeuvre remarquable,

l'influence de Giotto subsiste par la simplicité des plans, les attitudes

et le dessin plus étudiés sont déjà presque dignes des «Quatrocentisti»,

tout en laissant aux figures l'adorable naïveté des primitifs.

+L'ORATOIRE DE LA MISÉRICORDE+, situé au sud de la place, appartient

à la confrérie de la Miséricorde, fondée en 1244, dans le but de secourir

les pauvres et les malades, mais surtout d'ensevelir et de porter les

morts. Toutes les classes sont représentées dans cette confrérie

actuellement encore de plus de deux mille cinq cents membres, tous

également vêtus de la cagoule en toile noire, lorsqu'ils font leur

service.

Au-dessus de l'autel, une des meilleures oeuvres d'ANDREA DELLA ROBBIA,

_retable_ en deux parties. Dans le bas-relief supérieur,

Jésus-Christ bénissant. Dans l'inférieur, la Vierge entourée de chérubins

entre deux saints. Une prédelle représente l'Annonciation, la Nativité et

l'Adoration des Mages.

La salle contiguë à l'oratoire sert de vestiaire aux frères; au fond se

trouve le dortoir où six frères doivent chaque nuit être en permanence.

+L'OPÉRA DEL DUOMO+(Musée du Dôme) est situé sur la place,

directement derrière l'Abside. +L'intérieur+, où se conserve tout ce

qui a trait au baptistère et au dôme, est un assemblage divers de qualité

et de style, et constitue un musée très complet de l'histoire de ces deux

monuments.

La première des trois salles du musée, au premier étage, contient des

chefs-d'oeuvre. Il faut en toute première ligne placer les dix admirables

_Bas-reliefs des enfants danseurs et musiciens_ exécutés de 1431 à

1440 pour la tribune des orgues de la cathédrale par LUCA DELLA ROBBIA.

Vasari décrit ainsi ces magnifiques compositions: «Luca fit en ces

compartiments les choeurs de la musique, chantant de diverses façons, et

il y mit tant de talent et y réussit à tel point qu'on distingue, à la

hauteur où ils sont placés, le gonflement de la gorge de ceux qui

chantent, le battement des mains de ceux qui lisent la musique par-dessus

l'épaule des chanteurs plus petits qu'eux, enfin les diverses manières de

jouer, de danser, de chanter et les autres mouvements inspirés par la

musique.»

Luca, lorsqu'il exécuta ces bas-reliefs, était véritablement arrivé à

l'apogée de son talent. Il possédait toutes les qualités d'un grand

sculpteur: la clarté dans la conception, la science du dessin et une

extraordinaire habileté de main, qualités subordonnées pourtant à

l'infinie poésie d'une âme raffinée et mystique tout ensemble.

A côté de l'oeuvre de Luca, il faut placer le fameux _devant d'autel du

baptistère_, en argent massif, une des principales oeuvres d'orfèvrerie

laissées par le XIVe et le XVe siècles. Le plan général et les

encadrements datent de 1466; ils furent exécutés par LEONARDO DE SER

CRISTOFANO, BELLO DI GERI, CRISTOFANO DI PAOLO et MICHELE DI MONTE.

Le travail des hauts reliefs intérieurs fut exécuté par Antonio POLLAJUOLO,

GHIBERTI et VERROCCHIO, et reproduit l'histoire de Saint Jean-Baptiste. Si

ceux de la naissance, dus à Pollajuolo, sont de premier ordre, on

retrouve, dans la partie centrale due à Ghiberti, les qualités et les

défauts des portes du baptistère inhérents à son style.

Cette précieuse décoration est complétée par la _Croix_ destinée à

être placée sur l'autel, chef-d'oeuvre de l'orfèvrerie du XVe siècle

achevé par ANTONIO POLLAJUOLO en 1456. Il y employa avec une habileté

consommée l'art de l'émailleur, du graveur et de l'orfèvre. La croix,

enrichie de gravures d'émaux sur paillons et de statuettes, repose sur un

pied de toute beauté, accompagné de deux précieuses figurines placées de

chaque côté, où se retrouvent la grande allure du maître, son remarquable

dessin et son précieux fini. Le tertre où est plantée la croix est

couvert de minuscules animaux où la minutie poussée à l'excès montre une

fois de plus le goût si cher aux artistes de l'époque pour l'exagération

du détail.

ANTONIO POLLAJUOLO a encore fourni les dessins des magnifiques

_ornements religieux_ conservés dans cette salle et qui

appartenaient au trésor du baptistère.

Dans une vaste salle contiguë sont réunis tous les modèles pour le dôme,

parmi lesquels le modèle des absides par ARNOLFO DI CAMBIO et celui de la

coupole par BRUNELLESCHI.

En descendant la via Calzajuoli, on arrive rapidement à l'+ÉGLISE D'OR

SAN MICHELE+, édifiée en 1284 pour servir de marché et de halle aux

grains. Cet édifice, brûlé en 1304, lors de l'incendie mis à la ville par

le féroce prieur Neri degli Abbati, pour assouvir une haine de parti, fut

réparé à deux reprises, en 1308 et en 1321; mais, comme cette loggia en

bois, basse et obscure, déparait un quartier déjà embelli par les travaux

du baptistère, on résolut, en 1336, de la rebâtir et d'en faire un

palais. Les travaux furent confiés à TADDEO GADDI, à BENCI DI CIONE et à

NIERI FIORAVENTI, et la nouvelle construction consista en une grande

loggia quadrangulaire surmontée de deux étages.

Dans cette loggia était placée la peinture sur bois d'une Vierge

miraculeuse, objet d'une si grande vénération chez les Florentins que

leur piété la comblait d'offrandes. Aussi, à la suite de la peste de

1348, la riche confrérie des grainetiers d'Or San Michele se

décida-t-elle à mettre à couvert la précieuse image peinte par BERNARDO

DADDI. ORCAGNA, auquel fut confiée cette transformation de loge ouverte

en loge fermée, s'en tira avec un rare bonheur. Il aveugla les arcades du

rez-de-chaussée où se tenait la bourse et il éclaira l'intérieur par de

belles fenêtres de marbre blanc ouvertes aux étages. Dans un angle de

cette salle partagée en deux par des piliers, il enchâssa l'image sacrée

dans un tabernacle que l'on peut considérer au double point de vue

architectonique et sculptural comme un inestimable chef-d'oeuvre.

+Le rez-de-chaussée+ d'Or San Michele est composé d'arcades

aveuglées jusqu'à mi-hauteur, remplies, dans leur partie supérieure, par

une rose de pierre ajourée reposant sur de sveltes colonnettes,

surmontées de _statuettes_ exécutées par FRANSCESCO TALENTI. Le mur,

entre chacune de ces arcatures, est occupé par une niche, variée de

forme, en marbre blanc, où se trouve une grande statue de saint en marbre

ou en bronze, don d'une corporation, toutes signées des plus grands noms

des XVe et XVIe siècles.

A côté de l'entrée, sur la façade occidentale, la statue en bronze de

_Saint Mathieu_, offerte par les changeurs, est une belle oeuvre de

GHIBERTI de 1420.

En face, celle de _Saint Étienne_, également par GHIBERTI, fut

commandée en 1428 par les drapiers. Cette figure d'un caractère sobre et

sévère, traitée dans le sentiment de la première Renaissance, fait grand

honneur au maître. La troisième niche est occupée par _Saint Éloi_,

patron des maréchaux ferrants, ses donateurs. Cette oeuvre de NINO DI

BANCO est d'une facture très développée pour son époque (1408). Ce qui

lui manque est le sentiment de la vie intellectuelle, encore absent dans

ses physionomies. Sur la face méridionale, la première niche contient la

statue de _Saint Marc_ offerte par les menuisiers, oeuvre de jeunesse

de DONATELLO (1411) déjà en pleine possession de ses qualités. La figure,

noble et majestueuse, exprime la puissance et la force. La deuxième

niche, don des pelletiers, est occupée par une statue en bronze de

_Saint Jacques_, dans le caractère des «Trecentisti». Cet ouvrage

est attribué à Ghiberti en raison du ravissant bas-relief en marbre

blanc, encastré dans le mur au-dessous de la niche, qui représente la

Décollation de saint Jean-Baptiste traitée comme le sujet analogue à la

porte du baptistère.

La niche suivante contient la statue en bronze de _Saint Jean

l'Évangéliste_, donnée par les tisseurs de soie, oeuvre médiocre de

BACCIO DA MONTELUPO (1515).

Sur la façade orientale, celle de la rue Calzajuoli, la première niche

contient la statue en bronze de _Saint Jean-Baptiste_, don des

marchands de drap, une des premières oeuvres de GHIBERTI (1414), raide et

durement ciselée.

L'architecture de la niche du milieu, due à DONATELLO, se compose de

pilastres cannelés supportant un fronton angulaire où est représentée la

Trinité. C'est une des dernières oeuvres du maître, qui ne fit jamais la

statue à laquelle elle était destinée. Le groupe en bronze qu'elle

contient fut exécuté par ANDREA VERROCCHIO, à cette époque encore dans

l'atelier de Donatello et directement sous son influence. Il représente

le _Christ et saint Thomas_, et il serait digne du maître, s'il n'y

avait pas dans les draperies quelque chose de tourmenté et de cherché qui

nuit à la simplicité des lignes. Ce groupe, don des commerçants, fut

exécuté en 1483. Dans la niche suivante, la statue en bronze de _Saint

Luc_, due à JEAN DE BOLOGNE, fut donnée par les juges et les notaires,

en 1562. Elle a déjà le caractère exagéré et le mouvement intempestif de

la sculpture du XVIe siècle.

La première niche de la face nord, don des bouchers, a reçu une assez

médiocre oeuvre de la jeunesse de Donatello (1408) où le manque de

proportion est très sensible. La seconde niche contient un _Saint

Philippe_, patron des cordonniers, par NANNI DI BANCO. Dans la

troisième, un groupe de NANNI DI BANCO se compose de _quatre Saints_

offerts par les maçons, charpentiers, forgerons et tailleurs de pierre,

et oeuvre d'une valeur secondaire, exception faite du charmant petit

bas-relief qu'elle surmonte. Enfin, dans la quatrième et dernière niche,

est placé le don des armuriers, l'admirable statue en marbre blanc de

_Saint Georges_ par DONATELLO, exécutée en 1416.

Cette oeuvre de tout premier ordre représente un jeune homme debout et le

cou nu, un manteau négligemment jeté sur l'épaule. La cuirasse et les

brassards qui le protègent, ainsi que le haut bouclier hexagonal qu'il

tient devant lui, n'empêchent pas de deviner ce qu'il y a de force et de

souplesse dans ces membres si bien couverts. Sa figure juvénile, martiale

et austère, son regard libre et fier caractérisent admirablement le

chevalier chrétien, aussi éloigné du sentimentalisme que de la

forfanterie. Jamais n'a été mise au jour une image plus saisissante du

courage calme et sûr de lui.

Il faut encore mentionner le délicieux bas-relief exécuté pour être placé

au bas de la statue, mais qui fut transporté sous la niche de la face

méridionale. Le saint à cheval transperce le dragon, tandis que sainte

Marguerite, pour laquelle il combat, prie avec ferveur. Par sa perfection

ce chef-d'oeuvre serait digne de compter parmi les merveilles de l'art

grec.

Au-dessous de chaque niche sont des _médaillons_ occupés par les

armes des corporations donatrices; cinq d'entre eux sont dus à LUCA DELLA

ROBBIA.

+A l'intérieur+, l'admirable ciborium d'ORCAGNA fascine par sa

magnificence. Le caractère de ce petit monument est grave et la grâce en

est sévère; c'est le triomphe du génie de la première Renaissance. En

traversant le moyen âge, pour ressusciter après quatorze siècles, l'art

antique, sans perdre sa beauté, semble avoir renoncé à sa sévérité et à

son impassibilité, pour se laisser pénétrer par le sentiment qu'il

cherchera désormais à exprimer. Il était seulement beau, il devient

humain.

Après avoir conçu son ciborium dans le style ogival florentin, Orcagna

recourut, pour le décorer et l'enrichir, à tous les procédés connus

alors. Les colonnes torses qui soutiennent le baldaquin sont mirlitonnées

de mosaïques de marbre et de verre polychrome; les marbres précieux

alternent avec une profusion inouïe de sculptures. Le ciborium est

entièrement fermé derrière l'autel par un mur sculpté dont les côtés en

retour viennent former à l'image de la Vierge un cadre d'Anges de profil

étagés en bas-relief les uns sur les autres. La face postérieure de ce

mur est divisée horizontalement en deux parties représentant la mort de

la Vierge et son Assomption. Les trois côtés qui portent les pilastres du

baldaquin sont ornés de médaillons traités en bas-relief, ressortant sur

un fond de mosaïque à dessins géométriques. Les sujets en sont: 1°la

Naissance de la Vierge, la Foi, et la Présentation au Temple; 2° l'Ange

venant annoncer sa mort à la Vierge, la Circoncision; 3° la Naissance du

Christ, la Charité et l'Adoration des Mages. L'autel a une décoration

analogue; trois de ses bas-reliefs sont remarquables: ce sont

l'Annonciation, l'Espérance, et surtout le Mariage de la Vierge, oeuvre

sculpturale de premier ordre. Orcagna, pour protéger cette création

délicate contre les allées et venues des gens affairés dans la Bourse,

l'entoura d'une balustrade assez élevée formant deux étages de

compartiments de marbre ajourés et remplis par de légères rosaces de

bronze.

+LA MAISON DES CARDEURS DE LAINE+ s'étend devant la façade d'Or San

Michele, auquel la relie une galerie de communication jetée sur une haute

arcade. Cette maison du XVe siècle est crénelée et porte l'Agneau

pascal, armes de la corporation.

D'Or San Michele, la rue Calzajuoli mène en peu de temps à la +PLACE DE

LA SEIGNEURIE+.

Si la Renaissance peut être considérée, à bon droit, comme la

résurrection de la personnalité humaine, encore fallait-il, avant

d'affranchir l'individu, chercher l'affranchissement des collectivités

représentées par la commune; ce fut le grand travail de la première

Renaissance. Cette marche lente, mais progressive, vers l'égalité civile,

fut marquée en Toscane par la construction successive des palais publics,

des tours et des loges communales. Aussi la place de la Seigneurie, avec

ses monuments, doit-elle être considérée comme le coeur même de Florence,

comme le berceau de ses franchises et de ses libertés, comme l'endroit où

furent prises toutes les grandes décisions de son histoire et où

sonnèrent également les heures les plus sombres de ses destinées, celles

où les luttes sanglantes entre les Gibelins et les Guelfes, ou entre les

Noirs et les Blancs, mettaient son existence même en jeu.

+LA «LOGGIA DEI LANZI»+ est située à l'angle méridional de la place.

Parmi les privilèges que possédait l'aristocratie à Florence, trois des

principaux consistaient dans la dignité de chevalier, dans l'exercice des

fonctions consulaires et dans la possession d'une loge.

Lorsque les Guelfes, devenus les maîtres de Florence, eurent fait

construire par Arnolfo le palais de la Seigneurie avec sa vieille tour à

mâchicoulis et à beffroi, destinée à dominer toutes les autres, leur

première pensée fut de posséder la loge nécessaire pour offrir un abri

digne de lui au premier magistrat de la République, lorsqu'il paraissait

en public. La Seigneurie rendit donc, en 1335, un décret ordonnant la

construction, à côté du palais, d'un portique destiné à cet usage.

ORCAGNA en dressa les plans; mais l'édifice, commencé après sa mort, en

1376, par ses élèves BENCI DI CIONE et FRANSCESCO TALENTI, ne fut terminé

qu'en 1391.

La Loggia dei Lanzi est un des plus beaux monuments profanes laissés par

le style gothique tempéré du classicisme spécial à l'Italie.

L'harmonie des proportions y est telle que ses dimensions colossales

disparaissent, tant l'impression produite est satisfaisante à l'oeil. Le

portique est formé par cinq piliers qui supportent l'arc en plein cintre

de l'antiquité; à l'intérieur, la voûte à nervures très simples

correspond aux arcs extérieurs. Entre ces arcs, AGNOLO GADDI plaça des

médaillons en bas-relief représentant des _Vertus_, sujets qu'il

emprunta sans scrupule à la porte du baptistère d'Andrea Pisano, et, afin

que rien ne fût épargné pour donner à l'édifice plus de magnificence, ces

médaillons furent peints et dorés, tandis que les murs intérieurs étaient

décorés de fresques et que la voûte était semée des armoiries de

Florence, de celles du pape Innocent VIII, de la maison d'Anjou et des

Guelfes.

Au XVIe siècle, le grand-due Cosme de Médicis, dans la crainte des

souvenirs rappelés au peuple par ce monument, témoin de sa liberté et de

son antique splendeur, eut un instant l'idée de le détruire. Grâce à

Michel-Ange consulté, la Loggia fut conservée, mais toutes ses peintures

furent effacées et elle devint le corps de garde des lansquenets de Cosme

(dei Lanzi), auxquels elle doit son nom actuel.

Cependant, le souvenir vivace des jours passés persistant dans l'esprit

des Florentins, les Médicis transformèrent la loge en musée, cherchant à

distraire le peuple du souci de ses affaires par le spectacle journalier

d'un art énervant et efféminé. Ils placèrent le sensuel Persée sous la

statue de la Justice, tandis que le voluptueux groupe de Jean de Bologne

se dressa au-dessous de la Tempérance.

Tout intéressantes et toutes belles que soient ces sculptures de la

Renaissance, elles sont en dissonance complète avec le style grave et

sévère de la loge d'Orcagna, de Cione et de Talenti.

+A l'intérieur+, sous l'arcade gauche, est placé le _Persée_ en

bronze de BENVENUTO CELLINI (1553).

Persée, debout sur le corps décapité de Méduse, en présente la tête d'une

main et tient son glaive de l'autre. Ce groupe fameux manque de

simplicité: empreint d'une grâce efféminée, il est pourtant la meilleure

et la plus énergique oeuvre d'un maître bien plutôt orfèvre que sculpteur.

Le Persée est placé sur un socle de marbre blanc lourd et surchargé, où

se manifestent déjà les tendances du barocco; les statuettes qui le

décorent sont d'une complication et d'un maniérisme exagérés. En face,

sous l'arcade droite, est le groupe célèbre de _l'Enlèvement des

Sabines_, par JEAN DE BOLOGNE (1583), sculpture puissante et

mouvementée d'un grand effet.

Cet ouvrage, comme le précédent, peut donner une idée parfaite du

changement radical qu'un siècle a suffi pour amener dans la manière même

de comprendre l'art! Tandis que les dernières années du XVe siècle

voient l'effort admirable des artistes pour atteindre à la vérité

naturaliste et réaliste, sans qu'il soit pourtant rien sacrifié des

conditions idéalistes indispensables à tout art vraiment élevé, le milieu

du XVIe siècle produit des virtuoses consommés pour lesquels tout

consiste à résoudre quelque difficile problème de technique et à réussir

le tour de force par une sorte d'acrobatie picturale ou sculpturale.

Cette recherche excessive nuit à l'émotion qu'obtiennent parfois d'autres

oeuvres d'une facture bien moins accomplie.

Sous l'arcade, vers le vieux Palais, se trouve la _Judith_ de

DONATELLO, bien fâcheusement juchée sur un socle de granit en forme de

candélabre d'où il est résulté le plus mauvais effet de raccourci. La

Judith est la plus célèbre des statues de femmes faites par Donatello.

Coulée en bronze, en 1440, pour Cosme l'Ancien, elle fut, en 1495, après

l'expulsion des Médicis, installée devant le Palais Vieux avec la fière

épigraphe «Exemplum Salutis Publicae Cives Posuere». Cet ouvrage peut

compter pour un des premiers groupes profano-héroïques où Donatello se

soit laissé emporter par son penchant au réalisme et au naturalisme.

Cette tentative, hardie alors, peut motiver certaines critiques. Judith

est embarrassée dans des draperies trop amples et trop riches qui lui

enlèvent sa fierté, tandis que le geste par lequel elle brandit le glaive

manque de noblesse; Holopherne, gisant à ses pieds, tourne le dos dans

une position forcée, c'est une figure peu attrayante; mais l'admirable

maîtrise de Donatello se retrouve dans la belle expression de la Judith

et dans les magnifiques bas-reliefs du coffre triangulaire sur lequel est

monté le groupe.

Les autres statues de la Loggia sont d'un intérêt très relatif. Des deux

groupes placés au centre, l'un représente _Ajax avec le corps de

Patrocle_ ou _d'Achille_, antique très restauré, à la fin du

XVIe siècle; l'autre, _Hercule terrassant le centaure Nessus_, de

Jean de Bologne. Au fond sont rangées cinq médiocres statues antiques de

femmes drapées.

L'immense masse sombre et carrée du +PALAZZO VECCHIO+ déborde sur le

côté est de la place.

La République, instruite par les leçons de l'expérience et voulant se

mettre à l'abri des entreprises et des coups de main des factieux, fit

élever, dès 1298, par ARNOLFO DI CAMBIO, un édifice communal puissant et

robuste, mi-partie palais, mi-partie forteresse, dont l'aspect imposant

serait complété par la fière tour du beffroi dressée au-dessus de lui.

Imbu de l'esprit démocratique du temps, Arnolfo, dans cette maîtresse

oeuvre, se conforma merveilleusement aux vues d'un pouvoir ombrageux qui

voulait tout à la fois protéger et surveiller Florence. Dans ce rude

édifice tout parle, tout redit l'histoire des tourmentes florentines;

elle est écrite tout entière dans ce formidable appareil de pierres

brutes, saillant en énormes bossages, dans ces mâchicoulis démesurés qui

surplombent et dont les profondes arcatures, portées par des corbeaux

décorés, sont occupées par les fières armoiries florentines: lys de

Florence, armes des prieurs avec la devise «Libertas», armes des Guelfes,

armes de la maison d'Anjou, armes du peuple florentin ou armes mi-partie,

communes à Florence et à Fiesole. Au nu des créneaux menaçants qui

couronnent les mâchicoulis, s'élance, pour ainsi dire dans le vide, la

tour carrée, elle aussi hérissée formidablement de mâchicoulis et

surmontée du beffroi où était suspendue la cloche qui appela tant de fois

les citoyens à la défense de la patrie et de la liberté.

La façade d'ARNOLFO est tout ce qui reste de l'ancienne splendeur du

palais. Cet asile inviolable des magistrats florentins fut remanié au

XVIe siècle par VASARI, le courtisan et l'ami des Médicis, animés

eux-mêmes contre le Palais Vieux et la Loggia de la haine que leur

inspirait tout souvenir de la grandeur et de la liberté florentines. Sur

leurs ordres, Vasari coupa les étages, fit tous les agrandissements sur

la via del Leone, décora somptueusement les appartements et transforma la

sévère demeure des prieurs en une fastueuse résidence princière. Déjà en

1450, sur l'ordre de Cosme, MICHELOZZO avait dû ouvrir la cour intérieure

entourée de portiques dont les colonnes, trouvées trop simples, furent

surchargées ensuite par MARCO DA FAENZA d'arabesques en stuc dans le goût

de la décadence raphaëlesque.

Des oeuvres si nombreuses commandées par Laurent le Magnifique au

VERROCCHIO, peu ont subsisté; l'une d'elles est _l'Enfant au

Dauphin_ placé au milieu de la vasque occupant le centre de la cour.

C'est un ravissant petit amour en bronze qui s'envole en pressant contre

son coeur un dauphin, charmant ouvrage, parfait de naturel et de grâce

enfantine.

+A l'intérieur+, un escalier monumental conduit au premier étage et

à l'immense +Salle des Cinq Cents+ construite par VASARI, qui

détruisit à cet effet toute une partie de l'intérieur du palais. Il la

décora de fresques détestables et démesurées relatives aux guerres de

Florence et de Sienne. Le plafond allégorique par Vasari est une

apothéose des Médicis.

Un passage fait communiquer cette salle avec la +salle du Conseil+ à

laquelle donne accès une adorable porte du vieux Palais, exécutée en

marbre blanc par GIOVANNI DI TEDESCO (1388). Les colonnes torses qui lui

servent de cadre, supportent un admirable linteau où sont sculptées les

armes de Florence, celles des Guelfes, et celles de la maison d'Anjou,

triple association dont l'image mystique occupe le tympan sous la forme

de la triple face de la Trinité. Des vantaux en bronze doré, ornés de

compartiments à mascarons, complètent cette belle décoration.

La salle du Conseil est une magnifique pièce dont le beau _plafond_

à caissons a été sculpté par MICHELOZZO.

Une frise décorée d'armoiries reliées par des guirlandes entoure la

salle, dont les murs sont couverts de belles tapisseries de la

manufacture de Florence où se déroule l'_Histoire de Joseph_ d'après

les dessins du BRONZINO. La petite salle voisine a également un

magnifique plafond à caissons dû à BENEDETTO DA MAJANO.

Au deuxième étage subsistent encore quelques salles de l'ancienne

disposition. +La salle du Gonfalonier+ est actuellement nommée salle

des Lys à cause de son beau plafond à caissons dorés contenant un fleuron

autour duquel rayonnent les six fleurs de lys florentines, belle oeuvre du

XVe siècle.

GHIRLANDAJO décora de fresques murales une grande Partie des salles du

Palais Vieux. De ce travail il ne subsiste que la décoration de la salle

du Gonfalonier, et encore est-elle mutilée par une porte ouverte, sous

les Médicis, au beau milieu d'un des panneaux. Sous trois arcades d'une

magnifique architecture saint Zenobe est représenté en riches ornements

pontificaux; il est assis et bénit entre deux diacres debout. Cette belle

oeuvre de Ghirlandajo est traitée avec une puissance et une largeur de

composition remarquables (1481).

Une ravissante _porte_ sculptée par BENEDETTO DA MAJANO, en 1481,

réunit la salle des Lys à +la salle d'Audience+. Les deux vantaux de

la porte sont une mosaïque de bois où JULES DE MAJANO a représenté les

portraits de Pétrarque et de Dante.

Le beau plafond à caissons du XVIe siècle, dans la salle d'Audience, est

l'oeuvre de MARCO DEL TASSO.

Après avoir traversé la petite +Chapelle des prieurs de

Saint-Bernard+, où Savonarole passa sa dernière nuit, puis une

succession de salles sans intérêt, à part une peinture sur bois de _la

Vierge avec l'Enfant et Saint Jean-Baptiste_ par BOTTICELLI, on arrive

à la +salle de la Justice+ décorée par BRUNELLESCHI d'une fontaine

soi-disant copie de celle de la maison de Pilate à Jérusalem.

La +salle des Cartes géographiques+ est l'ancienne bibliothèque.

Elle est entourée d'armoires dont les portes sont décorées à l'extérieur

de cartes géographiques peintes au XVIe siècle et reproduisant le monde

connu alors.

Sur +LA PIAZZA DELLA SIGNORIA+, à droite de l'entrée du Palazzo

Vecchio, est un groupe d'_Hercule_ et de _Cacus_ (1540) par

BACCIO BANDINELLI, le rival malheureux de Michel-Ange. A l'angle nord-est

du palais se voit aussi une fontaine surmontée d'un _Neptune_

colossal et de _Tritons_ par Bartolommeo AMMANATI (1575). Ces

sculptures, comme les précédentes, se ressentent de l'influence

déplorable exercée par Michel-Ange sur des artistes secondaires. Des

_divinités_ marines en bronze de JEAN DE BOLOGNE contribuent à

l'ornementation de cette fontaine érigée à la place où se dressa le

bûcher de SAVONAROLE, le 23 mai 1498. A côté s'élève la _statue

équestre de Cosme_ par JEAN DE BOLOGNE (1594).

+LE PALAIS UGGUCIONE+, sur un côté de la petite place, eut, dit-on,

Raphaël pour architecte.

Florence historique, monumentale, artistique · 第 11 / 76 题