Après tant d’efforts, après tant d’épreuves, nous nous retrouvons
exactement au point d’où étaient partis nos grands instructeurs. Ils
nous ont légué une sagesse que nous commençons à peine à débarrasser des
débris que les siècles y avaient déposés; et sous ces débris nous
retrouvons intact le plus haut aveu d’ignorance que l’homme ait osé
proférer. C’est peu si l’on aime l’illusion, c’est beaucoup si l’on
préfère la vérité. Nous savons enfin qu’il n’y eut jamais de révélation
ultra-humaine, de message direct et irrécusable de la divinité, de
secret ineffable et que tout ce que l’homme croit connaître au sujet de
Dieu, de son origine et de ses fins, c’est de sa propre raison qu’il l’a
tiré. On se doutait bien, avant d’avoir interrogé nos ancêtres
préhistoriques, que toute révélation, au sens où l’entendent les
religions, était et sera toujours impossible; car on ne peut révéler à
quelqu’un que ce qu’il est capable de comprendre, et Dieu seul peut
comprendre Dieu. Mais on s’imaginait volontiers, qu’ayant pour ainsi
dire assisté à la naissance du monde, ils devaient en savoir plus que
nous puisqu’ils étaient encore plus près de Dieu. Ils n’étaient pas plus
près de Dieu, ils étaient simplement plus près de la raison humaine que
n’avaient pas encore offusquée des imaginations millénaires. Ils se sont
contentés de nous donner les seuls repères que cette raison puisse
découvrir dans l’inconnaissable: panthéisme, spiritualisme, immortalité,
optimisme final, abandonnant le reste aux hypothèses de leurs
successeurs et laissant sagement sans réponse, comme nous les
laisserions encore aujourd’hui, toutes les questions insolubles que les
religions qui suivirent tranchèrent aveuglément, de façon souvent
ingénieuse, mais toujours arbitraire et parfois puérile.