Mais cette mémoire cachée, ou cryptomnésie, comme l’appellent les
spécialistes, n’est qu’une des faces de la cryptopsychie ou psychologie
cachée de l’inconscient. Je n’ai pas le loisir de rappeler ici tout ce
que le savant, l’artiste, le mathématicien doit à la collaboration du
subconscient. Nous avons tous plus ou moins profité de cette
collaboration mystérieuse.
Ce subconscient, ce personnage étrange que j’ai appelé d’ailleurs:
«L’Hôte Inconnu», qui vit et agit pour son propre compte en dehors de
notre cerveau, ne représente pas seulement tout notre passé qu’il
cristallise intégralement dans sa mémoire; il est aussi notre avenir
qu’il pressent, qu’il découvre, que souvent il révèle, car les
prédictions véridiques chez certains sensitifs ou somnambules,
particulièrement doués, quand il s’agit de faits personnels, sont si
nombreuses que l’existence de la faculté n’est plus guère niable. Il
déborde donc prodigieusement dans le temps, notre petit «Moi» conscient,
qui ne vit que sur l’étroit plateau du présent. Il le déborde tout aussi
prodigieusement dans l’espace. Par-dessus les océans et les montagnes,
parcourant en une seconde des centaines de lieues, il nous avertit de la
mort ou du malheur qui frappe ou qui menace l’un des nôtres à l’autre
bout du monde.
Sur ce point, il n’y a plus le moindre doute, et des milliers de faits
contrôlés nous dispensent de renouveler les réserves que nous venons de
faire au sujet des prédictions de l’avenir.
Cet hôte inconnu et probablement gigantesque, dont nous n’avons pas
aujourd’hui à prendre les mesures, mais à constater l’existence, est du
reste bien moins un personnage nouveau qu’un personnage oublié depuis la
recrudescence de nos sciences positives. Nos diverses religions le
connaissaient bien mieux que nous et qu’elles l’aient appelé
«âme--esprit--corps éthérique--corps astral--étincelle divine», peu
importe, c’est toujours la même entité transcendentale qui englobe notre
cerveau, et notre «Moi» conscient, existait probablement avant celui-ci
et lui survit aussi probablement qu’il lui préexistait, et sans la
présence duquel on ne peut expliquer les trois quarts des phénomènes
essentiels de notre vie.