Laissant de côté pour l’instant d’autres propriétés de ce singulier
personnage, qu’on croyait à jamais relégué dans l’invisible, telles que
les matérialisations, l’idéoplastie, les lévitations, la lucidité, la
bilocation, la psychométrie, etc., il me reste à exposer de quelle façon
imprévue et curieuse, une science assez récente est parvenue à
constater, à étudier et à analyser certaines de ces manifestations
physiques, et à examiner ce que ces constatations ajoutent aux
probabilités de survie ou d’immortalité du même personnage, qui pourrait
bien être après tout la partie essentielle et impérissable de notre
«Moi».
Je viens de rappeler à quel point les études sur l’hypnotisme et la
médiumnité ont étendu le champ du subconscient. Jusqu’ici, selon les
écoles, on attribuait les phénomènes qu’on y constatait, soit à la
suggestion, soit à un fluide dont on ignorait la nature et dont on se
bornait à enregistrer les effets surprenants. Les choses en étaient là,
et les querelles entre suggestionistes et mesmériens menaçaient de
s’éterniser lorsque, il y a une cinquantaine d’années, en 1866 et 1867,
pour être précis, un savant autrichien, le baron von Reichenbach, publia
ses premiers ouvrages sur les effluves odiques. Le docteur Carl du Prel,
un savant allemand, compléta l’œuvre de Reichenbach et, doué d’un esprit
scientifique de premier ordre et d’une intuition parfois géniale, sut en
tirer toutes les conséquences. On ne leur a pas rendu pleine justice
jusqu’ici, et leurs travaux n’ont pas encore obtenu le retentissement
qu’ils méritent. Il ne faut pas s’en étonner, les progrès de la science
officielle, la seule qui pénètre jusqu’au public, sont toujours beaucoup
plus lents que ceux de la science indépendante. Il a fallu plus de cent
ans pour que l’électricité de Volta devint notre électricité moderne et
la reine du monde industriel. Il a fallu également plus d’un siècle
depuis les expériences de Mesmer, pour que l’hypnotisme fût enfin
reconnu par les académies de médecine, étudié dans les universités et
classé dans la thérapeutique. Il en faudra peut-être autant pour que les
expériences de Reichenbach, mises au point par du Prel et complétées par
de Rochas, portent tous leurs fruits. En attendant, leurs études jettent
un jour admirable sur toute une série de phénomènes obscurs et confus,
dont, pour la première fois, elles ont objectivement démontré
l’existence et repéré la source.
Reichenbach a réellement redécouvert le fluide vital universel qui n’est
autre que l’Akahsa des religions préhistoriques, le Télesma d’Hermès, le
feu vivant du Zoroastre, le feu générateur d’Héraclite, la lumière
astrale de la Kabbale, l’Alcahest de Paracelse, l’esprit de vie des
occultistes, la force vitale de Saint Thomas. Il l’a appelé «Od» d’un
mot sanscrit qui veut dire «Qui pénètre partout», et il y voit très
justement la limite extrême de notre analyse de l’homme, le point où la
ligne de démarcation entre l’esprit et le corps disparaît, si bien qu’il
semble que l’essence intime de l’homme soit «odique».
Je ne peux naturellement pas exposer ici les innombrables expériences de
Reichenbach, du Prel et de Rochas. Il suffira de dire qu’en principe,
l’Od est le fluide magnétique ou vital qui à chaque seconde notre
existence émane de tout notre être, en flots ininterrompus. A l’état
normal, ces émanations ou ces effluves dont on soupçonnait l’existence,
grâce aux phénomènes de l’hypnotisme, nous demeurent totalement inconnus
et invisibles. Reichenbach, le premier, découvrit que les «sensitifs»,
c’est-à-dire les sujets en état d’hypnose, voyaient très nettement ces
effluves dans l’obscurité. A la suite d’un très grand nombre
d’expériences dont toutes possibilités de suggestion consciente ou
inconsciente étaient soigneusement exclues, il a établi que l’amplitude
et la puissance de ces effluves variaient d’après les émotions, l’état
d’âme ou de santé de ceux qui les produisaient, qu’ils étaient toujours
bleuâtres du côté droit du corps, et d’un rouge jaune du côté gauche. Il
a encore constaté que de semblables effluves émanent non seulement de
l’homme, des animaux, des plantes, mais même des minéraux. Il est
parvenu à photographier l’Od émanant des cristaux de roche, l’Od humain,
l’Od résultant d’opérations chimiques, celui de masses de métal
amorphes, celui que produit le bruit ou le frottement; en un mot, il a
démontré que le magnétisme ou l’«Od» existe dans la nature entière, ce
qu’avaient d’ailleurs enseigné les occultistes de tous les temps et de
tous les pays[63].
[63] De récentes expériences de M. Walter-J. Kilner, rapportées dans
son livre: _The Human Atmosphere_, sont venues matériellement
démontrer l’existence de ces émanations, de ces effluves, de cette
«Aura» humaine ou du moins d’une «Aura» analogue qui est un
véritable double astral ou éthérique. Il suffit de regarder le sujet
à travers un écran formé d’une cuve de verre très plate renfermant
une solution alcoolique de dicyanine, substance chimique dérivée du
goudron de houille, qui sensibilise la rétine aux rayons
ultra-violets, pour que l’«Aura» apparaisse non plus seulement aux
sensitifs, comme dans les expériences de Reichenbach, mais aux yeux
de 95 p. 100 des individus doués d’une vue normale. Il est du reste
possible que cette «Aura» ne soit pas un double éthérique, mais un
simple rayonnement nerveux. Voir à ce sujet l’excellent résumé de M.
RENÉ SUDRE, dans le nº 3 du _Bulletin de l’Institut métapsychique
international_ (janvier-février 1921).