XIII

Laissant de côté pour l’instant d’autres propriétés de ce singulier

personnage, qu’on croyait à jamais relégué dans l’invisible, telles que

les matérialisations, l’idéoplastie, les lévitations, la lucidité, la

bilocation, la psychométrie, etc., il me reste à exposer de quelle façon

imprévue et curieuse, une science assez récente est parvenue à

constater, à étudier et à analyser certaines de ces manifestations

physiques, et à examiner ce que ces constatations ajoutent aux

probabilités de survie ou d’immortalité du même personnage, qui pourrait

bien être après tout la partie essentielle et impérissable de notre

«Moi».

Je viens de rappeler à quel point les études sur l’hypnotisme et la

médiumnité ont étendu le champ du subconscient. Jusqu’ici, selon les

écoles, on attribuait les phénomènes qu’on y constatait, soit à la

suggestion, soit à un fluide dont on ignorait la nature et dont on se

bornait à enregistrer les effets surprenants. Les choses en étaient là,

et les querelles entre suggestionistes et mesmériens menaçaient de

s’éterniser lorsque, il y a une cinquantaine d’années, en 1866 et 1867,

pour être précis, un savant autrichien, le baron von Reichenbach, publia

ses premiers ouvrages sur les effluves odiques. Le docteur Carl du Prel,

un savant allemand, compléta l’œuvre de Reichenbach et, doué d’un esprit

scientifique de premier ordre et d’une intuition parfois géniale, sut en

tirer toutes les conséquences. On ne leur a pas rendu pleine justice

jusqu’ici, et leurs travaux n’ont pas encore obtenu le retentissement

qu’ils méritent. Il ne faut pas s’en étonner, les progrès de la science

officielle, la seule qui pénètre jusqu’au public, sont toujours beaucoup

plus lents que ceux de la science indépendante. Il a fallu plus de cent

ans pour que l’électricité de Volta devint notre électricité moderne et

la reine du monde industriel. Il a fallu également plus d’un siècle

depuis les expériences de Mesmer, pour que l’hypnotisme fût enfin

reconnu par les académies de médecine, étudié dans les universités et

classé dans la thérapeutique. Il en faudra peut-être autant pour que les

expériences de Reichenbach, mises au point par du Prel et complétées par

de Rochas, portent tous leurs fruits. En attendant, leurs études jettent

un jour admirable sur toute une série de phénomènes obscurs et confus,

dont, pour la première fois, elles ont objectivement démontré

l’existence et repéré la source.

Reichenbach a réellement redécouvert le fluide vital universel qui n’est

autre que l’Akahsa des religions préhistoriques, le Télesma d’Hermès, le

feu vivant du Zoroastre, le feu générateur d’Héraclite, la lumière

astrale de la Kabbale, l’Alcahest de Paracelse, l’esprit de vie des

occultistes, la force vitale de Saint Thomas. Il l’a appelé «Od» d’un

mot sanscrit qui veut dire «Qui pénètre partout», et il y voit très

justement la limite extrême de notre analyse de l’homme, le point où la

ligne de démarcation entre l’esprit et le corps disparaît, si bien qu’il

semble que l’essence intime de l’homme soit «odique».

Je ne peux naturellement pas exposer ici les innombrables expériences de

Reichenbach, du Prel et de Rochas. Il suffira de dire qu’en principe,

l’Od est le fluide magnétique ou vital qui à chaque seconde notre

existence émane de tout notre être, en flots ininterrompus. A l’état

normal, ces émanations ou ces effluves dont on soupçonnait l’existence,

grâce aux phénomènes de l’hypnotisme, nous demeurent totalement inconnus

et invisibles. Reichenbach, le premier, découvrit que les «sensitifs»,

c’est-à-dire les sujets en état d’hypnose, voyaient très nettement ces

effluves dans l’obscurité. A la suite d’un très grand nombre

d’expériences dont toutes possibilités de suggestion consciente ou

inconsciente étaient soigneusement exclues, il a établi que l’amplitude

et la puissance de ces effluves variaient d’après les émotions, l’état

d’âme ou de santé de ceux qui les produisaient, qu’ils étaient toujours

bleuâtres du côté droit du corps, et d’un rouge jaune du côté gauche. Il

a encore constaté que de semblables effluves émanent non seulement de

l’homme, des animaux, des plantes, mais même des minéraux. Il est

parvenu à photographier l’Od émanant des cristaux de roche, l’Od humain,

l’Od résultant d’opérations chimiques, celui de masses de métal

amorphes, celui que produit le bruit ou le frottement; en un mot, il a

démontré que le magnétisme ou l’«Od» existe dans la nature entière, ce

qu’avaient d’ailleurs enseigné les occultistes de tous les temps et de

tous les pays[63].

[63] De récentes expériences de M. Walter-J. Kilner, rapportées dans

son livre: _The Human Atmosphere_, sont venues matériellement

démontrer l’existence de ces émanations, de ces effluves, de cette

«Aura» humaine ou du moins d’une «Aura» analogue qui est un

véritable double astral ou éthérique. Il suffit de regarder le sujet

à travers un écran formé d’une cuve de verre très plate renfermant

une solution alcoolique de dicyanine, substance chimique dérivée du

goudron de houille, qui sensibilise la rétine aux rayons

ultra-violets, pour que l’«Aura» apparaisse non plus seulement aux

sensitifs, comme dans les expériences de Reichenbach, mais aux yeux

de 95 p. 100 des individus doués d’une vue normale. Il est du reste

possible que cette «Aura» ne soit pas un double éthérique, mais un

simple rayonnement nerveux. Voir à ce sujet l’excellent résumé de M.

RENÉ SUDRE, dans le nº 3 du _Bulletin de l’Institut métapsychique

international_ (janvier-février 1921).

Le grand secret · 第 93 / 108 题