Et je ne parle ici que du monde restreint de l’homme. Que serait-ce si
nous faisions le recensement des inventions de la nature dans le royaume
des insectes, où elle semble avoir prodigué, bien avant notre arrivée
sur la terre, un génie plus varié et plus abondant que celui qu’elle a
dépensé pour nous. Outre l’idée d’organisations politiques et sociales
que nous imiterons peut-être un jour, nous y trouverions des miracles
mécaniques qui nous sont inaccessibles et le secret des forces dont nous
n’avons encore aucune notion. D’où vient, notamment, pour ne citer que
le plus humble et le plus désagréable des exemples, d’où vient l’énergie
fabuleuse qui permet à la puce de faire un bond qui correspond pour
l’homme à un saut en hauteur ou en longueur de quatre ou cinq cents
mètres? Et le scorpion languedocien, où puise-t-il l’aliment mystérieux
qui, malgré une activité incessante, lui permet de vivre pendant neuf
mois sans aucune nourriture? Où le puisent aussi les petits de la Lycose
et de l’araignée Clotho, qui ont une faculté analogue? En vertu de
quelle alchimie voyons-nous, dans l’isolement absolu, sans que rien du
dehors s’y puisse introduire, décupler sur place le volume de l’œuf d’un
autre insecte, le Minotaure? Le grand entomologiste, J.-H. Fabre, sans
se douter qu’il rééditait une théorie fondamentale de Paracelse,--car
malgré elle, la science se rapproche chaque jour de la Magie,--soupçonne
très curieusement «qu’ils empruntent une partie de leur activité aux
énergies ambiantes, chaleur, électricité, lumière ou autres modes variés
d’un même agent,» qui est exactement l’agent universel, l’astral, le
fluide cosmique, éthérique ou vital, l’Akahsa des occultistes ou l’Od de
nos savants modernes.