II

Il ne s’agit plus, pour nos modernes occultistes comme pour leurs

devanciers plus présomptueux, d’interroger directement l’inconnaissable,

de remonter aux origines de la Cause sans Cause, d’expliquer

l’inexplicable transition de l’infini au fini, de l’inconnaissable au

connu, de l’esprit à la matière, du bien au mal, de l’absolu au relatif,

de l’éternel à l’éphémère, de l’invisible au visible, de l’immobilité au

mouvement, du virtuel au réel, et de trouver dans tout cet

incompréhensible une théogonie, une cosmogonie, une religion et une

morale qui ne soient pas aussi désespérantes que les ténèbres d’où on

s’est efforcé de les tirer.

Assagis par d’innombrables désillusions, ils se résignent à un rôle plus

modeste. Au milieu d’une science que la nature même de ses

investigations a rendu presque nécessairement matérialiste, ils

conquièrent patiemment un îlot où ils donnent asile à des phénomènes que

les lois ou plutôt les habitudes de la matière, telles que croyons les

connaître, ne suffisent pas à expliquer. Ils arrivent ainsi, peu à peu,

sinon à nous prouver, du moins à nous acheminer vers la preuve, qu’il y

a dans l’homme, que l’on peut considérer comme une sorte de résumé de

l’univers, une force spirituelle autre que celle qui émane de ses

organes ou de son cerveau matériel et conscient et qui ne dépend pas

uniquement de l’existence de son corps. Reconnaissons que cet îlot de

nos occultistes, qui prennent maintenant le nom de métapsychistes, est

encore assez désordonné. On y remarque tout le désarroi d’une

installation récente et provisoire. Chacun y apporte chaque jour ses

petites ou ses grandes trouvailles, les déballe et les entasse pêle-mêle

sur la grève. Le très incertain y voisine avec l’incontestable,

l’excellent avec le pire et le commencement avec la fin. Il serait temps

de tirer de cette profusion et de cette confusion de matériaux, quelques

lois générales qui y missent un peu d’ordre; mais il est douteux qu’on

le puisse d’ores et déjà tenter, car l’inventaire n’est pas terminé et

l’on pressent qu’une découverte inattendue peut tout remettre en

question et renverser de fond en comble les théories le plus prudemment

édifiées.

En attendant, on pourrait essayer de commencer par le commencement.

Puisque les phénomènes qui s’accumulent tendent à établir que la force

spirituelle qui émane de l’homme ne dépend pas entièrement de son

cerveau et de la vie de son corps, il serait logique de démontrer

d’abord que la pensée peut exister sans cerveau et en fait existait

avant qu’un cerveau ne fût né. Si l’on y réussissait, l’existence

posthume et tous les phénomènes attribués au subconscient deviendraient

presque naturels et, en tout cas, beaucoup plus explicables.

Le grand secret · 第 84 / 108 题