Il ne s’agit plus, pour nos modernes occultistes comme pour leurs
devanciers plus présomptueux, d’interroger directement l’inconnaissable,
de remonter aux origines de la Cause sans Cause, d’expliquer
l’inexplicable transition de l’infini au fini, de l’inconnaissable au
connu, de l’esprit à la matière, du bien au mal, de l’absolu au relatif,
de l’éternel à l’éphémère, de l’invisible au visible, de l’immobilité au
mouvement, du virtuel au réel, et de trouver dans tout cet
incompréhensible une théogonie, une cosmogonie, une religion et une
morale qui ne soient pas aussi désespérantes que les ténèbres d’où on
s’est efforcé de les tirer.
Assagis par d’innombrables désillusions, ils se résignent à un rôle plus
modeste. Au milieu d’une science que la nature même de ses
investigations a rendu presque nécessairement matérialiste, ils
conquièrent patiemment un îlot où ils donnent asile à des phénomènes que
les lois ou plutôt les habitudes de la matière, telles que croyons les
connaître, ne suffisent pas à expliquer. Ils arrivent ainsi, peu à peu,
sinon à nous prouver, du moins à nous acheminer vers la preuve, qu’il y
a dans l’homme, que l’on peut considérer comme une sorte de résumé de
l’univers, une force spirituelle autre que celle qui émane de ses
organes ou de son cerveau matériel et conscient et qui ne dépend pas
uniquement de l’existence de son corps. Reconnaissons que cet îlot de
nos occultistes, qui prennent maintenant le nom de métapsychistes, est
encore assez désordonné. On y remarque tout le désarroi d’une
installation récente et provisoire. Chacun y apporte chaque jour ses
petites ou ses grandes trouvailles, les déballe et les entasse pêle-mêle
sur la grève. Le très incertain y voisine avec l’incontestable,
l’excellent avec le pire et le commencement avec la fin. Il serait temps
de tirer de cette profusion et de cette confusion de matériaux, quelques
lois générales qui y missent un peu d’ordre; mais il est douteux qu’on
le puisse d’ores et déjà tenter, car l’inventaire n’est pas terminé et
l’on pressent qu’une découverte inattendue peut tout remettre en
question et renverser de fond en comble les théories le plus prudemment
édifiées.
En attendant, on pourrait essayer de commencer par le commencement.
Puisque les phénomènes qui s’accumulent tendent à établir que la force
spirituelle qui émane de l’homme ne dépend pas entièrement de son
cerveau et de la vie de son corps, il serait logique de démontrer
d’abord que la pensée peut exister sans cerveau et en fait existait
avant qu’un cerveau ne fût né. Si l’on y réussissait, l’existence
posthume et tous les phénomènes attribués au subconscient deviendraient
presque naturels et, en tout cas, beaucoup plus explicables.