Voilà donc les points,--et ce sont les plus importants,--sur lesquels
l’enseignement ésotérique, s’il y eut à l’origine un tel enseignement,
devait nécessairement se confondre avec l’enseignement public des
religions primitives saisies près de leurs sources. Il est
vraisemblable, je l’ai déjà dit, que cet enseignement ne prit un
caractère secret que beaucoup plus tard, quand les religions officielles
se furent extraordinairement compliquées et profondément corrompues.
L’ésotérisme ne fut alors que le retour à la pureté originelle, de même
qu’en Grèce, les doctrines ou les hypothèses anté-socratiques,
d’origine, quoiqu’on en ait dit, évidemment asiatique, devinrent celles
des mystères. Il est donc à peu près certain que sur ces questions, les
occultistes de tous les temps et de tous les pays n’en savaient pas plus
que nous. Mais il est d’autres domaines où ils paraissent avoir possédé
des traditions que les religions officielles ne nous ont pas transmises
et dont les successeurs des grands adeptes de l’Inde, de l’Égypte, de la
Perse, de la Chaldée et de la Grèce, les Kabbalistes, les
néo-platoniciens, les gnostiques et les hermétistes du Moyen âge ont
plus ou moins vainement tenté de retrouver le secret.
X
Ce domaine est celui des forces inconnues de la nature. Il n’est plus
guère possible de contester que les prêtres de l’Inde, de l’Égypte, les
Mages de la Perse et de la Chaldée avaient en chimie, en physique, en
astronomie, en médecine, des connaissances que sur certains points nous
avons sans doute dépassées, mais que sur d’autres nous sommes peut-être
fort loin d’avoir récupérées. Sans rappeler ici ces rochers de quinze
cents tonnes transportés à d’énormes distances par des procédés
inconnus, ou ces pierres branlantes, blocs de cinq cent mille kilos qui
n’appartiennent jamais au sol sur lequel ils se trouvent et qui
remontent aux temps préhistoriques des Atlantes, il est indubitable que
la grande pyramide, celle de Khéops, par exemple, est une sorte
d’immense hiéroglyphe qui, par ses dimensions, ses proportions, ses
dispositions intérieures, son orientation astronomique, propose toute
une série d’énigmes dont on n’a jusqu’ici déchiffré que les plus
évidentes. Une tradition occulte avait toujours affirmé que cette
pyramide recélait des secrets essentiels, mais c’est tout récemment
qu’on a commencé de les démêler. L’abbé Moreux, le savant directeur de
l’observatoire de Bourges, résumant parfaitement la question dans ses
_Énigmes de la Science_[45], nous montre que le méridien de la pyramide,
ou la ligne nord-sud, passant par son sommet, est le méridien idéal,
c’est-à-dire celui qui traverse le plus de continents et le moins de
mers, et que si l’on calcule exactement l’étendue des terres que l’homme
peut habiter, il les divise en deux parties rigoureusement égales.
D’autre part, en multipliant la hauteur de la pyramide par un million,
on trouve la distance de la terre au soleil, soit 148.208.000
kilomètres, ce qui est, à un million de kilomètres près, la distance
qu’à la suite de longs travaux, d’expéditions lointaines et dangereuses,
et grâce aux progrès de la photographie céleste, la science moderne a
définitivement adoptée.
[45] Abbé TH. MOREUX, _Les Énigmes de la science_, p. 5 et suiv.
De son côté, le célèbre astronome Clarcke a déduit des mesures récentes
le rayon polaire de la terre qu’il évalue à 6.356.521 mètres. Or, c’est
exactement la coudée pyramidale, soit 0,6356,521 multiplié par 10
millions. Ensuite, en divisant le côté de la pyramide par la coudée
employée dans sa construction, on trouve la longueur de l’année
sidérale, c’est-à-dire le temps que le soleil met à revenir au même
point du ciel. Puis, si nous multiplions le pouce pyramidal par 100
millions, nous obtiendrons la longueur parcourue par la terre sur son
orbite en un jour de vingt-quatre heures, avec une approximation plus
grande que ne pourraient le permettre nos mesures actuelles, le yard ou
le mètre français. Enfin, le passage d’entrée de la pyramide regardait
l’étoile polaire de l’époque; il aurait donc été orienté en tenant
compte de la précession des équinoxes, phénomène d’après lequel le pôle
céleste revient coïncider avec les mêmes étoiles au bout de 25.796 ans.
Nous voyons donc, comme le dit l’abbé Moreux, «que toutes ces conquêtes
de la science moderne se trouvent dans la grande pyramide, à l’état de
grandeurs naturelles, mesurées et toujours mesurables, ayant seulement
besoin pour se montrer au grand jour, de la signification métrique
qu’elles portent en elles».
Il est impossible d’attribuer à de simples coïncidences ces
enseignements singuliers. Ils nous prouvent que les prêtres égyptiens
avaient en géographie, en mathématiques, en géométrie, en astronomie,
des connaissances que nous venons à peine de reconquérir; et rien ne
nous dit que cette énigmatique pyramide ne renferme pas une foule
d’autres secrets que nous n’avons pas encore découverts. Mais le plus
étrange, le plus déconcertant, c’est qu’aucun des innombrables
hiéroglyphes qu’on a déchiffrés, rien de ce que nous trouvons dans toute
la littérature de l’Égypte antique, ne fait allusion à cette science
extraordinaire. Il est même évident que les prêtres ont voulu la cacher;
la coudée pyramidale ou sacrée, clef de tous les calculs et de toutes
les mesures scientifiques, n’était pas employée d’une façon courante; et
tout ce savoir miraculeux, venu on ne sait d’où, était volontairement et
systématiquement enseveli dans un tombeau et proposé comme une énigme ou
un défi aux siècles futurs. La révélation d’un tel mystère, due au
hasard, ne nous permet-elle pas de soupçonner que bien d’autres
mystères, de toute nature, soit dans cette pyramide, soit en d’autres
monuments ou dans les écritures sacrées, attendent d’un autre hasard une
révélation analogue?
En l’attendant, il est en tout cas très probable que les prêtres
égyptiens avaient enseigné aux mages de la Chaldée le secret de ce
qu’Eliphas Lévi appelle «une pyrotechnie transcendentale» et que les uns
et les autres connaissaient l’électricité et avaient des moyens de la
produire et de la diriger que nous ignorons encore. En effet, Pline nous
rapporte que Numa, qui fut initié aux mystères des mages, possédait
l’art de former et de diriger la foudre et qu’il se servit avec succès
de sa batterie foudroyante contre un monstre nommé Volta qui désolait la
campagne romaine[46]. Devançant l’invention du téléphone, les prêtres
égyptiens pouvaient encore, nous dit-on, instantanément communiquer d’un
temple à l’autre, quelle que fût la distance. Du reste la Bible[47] nous
a laissé le témoignage de leur science et de leur puissance, lorsqu’elle
nous les montre, parmi les dix plaies qui n’étaient que des œuvres de
magie, luttant à coups de miracles contre Moïse qui était lui-même un de
leurs initiés.
[46] _Pline_, l. II, ch. 53.
[47] _Exode_, VII, VIII.