De ce qui précède, on peut, semble-t-il, conclure que les grands
initiés, ou pour parler plus exactement, les adeptes des religions
ésotériques, des collèges de prêtres ou des fraternités occultes, sur
l’origine et le but de l’univers, sur le caractère inconnaissable de la
cause première, ou du dieu des dieux, sur les devoirs et les destinées
de l’homme, ne savaient pas autre chose que ce qu’avaient ouvertement
enseigné, à ceux qui étaient capables de le comprendre, les grandes
religions primitives. Ils ne savaient pas autre chose pour la raison que
jusqu’ici il n’a pas été possible de savoir et par conséquent
d’enseigner autre chose. S’ils avaient su autre chose, nous le saurions
aussi; car il n’est guère admissible que l’essentiel d’un tel secret
n’eût pas transpiré depuis tant de milliers d’années qu’il était connu
de tant de milliers d’hommes. S’il était possible d’imaginer qu’il
existe et que nous le puissions connaître, le connaissant, nous ne
serions plus des hommes. Il y a à la connaissance des limites que le
cerveau n’a pas encore franchies, qu’il ne pourra jamais franchir sans
cesser d’être un cerveau humain. Tout au plus, l’aveu de l’agnosticisme
irréductible et du panthéisme intégral, qui sont les deux pôles entre
lesquels a toujours oscillé, oscille encore et probablement oscillera
toujours la pensée humaine la plus haute, pouvait-il être plus franc,
plus net, plus dénué de formes, plus total et mettre en garde ceux qui
le recevaient contre les apparences fallacieuses et les mensonges
nécessaires des théogonies et des mythologies officielles.