On peut supposer que les parties les plus hautes de cette théosophie et
de cette philosophie, c’est-à-dire celles qui touchaient à la cause
suprême et à l’inconnaissable, peu à peu négligées et oubliées dans la
théosophie et la philosophie classiques, devinrent, comme en Égypte et
dans l’Inde, le secret des hiérophantes et formèrent, avec des
traditions orales et plus directes, le fond de ces fameux mystères
grecs, notamment de ceux d’Eleusis, dont on n’a jamais percé les
ténèbres.
Le dernier mot du grand secret devait y être aussi l’aveu d’une
ignorance invincible et sacrée. En tout cas, ce qu’il y avait déjà de
négatif et d’inconnaissable dans les mythes et dans cette philosophie
qu’on lui rappelait, suffisait à anéantir chez l’initié les dieux
qu’adorait le profane, en même temps qu’il apprenait pourquoi un
enseignement, si dangereux pour ceux qui n’étaient pas à même d’en
comprendre l’ampleur, devait rester occulte. Il n’y avait probablement
pas autre chose dans cette révélation suprême, parce qu’il n’y a
probablement pas d’autre secret que l’homme puisse posséder ou
concevoir; qu’il ne peut avoir existé, qu’il n’existera jamais de
formule qui donne la clef de l’univers.
Mais outre cet aveu qui devait paraître écrasant ou libérateur, selon la
qualité de l’esprit qui le recevait, on initiait probablement le
néophyte à une science occulte plus positive, analogue à celle que
possédaient les prêtres égyptiens et hindous. On devait surtout lui
enseigner le moyen d’arriver à l’union divine ou à l’immersion dans la
divinité par l’extase. Il est permis de supposer que cette extase était
obtenue à l’aide de procédés hypnotiques, mais d’un hypnotisme beaucoup
plus savant et plus développé que le nôtre, et dans lequel l’hypnotisme
proprement dit, le magnétisme, le médiumnisme, et toutes les
mystérieuses forces, odiques et autres, du subconscient, mieux connues
qu’elles ne le sont aujourd’hui, se mêlaient et étaient mises en œuvre.
Celui que plusieurs considèrent comme le plus grand théosophe
contemporain, Rudolph Steiner, prétend, ainsi que nous le verrons plus
loin, avoir retrouvé le moyen, ou l’un des moyens, de provoquer cette
extase et de se mettre en communication avec les mondes supérieurs et
avec Dieu.