II

Mais sans entrer dans le détail de leurs tâtonnements vers une lumière

pressentie ou profondément ensevelie dans la mémoire atavique ou dans

des mythes qu’on ne comprenait plus, sans préciser l’apport de chacun de

ces philosophes, ce qui nécessiterait des développements intéressants

mais disproportionnés, notons simplement les concordances essentielles

avec les théories védiques et brahmaniques.

Xénophane le premier, contre les poètes, affirma l’existence d’un dieu

unique, immuable, éternel. «Dieu, dit-il, n’est point né, car il

n’aurait pu naître que de son semblable ou de son contraire, deux

hypothèses dont la première est inutile et la seconde absurde. On ne

peut dire ni qu’il est infini ni qu’il est fini; car infini, n’ayant ni

milieu, ni commencement ni fin, il ne serait rien du tout; et fini, il

exigerait une limite et cesserait d’être un. Il n’est ni en repos ni en

mouvement pour des raisons analogues. Bref, on ne peut lui donner que

des caractères négatifs[39].» Ce qui est bien, sous une autre forme,

avouer qu’il est aussi inconnaissable que la cause première des hindous.

[39] ALBERT RIVAUD, _Le Problème du devenir_, p. 102.

Cet aveu de l’inconnaissable est du reste plus nettement formulé par

Xénophane, en un autre endroit. «La vérité, il n’y a point d’homme, il

n’y en aura point à la connaître, sur les dieux et sur les choses que

j’enseigne. Arrivât-il à quelqu’un de rencontrer la vérité absolue, la

rencontre demeurerait par lui-même ignorée. En toutes choses, il n’y a

que la vraisemblance[40]».

[40] Fr. 34.

Ne pourrions-nous pas répéter aujourd’hui ce qu’il y a plus de

vingt-cinq siècles affirmait le fondateur de l’école d’Élée? Y eut-il,

ici comme ailleurs, infiltration de la tradition primitive? C’est

probable; en tout cas, sur d’autres points, la filiation est nettement

établie. Les Orphiques qui se trouvent à l’origine légendaire et

préhistorique de la poésie et de la philosophie hellénique, sont en

réalité, selon Hérodote, des Égyptiens[41]. Nous avons vu d’autre part

que la religion égyptienne et la religion védique ont vraisemblablement

une source commune; et qu’il est pour l’instant impossible de dire avec

certitude laquelle est la plus ancienne. Or, les Pythagoriciens ont

emprunté aux Orphiques l’errance des âmes et la série des purifications.

D’autres leur ont pris le mythe de Dionysos, avec toutes ses

conséquences; car Dionysos, dieu-enfant, tué par les Titans et dont

Athénée sauve le cœur en le cachant dans une corbeille et que Jupiter

fait renaître, c’est Osiris, c’est Krichna, c’est le Bouddha, c’est

toutes les incarnations divines, c’est le dieu qui descend ou plutôt

éclate dans l’homme, c’est la mort provisoire et illusoire et la

renaissance réelle et immortelle, c’est l’union temporaire avec la

divinité qui n’est que le prélude de l’union définitive, c’est le cycle

sans fin de l’éternel devenir.

[41] _Hérodote_, II, 81.

Le grand secret · 第 58 / 108 题