Héraclite, dont on a fait le philosophe des mystères, éclaire ce cycle.
«Dans la périphérie du cercle, le commencement et la fin ne font
qu’un[42].» «La divinité est chez lui, dit Auguste Dies, origine et
terme des existences individuelles. L’unité se divise en pluralité et la
pluralité se résoud en unité; mais unité et pluralité sont
contemporaines et l’émanation du sein de la divinité est accompagnée
d’un retour incessant à la divinité[43].» Tout sort de Dieu, tout rentre
en Dieu, tout devient un, un devient tout. Dieu ou le monde est un, la
pensée divine est répandue en toutes les parties de l’univers. En un
mot, son système, comme celui des Védas et des Égyptiens, est un
panthéisme unitaire.
[42] _Héraclite_, fr. 102.
[43] AUGUSTE DIES, _Le Cycle mystique_, p. 62.
Dans Empédocle, qui succède à Xénophane et à Parménide, nous retrouvons
exactement, au sujet de la cosmologie, la théorie hindoue de l’expansion
et de la contraction de l’univers, du dieu qui l’inspire et qui
l’expire, de l’intériorisation et de l’extériorisation alternatives. «A
l’origine, les éléments sont confondus dans la parfaite immobilité du
Sphéros. Mais quand la force de répulsion qui demeurait inactive à la
circonférence externe, a repris son mouvement vers le centre, la
séparation commence. Elle irait jusqu’à l’absolue division et
l’éparpillement de l’être, si une force antagoniste ne ramenait les
éléments dispersés, jusqu’à ce que graduellement se recompose l’unité
primitive[44].»
[44] _Ibid._, p. 84, 85.
Le génie grec qui, comme nous en voyons ici un exemple curieux, veut
autant que possible expliquer l’inexplicable, que le génie hindou se
contente de grandiosement ressentir, appelle haine la force de répulsion
et amitié la force d’attraction. Ces forces existent de toute éternité.
«Elles étaient, elles seront, et jamais, à ce que je crois, n’en sera
dépouillée l’interminable durée. Tantôt la pluralité se résoud en unité
dans l’amour, et tantôt l’unité se redivise en pluralité dans la haine
et le combat.»
Mais d’où vient cette dualité dans l’unité, d’où naissent ces principes
opposés d’attraction et de répulsion, de haine et d’amour? Empédocle et
son école ne le disent point. Ils constatent simplement que dans la
division, la répulsion ou la haine, il y a déchéance, et ascension ou
réascension dans l’attraction, le retour à l’unité et à l’amour, de même
que les Hindous mettaient l’idée de déchéance dans la matière et l’idée
de remontée et de retour à la divinité, dans l’esprit. L’aveu
d’ignorance est pareil, et pareils sont aussi les moyens de sortir de la
haine et de se dégager de la matière. C’est d’abord la purification
durant la vie, et une purification toute spirituelle. «Bienheureux, dit
le philosophe d’Agrigente, est celui qui s’acquiert une richesse de
pensées divines; malheureux est celui qui n’a des dieux qu’une opinion
ténébreuse.»
C’est encore et surtout la purification par les réincarnations
successives. Empédocle va plus loin que la religion védique qui se
borne, du moins jusqu’à Manou, à la réincarnation de l’homme dans
l’homme, il admet comme les Pythagoriciens, la métempsycose,
c’est-à-dire le passage de l’âme, non seulement dans les animaux, mais
même dans les plantes, et la ramène ainsi, d’ascensions en ascensions
jusqu’à la divinité d’où elle était sortie et où elle rentre et se
résorbe, comme dans le Nirvana hindou.