Et la réincarnation? On croit généralement que l’Égypte est par
excellence le pays de la palingénésie et de la métempsychose. Il n’en
est rien. Pas un texte égyptien n’y fait allusion. Il est vrai que l’âme
devenant Osiris pouvait prendre toutes les formes; mais ce n’est pas là
la réincarnation proprement dite, la réincarnation expiatoire et
purificatrice des Hindous. Tout ce qu’on nous a dit à ce sujet repose
principalement sur un texte d’Hérodote qui note que «les Égyptiens
furent les premiers à affirmer que l’âme de l’homme est immortelle. Sans
cesse, d’un vivant qui meurt, elle passe dans un autre qui naît, et,
quand elle a parcouru tout le monde terrestre, aquatique et aérien, elle
revient alors s’introduire en un corps humain. Ce voyage circulaire dure
3.000 ans. C’est là une théorie que, plus ou moins près de nous,
plusieurs Grecs se sont appropriés; je sais leurs noms et ne les écris
point[36]».
[36] _Hérodote_, II, 123.
De même, tout ce qui concerne les fameux mystères de l’initiation
égyptienne est de source relativement récente et date de l’époque où les
traditions et les théories hindoues, chaldéennes, juives et
néo-platoniciennes se mêlaient et fermentaient violemment dans
Alexandrie. L’Égypte des Pharaons ne nous dit pas ce que devenait l’âme
qui n’était pas béatifiée. Il est possible qu’elle fût obligée de
revenir sur terre pour se purifier et que le secret de cette
réincarnation demeurât réservé aux initiés, comme il est également
possible que des textes mieux interprétés ou que d’autres que nous ne
connaissons pas encore, justifient et expliquent la tradition
ésotérique. Il ne serait du reste pas surprenant, comme le fait
remarquer Sédir, occultiste des plus érudits, qu’une partie des secrets
qui ne se trouvent pas dans les inscriptions que nous croyons
entièrement comprendre, nous fussent venus par la Chaldée, attendu que
c’est parmi les Mages, sur les confins du Tigre et de l’Euphrate, que
Cambyse, après la conquête de l’Égypte, transporta tous les prêtres de
ce dernier pays, sans exception et sans retour. Quoiqu’il en soit, je le
répète, les textes purement égyptiens ne permettent pas, pour l’instant,
de trancher la question.