VII

Grâce à ces soins, grâce à ce culte et à cette prévoyance, le double

était-il heureux? On n’oserait l’affirmer. Il existe un texte terrible,

l’inscription funéraire de la femme de Pasherenpath, qui est le plus

déchirant cri de regret et de détresse que les morts aient poussé vers

la vie. Il est vrai que cette inscription est de l’époque des Ptolémées,

c’est-à-dire des derniers temps de l’Égypte, déformée par la Grèce, deux

ou trois siècles avant notre ère. Elle nous montre la décadence et

presque la ruine de la foi égyptienne; et chose plus grave et plus

inquiétante, en parlant de l’Amenti, semble confondre la destinée du

double avec celle de l’âme immortelle. Voici cette inscription qui

témoigne à quelles incertitudes aboutissent les religions les plus

solides et les plus affirmatives; et comment, à la fin de leur cours,

elles nous replongent dans les ténèbres du grand secret, dans le chaos

de l’inconnaissable, d’où elles étaient sorties.

«Oh! mon frère, mon époux, ne cesse pas de boire, de manger, de vider

la coupe de la joie et de vivre dans les fêtes. Suis chaque jour tes

désirs et ne laisse pas le souci pénétrer dans ton cœur tant que tu

vivras sur cette terre! Car l’Amenti est le pays du sourd sommeil et

de l’obscurité, séjour de deuil pour ceux qui l’habitent. Ils dorment

dans leurs formes, ils ne se réveillent plus pour voir leurs frères,

ils ne reconnaissent leur père ni leur mère; leur cœur est indifférent

à leur femme et à leurs enfants. Chacun sur la terre jouit de l’eau de

la vie; mais la soif est à mes côtés. L’eau vient à celui qui demeure

sur la terre, mais j’ai soif de l’eau qui est près de moi. Je ne sais

où je suis depuis que je suis en ce lieu et j’implore l’eau qui coule,

j’implore la brise sur la rive du fleuve, afin que par elle puisse

être rafraîchie la douleur de mon cœur. Car quant au Dieu qui est ici,

«Mort Absolue» est son nom. Il appelle tous les hommes et tous

viennent à lui en tremblant de peur. Avec lui il n’y a pas de respect

pour les hommes ou les dieux; près de lui les grands sont comme les

petits. On craint de le prier, car il n’écoute pas. Nul ne vient

l’invoquer, car il n’est pas bon pour ceux qui l’adorent et ne tient

pas compte des offrandes qu’on lui fait[35].»

[35] SHARPE, _Egyptian Inscriptions_, I, pl. 4.

Le grand secret · 第 53 / 108 题