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Voilà, pris au hasard, dans un immense trésor encore en partie inconnu,

quelques conseils, vieux de milliers d’années, qui, bien avant le

christianisme, guidaient les hommes de bonne volonté jusqu’à la lisière

de la forêt. Alors, comme dit Manou, «lorsque le chef de la famille voit

sa peau se rider et ses cheveux blanchir et qu’il a sous les yeux le

fils de son fils», quand il n’a plus de devoirs à remplir, que personne

n’a plus besoin de son aide, qu’il soit le plus riche marchand de la

cité ou le plus pauvre paysan du village, il peut enfin se consacrer aux

choses éternelles, quitter sa femme, ses enfants, ses proches, ses amis,

«prendre une peau de gazelle ou un manteau d’écorce», pour se retirer

dans la solitude, s’enfoncer dans l’énorme forêt tropicale, oublier son

corps et les vaines pensées qui en naissent et écouter la voix du Dieu

caché au fond de son être, la voix «du voyageur qu’on ne voit pas, dit

le _Brahmane des cent sentiers_, de l’entendeur non entendu, du penseur

non pensé, du connaisseur non connu, de l’Atman, le meneur intérieur,

l’impérissable, en dehors de qui il n’y a que douleur.» Il peut méditer

sur l’infinité de l’espace, l’infinité de la raison et «la non existence

de rien», saisir l’instant d’illumination qui apporte «la délivrance que

personne ne peut enseigner, qu’il faut trouver soi-même, qui est

ineffable», et purifier son âme afin de lui épargner, s’il est possible,

un nouveau retour sur cette terre.

Arrivé là, «Qu’il ne désire pas la mort, qu’il ne désire pas la vie;

ainsi qu’un moissonneur qui, le soir venu, attend paisiblement son

salaire à la porte de son maître, qu’il attende que le moment soit

venu.»

«Qu’il réfléchisse, avec l’application d’esprit la plus exclusive, sur

l’essence subtile et indivisible de l’Ame suprême, et sur son existence

dans les corps des êtres les plus élevés et les plus bas.»

«Méditant avec délices sur l’Être suprême, n’ayant besoin de rien,

inaccessible à tout désir des sens, sans autre société que son âme et la

pensée de Dieu, qu’il vive dans l’attente constante de la béatitude

éternelle.»

«Car le principal de tous les devoirs, c’est d’acquérir la connaissance

de l’âme suprême, c’est la première de toutes les sciences, car elle

seule confère à l’homme l’immortalité.»

«Ainsi l’homme qui reconnaît dans sa propre âme l’âme suprême, présente

dans toutes les créatures, se montre le même à l’égard de tous et

obtient le sort le plus heureux, celui d’être à la fin absorbé dans le

sein de Brahma[25].»

[25] _Manou_, VI, 45, 65, 49; XII, 85, 125.

«Après avoir ainsi abandonné toute pratique pieuse, tout acte de

dévotion austère, appliquant son esprit à la contemplation unique de la

grande Cause Première, exempt de tout désir mauvais, son âme est déjà

sur le seuil du Swarga, alors que son enveloppe mortelle palpite encore

comme la dernière lueur d’une lampe qui s’éteint[26].»

[26] _Ibid._, VI, 96.

Le grand secret · 第 46 / 108 题