Il y a dans la vie ceux périodes bien distinctes: la période active ou
sociale, où l’homme fonde sa famille, assure sa descendance, travaille
de ses mains, accomplit les humbles devoirs de l’existence quotidienne
envers les siens et ceux qui les entourent. Pour ces jours encore
profanes, abondent les plus angéliques préceptes de résignation, de
respect de la vie, de patience et d’amour.
* * * * *
«Les maux dont nous affligeons notre prochain, dit Krichna, nous
poursuivent ainsi que notre ombre suit notre corps.»
«De même que la terre supporte ceux qui la foulent aux pieds et lui
déchirent le sein en la labourant, de même nous devons rendre le bien
pour le mal.»
«Qu’il sache bien que ce qui est au-dessus de tout, c’est le respect de
soi-même et l’amour du prochain.»
«Celui qui remplit tous ses devoirs pour plaire à Dieu seul et sans
envisager la récompense future, est sûr d’un immortel bonheur[18].»
[18] _Ibid._, II, 15.
«Si un acte pieux procède de l’espoir d’une récompense en ce monde ou
dans l’autre, cet acte est dit intéressé. Mais celui qui n’a
d’autre mobile que la connaissance et l’amour de Dieu, est dit
désintéressé[19].» (Méditons un moment cette parole vieille de plusieurs
milliers d’années, une de celles que nous pouvons redire sans y changer
une syllabe, car Dieu ici, comme dans toute la littérature védique,
c’est le meilleur et l’éternel de nous-mêmes et de l’univers.)
[19] _Ibid._, XII, 89.
«L’homme dont tous les actes religieux sont intéressés parvient au rang
des saints et des anges (Devas). Mais celui dont tous les actes pieux
sont désintéressés se dépouille pour toujours des cinq éléments pour
acquérir l’immortalité dans la Grande Ame.»
«De toutes les choses qui purifient, la pureté dans l’acquisition des
richesses est la meilleure. Celui qui conserve sa pureté en devenant
riche est réellement pur, et non celui qui s’est purifié avec la terre
et l’eau.»
«Les hommes instruits se purifient par le pardon des offenses, par des
aumônes et par la prière. L’intelligence est purifiée par le savoir.»
«La main d’un artisan est toujours pure pendant qu’il travaille.»
«Bien que la conduite de son époux soit blâmable, bien qu’il se livre à
d’autres amours et soit dépourvu de bonnes qualités, une femme vertueuse
doit constamment le révérer comme un Dieu.»
«Celui qui a souillé l’eau par quelque impureté ne doit vivre que
d’aumônes pendant un mois entier.»
«Afin de ne causer la mort d’aucun animal, que le Sannyâsî (c’est-à-dire
le mendiant ascétique), la nuit comme le jour, même au risque de se
faire du mal, marche en regardant à terre[20].»
[20] _Ibid._, XII, 90; V, 106, 107, 129, 154; XI, 255; VI, 68.
«Pour avoir coupé, une seule fois et sans mauvaise intention, des arbres
portant leur fruit, des buissons, des lianes, des plantes grimpantes ou
des plantes rampantes en fleur, on doit répéter cent prières du
Rig-Véda.»
«Si l’on arrache inutilement des plantes cultivées ou des plantes nées
spontanément dans une forêt, on doit suivre une vache pendant un jour
entier et ne se nourrir que de lait.»
«Par un aveu fait devant tout le monde, par le repentir, par la
dévotion, par la récitation des prières sacrées, un pêcheur peut être
déchargé de sa faute, ainsi qu’en donnant des aumônes, lorsqu’il se
trouve dans l’impossibilité de faire d’autre pénitence.»
«Autant son âme éprouve de regret pour une mauvaise action, autant son
corps est déchargé du poids de cette action perverse.»
«La réussite de toutes les affaires du monde dépend des lois du Destin,
réglées par les actions des mortels dans leurs existences précédentes,
et de la conduite de l’homme; les décrets de la Destinée sont un
mystère; c’est donc aux moyens dépendant de l’homme qu’il faut avoir
recours.»
«La justice est le seul ami qui accompagne les hommes après le trépas;
car toute affection est soumise à la même destruction que le corps[21].»
[21] _Ibid._, XI, 142, 144, 227, 229; VII, 205.
«Si celui qui vous frappe laisse tomber le bâton dont il se sert,
ramassez-le et rendez-le lui sans murmurer.»
«Vous n’abandonnerez pas les animaux dans leur vieillesse, en souvenir
des services qu’ils vous ont rendus[22].»
[22] _Sama Véda_.
«Celui qui méprise une femme méprise sa mère. Les larmes des femmes
attirent le feu céleste sur ceux qui les font couler.»
«L’honnête homme doit tomber sous les coups des méchants, comme l’arbre
Santal qui, lorsqu’on l’abat, parfume la hache qui le frappe[23].»
[23] _Pradasa_.
«Porter les trois bâtons de l’ascète, observer le silence, porter les
cheveux en tresse, se raser la tête, se vêtir de vêtements d’écorce ou
de peaux, accomplir les vœux et les ablutions, célébrer la Agnihotra,
habiter dans la forêt, s’émacier le corps, tout cela est vain si le cœur
n’est pas pur.»
«Celui qui, quelque soin qu’il prenne de lui-même, pratique le calme de
l’âme, qui est calme, soumis, contenu, chaste, et a cessé de trouver à
redire aux autres êtres, celui-là est vraiment un Brahmane, un Çramane
(ascète), un Bhikshu (frère mendiant).»
«O Bhârata, à quoi sert la forêt à qui s’est dominé, et à quoi sert-elle
à qui ne s’est pas dominé? Partout où vit un homme qui s’est dominé, là
est la forêt, là est l’hermitage.»
«Le sage restât-il dans sa maison, quelque soin qu’il prenne de
lui-même, s’il est toujours pur et plein d’amour tout le long de sa vie,
est délivré de tous les maux.»
«Ce n’est pas l’hermitage qui fait la vertu; la vertu ne vient que de la
pratique. Donc, que l’homme ne fasse pas aux autres ce qui serait
douloureux à lui-même.»
«Le monde est soutenu par toute action qui n’a que le sacrifice,
c’est-à-dire le don volontaire de soi pour objet; c’est dans ce don
volontaire, sans attachement aux formes que l’homme doit accomplir
l’action. Il faut accomplir l’action à seule fin de servir les autres.
Celui qui voit l’inaction dans l’action et l’action dans l’inaction, est
un sage parmi les hommes; il est harmonisé aux vrais principes, quelque
action qu’il fasse. Un tel homme, ayant abandonné tout attachement au
fruit de l’action, toujours content, ne dépendant de personne, bien que
faisant des actions, est comme s’il n’en faisait pas. Toutes ses pensées
empreintes de sagesse et tous ses actes faits de sacrifices sont comme
évaporés[24].»
[24] _Vanaparva_, 13445.--_Paraboles de Buddhgosha_.--_Cantiparva_,
5951.--_Vanaparva_, 13550.--_Lois de Yajnavalkya_, III,
65.--_Bhagavat-Gita_.