XXVIII

Entre la naissance et la mort qui n’est qu’une nouvelle naissance, les

_Lois de Manou_ distinguent cinq périodes: la conception, l’enfance, le

noviciat ou l’étude des sciences divines et humaines, l’état de père de

famille et enfin celui d’anachorète se préparant à la mort. Chacune de

ces périodes a ses devoirs qu’il faut avoir accomplis, avant de pouvoir

aspirer à la retraite dans la forêt. En attendant cette heure entre

toutes désirée, «la résignation, dit Manou, l’action de rendre le bien

pour le mal, la tempérance, la probité, la pureté, la chasteté et la

répression des sens, la connaissance des livres sacrés, le culte de la

vérité, l’abstention de la colère, telles sont les dix vertus en quoi

consiste le devoir[16].»

[16] _Manou_, VI, 92.

Le but de notre vie sur cette terre, c’est de mettre un terme aux

réincarnations, car la réincarnation est un châtiment que l’âme est

obligée de s’infliger tant qu’elle ne se sent pas assez pure pour

rentrer en Dieu. «Atteindre la condition suprême, dit Manou, ne plus

renaître sur cette terre, voilà l’idéal! Être assuré d’un bonheur

éternel et que la terre ne voie plus notre âme venir de nouveau

s’envelopper de sa grossière substance.»

Cette purification, cette dématérialisation progressive, ce renoncement

à tout égoïsme, commence dès le début de la vie et se poursuit durant

toutes les phases de l’existence; mais il faut d’abord accomplir tous

les devoirs de cette existence active: «Car, sachez-le tous, disent les

livres sacrés, nul d’entre vous n’arrivera à s’absorber dans le sein de

Brahma par la prière seulement, et le mystérieux monosyllabe n’effacera

vos dernières souillures que quand vous arriverez sur le seuil de la vie

future, chargé de bonnes œuvres, et les plus méritoires parmi ces œuvres

seront celles qui auront pour mobiles l’amour du prochain et la

charité.»

«Une seule bonne action, dit encore Manou, vaut mieux que mille bonnes

pensées, et ceux qui remplissent leurs devoirs sont supérieurs à ceux

qui les connaissent.»

«Que le sage observe constamment les devoirs moraux (Yamas) avec plus

d’attention que les devoirs pieux (Niyamas), celui qui néglige les

devoirs moraux déchoit même lorsqu’il observe les devoirs pieux[17].»

[17] _Manou_, IV, 204.

Le grand secret · 第 44 / 108 题