Entre la naissance et la mort qui n’est qu’une nouvelle naissance, les
_Lois de Manou_ distinguent cinq périodes: la conception, l’enfance, le
noviciat ou l’étude des sciences divines et humaines, l’état de père de
famille et enfin celui d’anachorète se préparant à la mort. Chacune de
ces périodes a ses devoirs qu’il faut avoir accomplis, avant de pouvoir
aspirer à la retraite dans la forêt. En attendant cette heure entre
toutes désirée, «la résignation, dit Manou, l’action de rendre le bien
pour le mal, la tempérance, la probité, la pureté, la chasteté et la
répression des sens, la connaissance des livres sacrés, le culte de la
vérité, l’abstention de la colère, telles sont les dix vertus en quoi
consiste le devoir[16].»
[16] _Manou_, VI, 92.
Le but de notre vie sur cette terre, c’est de mettre un terme aux
réincarnations, car la réincarnation est un châtiment que l’âme est
obligée de s’infliger tant qu’elle ne se sent pas assez pure pour
rentrer en Dieu. «Atteindre la condition suprême, dit Manou, ne plus
renaître sur cette terre, voilà l’idéal! Être assuré d’un bonheur
éternel et que la terre ne voie plus notre âme venir de nouveau
s’envelopper de sa grossière substance.»
Cette purification, cette dématérialisation progressive, ce renoncement
à tout égoïsme, commence dès le début de la vie et se poursuit durant
toutes les phases de l’existence; mais il faut d’abord accomplir tous
les devoirs de cette existence active: «Car, sachez-le tous, disent les
livres sacrés, nul d’entre vous n’arrivera à s’absorber dans le sein de
Brahma par la prière seulement, et le mystérieux monosyllabe n’effacera
vos dernières souillures que quand vous arriverez sur le seuil de la vie
future, chargé de bonnes œuvres, et les plus méritoires parmi ces œuvres
seront celles qui auront pour mobiles l’amour du prochain et la
charité.»
«Une seule bonne action, dit encore Manou, vaut mieux que mille bonnes
pensées, et ceux qui remplissent leurs devoirs sont supérieurs à ceux
qui les connaissent.»
«Que le sage observe constamment les devoirs moraux (Yamas) avec plus
d’attention que les devoirs pieux (Niyamas), celui qui néglige les
devoirs moraux déchoit même lorsqu’il observe les devoirs pieux[17].»
[17] _Manou_, IV, 204.