Sans nous attarder aux discutables incarnations des Hermès, des Manous
et des Zoroastres, qu’il est impossible de contrôler historiquement,
parmi les nombreuses incarnations de Vichnou, la seconde personne de la
trinité brahmanique, ne rappelons que les deux plus célèbres, la
huitième, celle de Krichna, et la neuvième, celle du Bouddha. Pour dater
approximativement la première, nous avons le Bhagavat-Gita, qui met en
relief l’admirable figure de Krichna. Les indianistes catholiques
sentant le danger qu’à leur point de vue trop étroit, l’incarnation de
Krichna fait courir à celle du Christ, admettent que le Bhagavat-Gita
fut composé avant notre ère, mais soutiennent qu’il fut remanié depuis.
Comme il est difficile de prouver ces remaniements, ils ajoutent qu’au
surplus, s’il est démontré que le Bhagavat-Gita et d’autres livres
sacrés aussi gênants sont réellement antérieurs au Christ, ils sont
l’œuvre du démon qui, prévoyant l’incarnation de Jésus, avaient voulu,
par ces préfigurations, en énerver l’effet. Quoiqu’il en soit, des
indianistes purement scientifiques, tels que William Jones, Colebrooke,
Thomas Strange, Wilson, Princeps, etc., s’accordent à reconnaître qu’il
remonte au moins à douze ou quinze siècles avant notre ère. Il est en
effet commenté et analysé dans le Madana-Ratna-Pradipa, recueil des
textes des plus anciens législateurs, dans Vrihaspati, dans Parasara,
dans Narada et dans une foule d’autres ouvrages d’une incontestable
authenticité. Selon d’autres orientalistes, pour tout dire, les poèmes
sur Krichna ne remontent pas au delà du Maha-Bharata, ce qui nous
reporte en tout cas à deux siècles avant J.-C.
Quant à l’incarnation de Siddharta Gautama Bouddha ou Çakya-Mouni, il
n’y a plus de doute possible, Çakya-Mouni étant un personnage historique
qui vécut au V siècle avant J.-C.