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Aucune règle de conduite, aucune morale ne pouvait être tirée de la

cause première inconnaissable, du Dieu unique et non manifesté. Il est

en effet impossible de connaître ce qu’il veut, puisqu’il est impossible

de le connaître lui-même. Pour trouver une volonté dans l’infini, dans

l’univers ou dans la divinité, nous sommes obligés de nous jeter dans

l’invérifiable et de franchir l’abîme d’illogisme dont nous avons déjà

parlé, en faisant procéder de cette cause qui pour se manifester s’est

divisée, un ou plusieurs dieux, émanations de l’inconnaissable qui

deviennent subitement aussi connues que si elles étaient sorties des

mains de l’homme. Il est certain que la base de la morale qui découlera

de cette opération arbitraire, sera toujours précaire et ne s’offre que

comme un postulat sur lequel il faut fermer les yeux. Mais il est

remarquable qu’après cette opération préliminaire, ou concurremment avec

elle, dans toutes les religions primitives, nous en trouvions une autre

qui en est comme la conséquence nécessaire et en tout cas constante: le

sacrifice volontaire de l’une de ces émanations de l’inconnaissable, qui

s’incarne, renonce à ses prérogatives, afin de diviniser l’homme en

humanisant Dieu.

L’Égypte, l’Inde, la Chaldée, la Chine, le Mexique, le Pérou, tous ont

le mythe de l’enfant-dieu, né d’une vierge; et le premier jésuite

missionnaire en Chine trouva que la naissance miraculeuse du Christ

avait été anticipée par Fuh-Ke, né 3468 ans avant J.-C. On a très

justement fait remarquer que si un prêtre de l’antique Thèbes ou

d’Héliopolis revenait sur cette terre, il reconnaîtrait, dans le tableau

de la Vierge à l’enfant de Raphaël, l’image d’Horus dans les bras

d’Isis. L’Isis égyptienne, comme notre vierge immaculée, était également

représentée debout sur un croissant et couronnée d’étoiles. Devaki nous

est pareillement montrée tenant dans ses bras le divin Krichna ou

Krischna, comme l’est Istar, à Babylone, l’enfant Tammuz sur ses genoux.

Le mythe de l’incarnation, qui est aussi un mythe solaire, se répète

ainsi d’âge en âge, sous des noms différents, mais c’est dans l’Inde où

il est à peu près certain qu’il prit naissance, que nous le retrouvons

sous sa forme la plus pure, la plus élevée et la plus significative.

Le grand secret · 第 36 / 108 题