Sur une autre question plus grandiose et plus essentielle, car elle
renferme la loi radicale de notre univers, ils ont également une
tradition inattendue, dont l’humanité ne pourra jamais contrôler qu’une
infime partie. Ils nous disent que le Cosmos, manifestation visible de
la cause inconnue et invisible, n’a jamais été et ne sera jamais qu’une
suite ininterrompue d’expansions et de contractions, d’évaporations et
de condensations, de sommeils et de réveils, d’inspirations et
d’expirations, d’attractions et de répulsions, d’évolutions et
d’involutions, de matérialisations et de spiritualisations,
«d’intériorisations et d’extériorisations», comme dit le Docteur
Jaworski qui a retrouvé en biologie un principe analogue.
La cause inconnue se réveille; et durant des milliards d’années, les
mondes irradient, se dispersent, s’épandent, se dilatent dans l’espace;
elle se rendort, et les mêmes mondes, durant des milliards d’années,
accourus de tous les points de l’horizon, s’attirent, se concentrent, se
contractent et se coagulent, pour ne plus former, sans périr, car rien
n’est périssable, qu’une masse unique qui rentre dans la cause
invisible. Nous sommes précisément dans une de ces périodes de
contraction ou d’inhalation, à laquelle préside cette immense et
mystérieuse loi de la gravitation, dont rien ne peut rendre compte, si
elle n’est pas électrique, magnétique ou spirituelle, et qui domine
toutes les autres lois de la nature. Si tous les corps, selon Newton,
s’attirent mutuellement en raison directe de leur masse et en raison
inverse du carré de leurs distances, depuis l’éternité sans
commencement, toute la matière de l’univers ne devrait plus former qu’un
bloc infini, à moins de supposer un équilibre parfait et inébranlable
qui serait l’immobilité éternelle. Dans le mouvement perpétuel des
astres, où le déplacement irrégulier d’un atôme le troublerait, il ne
paraît pas possible que cet équilibre puisse exister. En fait, il est à
peu près certain qu’il n’existe pas, et l’Apex, le lieu mystérieux de la
sphère céleste, dans le voisinage de Véga, vers lequel se précipite
notre système solaire avec tout son cortège de planètes, sera peut-être,
pour ce qui nous regarde, son point de rupture et l’une des premières
phases de la grande contraction, qui selon les derniers calculs des
astronomes, aura lieu dans 400.000 ans.
Mais si cette formidable contraction doit presque inévitablement se
produire, l’univers, quelque jour, ne sera plus qu’un monstrueux bloc de
matière, compact, infini, et probablement à jamais mort, hors duquel il
ne serait plus possible de placer quelque chose. Ce bloc illimité, formé
de toute la matière cosmique, même du fluide éthérique et presque
spirituel qui remplit les fabuleuses étendues interstellaires,
occuperait-il tout l’espace, définitivement et à jamais coagulé dans la
mort; ou flotterait-il dans un vide plus subtil que celui de l’éther et
désormais soumis à d’autres volontés? Il semble que la loi fondamentale
de l’univers aboutisse à une sorte d’anéantissement, d’impasse ou de
non-sens; et d’autre part, si on nie cette attraction ou cette
gravitation universelle, on nie le seul phénomène que l’on constate avec
certitude, et on laisse tous les mondes absolument sans lois.