XIV

Quant à la tradition primitive, si elle a perdu le prestige d’être

occulte, si d’autre part elle pèche par la base en tirant tous ses

enseignements et toutes ses affirmations d’un fonds qu’elle-même a

déclaré à jamais inaccessible, incompréhensible et inconnaissable, il

n’en est pas moins vrai, abstraction faite de cette base défectueuse,

que ces affirmations et ces enseignements sont les plus inattendus, les

plus hauts, les plus admirables, les plus plausibles aussi et le plus

fréquemment confirmés par les faits que l’homme ait connus jusqu’ici.

Avons-nous le droit, par exemple, d’écarter _à priori_, comme une

imagination puérile et qui ne repose sur rien, la notion de la déchéance

de l’homme, que nous ne pouvons vérifier, quand tout à côté d’elle,

presque contemporaine, nous en rencontrons une autre, aussi générale,

celle des déluges et des cataclysmes universels et préhistoriques, que

la géologie a matériellement constatés? A quelle vérité profonde répond

cette légende d’une humanité supérieure, plus heureuse, plus

intelligente que la nôtre? Nous n’en savons rien jusqu’à ce jour; mais

nous ne savions pas davantage à quoi répondait la tradition des grandes

catastrophes, avant que les annales de ces bouleversements, inscrites

dans les entrailles de la terre, ne nous eussent révélé qu’ils avaient

eu lieu. On pourrait citer un grand nombre d’enseignements de ce genre,

intuitions géniales ou vérités immémoriales, dont la science retrouve

les traces ou qu’elle rejoint aujourd’hui. J’ai déjà noté l’apparition

successive des diverses formes de la vie, énumérées exactement dans

l’ordre que leur assigne la paléontologie. Il faudrait y ajouter le rôle

prépondérant de l’éther, ce fluide cosmique impondérable, transition de

l’esprit à la matière, source de tout ce qui existe, que la religion

primitive appelait Akasha, et qui, d’échos en échos, devient le Télesma

de l’Hermès Trismégiste, le Feu vivant de Zoroastre, le Feu générateur

d’Héraclite, l’Ignis subtillissimus d’Hippocrate, la Lumière astrale de

la Kabbale, le Pneuma de Gallien, la Quinta essentia et l’Azoth des

alchimistes, l’Esprit de vie de Saint Thomas d’Aquin, la Matière subtile

de Descartes, le Spiritus subtillissimus de Newton, l’Od de Reichenbach

et de Carl du Prel, «l’éther infini, mystérieux et toujours en

mouvement, d’où tout sort, où tout rentre», auquel nos savants, dans

leurs laboratoires, sont enfin obligés d’avoir recours afin de rendre

compte d’une foule de phénomènes qui sans lui seraient absolument

inexplicables. Tout ce que nos physiciens et nos chimistes appellent

chaleur, lumière, électricité, magnétisme, n’était pour nos ancêtres que

les manifestations élémentaires d’une substance unique. Ils avaient, il

y a des milliers d’années, reconnu la présence et l’intervention

souveraine de cet agent ubiquitaire dans tous les phénomènes de la vie;

de même qu’ils avaient décrit, avant nos astronomes, la naissance et la

formation des astres; de même encore que la prétendue chimère de la

transmutation des métaux, qu’ils avaient léguée aux alchimistes du Moyen

âge est également confirmée par l’évolution chimique et thermique des

étoiles, «qui, comme le fait observer Charles Nordmann, nous offrent un

exemple complet de cette transmutation, puisque les métaux les plus

lourds n’y apparaissent qu’après les éléments légers et lorsqu’elles se

sont suffisamment refroidies»; de même enfin, car il faut nous borner,

qu’à l’encontre de la science de naguères, ils avaient enseigné qu’il

fallait porter à des millions de siècles la durée des mondes, les âges

de la terre et le temps qui s’écoulera entre sa naissance et sa

destruction, puisqu’un jour de Brahma, qui correspond à l’évolution de

notre globe, compte quatre milliards trois cent vingt millions d’années.

Le grand secret · 第 30 / 108 题