L’imagination, l’intuition, les observations ou les traditions de nos
ancêtres ont dépassé ce point mort. Ils ont, sous leur phraséologie
mythique ou mystique, considéré l’univers comme un phénomène électrique,
ou plutôt comme une immense source d’énergie subtile et inconnaissable,
qui obéit aux mêmes lois que celles de l’énergie magnétique, où tout est
action et réaction, où il y a toujours deux forces affrontées et
antagonistes; et renversant les pôles de l’aimant, à l’attraction ils
font succéder la répulsion, à la force centripète une force centrifuge,
à la gravitation une autre loi qui n’a pas encore de nom, qui disperse à
nouveau la matière et les mondes, pour recommencer une nouvelle journée
de Brahma. C’est le _solve et coagula_ des alchimistes.
Ce n’est évidemment qu’une hypothèse dont on ne peut étayer quelques
côtés que sur certains phénomènes électriques et magnétiques, et sur les
propriétés des corps radio-actifs, mais dont l’ensemble est
naturellement invérifiable. Seulement, il est curieux de constater une
fois de plus que cette hypothèse, la plus grandiose, la plus hardie, et
aussi la plus ancienne, la première de toutes, est peut-être la seule à
laquelle la science puisse se rallier sans déroger. Ici encore, ne
sommes-nous pas en droit de nous demander s’ils n’ont pas vu plus juste
et plus loin que nous, et si nous sommes capables d’imaginer une
cosmogonie aussi vaste, aussi vraisemblable que la leur?