Tout branlants qu’en soient les fondements qui ne reposent que sur
l’inconnaissable, il n’en reste pas moins que cette religion primitive
nous a légué sur la constitution et l’évolution de l’univers, sur la
durée des transformations des astres et de la terre, sur le temps,
l’espace et l’éternité, sur les rapports de la matière et de l’esprit,
sur les forces invisibles de la nature, sur les destinées probables de
l’homme, et sur la morale, des enseignements incomparables. L’ésotérisme
de toutes les religions, depuis l’Égypte peut-être et en tout cas depuis
la Perse, la Chaldée, les mystères grecs, pour finir aux hermétistes du
Moyen âge, profita de ces enseignements et en tira la partie la plus
haute et la plus solide de son prestige, en les attribuant à une
révélation secrète, jusqu’à ce que la découverte des livres sacrés de
l’Inde en eût fait connaître la véritable source, et remis les choses au
point. Au fond, l’ésotérisme ne fut jamais qu’une cosmogonie plus
savante, une théogonie plus rationnelle, plus grandiose et plus pure,
une morale plus élevée, que celle des religions vulgaires; outre qu’il
possédait, pour soutenir ou défendre ses doctrines, le secret
péniblement transmis et souvent affreusement obscurci, de la
manipulation de certaines forces oubliées. Aujourd’hui, il nous est
possible de reconnaître, sous toutes les déformations, sous toutes les
surcharges, sous tous les masques, parfois terriblement défigurés, le
même visage. A ce point de vue, il est certain que depuis la publication
et la traduction des textes authentiques, l’occultisme, tel qu’on
l’entendait encore il n’y a guère plus de cinquante ans, a perdu les
trois quarts de ses meilleures provinces. Il a notamment perdu presque
tout intérêt doctrinal, hormis comme moyen de contrôle, puisqu’on peut
étudier à la source même d’où il s’était parcimonieusement infiltré,
tout ce qu’il enseignait secrètement au sujet de Dieu ou des dieux, au
sujet de l’origine des mondes, des forces immatérielles qui le mènent,
du ciel et de l’enfer tels que l’entendaient les Juifs, les Grecs et les
Chrétiens, au sujet de la constitution du corps et de l’âme, des
destinées de celle-ci, de ses responsabilités et de son existence
d’outre-tombe.
Par contre, si ces textes anciens et authentiques, enfin traduits, nous
prouvent que presque tout ce que l’occultisme affirmait au point de vue
doctrinal n’était pas purement imaginaire mais reposait sur des
traditions réelles et immémoriales; ils nous permettent aussi de
supposer que tout ce qu’il affirmait sur d’autres points, et notamment
sur l’utilisation de certaines forces inconnues, n’est pas non plus
purement chimérique; et il regagne de ce côté ce qu’il perd de l’autre.
En effet, si nous possédons les principaux livres sacrés de l’Inde, il
est à peu près certain qu’il en est d’autres que nous ne connaissons pas
encore, comme il est fort probable que nous n’avons pas pénétré le sens
caché d’un grand nombre d’hiéroglyphes. Il se peut donc que les
occultistes aient eu connaissance de ces écrits ou de ces traditions
orales, par des infiltrations analogues à celles que nous avons pu
constater. Il semble que l’on trouve des traces d’infiltrations de ce
genre dans leur biologie, dans leur médecine, dans leur chimie, dans
leur physique, dans leur astronomie et surtout dans tout ce qui touche à
l’existence d’entités plus ou moins immatérielles qui paraissent vivre
autour de nous. Sous ce rapport, l’occultisme garde encore un intérêt et
mérite une étude attentive et méthodique qui pourrait efficacement
seconder et peut-être rejoindre les travaux que les métapsychistes
indépendants et scientifiques ont entrepris de leur côté, sur les mêmes
sujets.