XIII

Tout branlants qu’en soient les fondements qui ne reposent que sur

l’inconnaissable, il n’en reste pas moins que cette religion primitive

nous a légué sur la constitution et l’évolution de l’univers, sur la

durée des transformations des astres et de la terre, sur le temps,

l’espace et l’éternité, sur les rapports de la matière et de l’esprit,

sur les forces invisibles de la nature, sur les destinées probables de

l’homme, et sur la morale, des enseignements incomparables. L’ésotérisme

de toutes les religions, depuis l’Égypte peut-être et en tout cas depuis

la Perse, la Chaldée, les mystères grecs, pour finir aux hermétistes du

Moyen âge, profita de ces enseignements et en tira la partie la plus

haute et la plus solide de son prestige, en les attribuant à une

révélation secrète, jusqu’à ce que la découverte des livres sacrés de

l’Inde en eût fait connaître la véritable source, et remis les choses au

point. Au fond, l’ésotérisme ne fut jamais qu’une cosmogonie plus

savante, une théogonie plus rationnelle, plus grandiose et plus pure,

une morale plus élevée, que celle des religions vulgaires; outre qu’il

possédait, pour soutenir ou défendre ses doctrines, le secret

péniblement transmis et souvent affreusement obscurci, de la

manipulation de certaines forces oubliées. Aujourd’hui, il nous est

possible de reconnaître, sous toutes les déformations, sous toutes les

surcharges, sous tous les masques, parfois terriblement défigurés, le

même visage. A ce point de vue, il est certain que depuis la publication

et la traduction des textes authentiques, l’occultisme, tel qu’on

l’entendait encore il n’y a guère plus de cinquante ans, a perdu les

trois quarts de ses meilleures provinces. Il a notamment perdu presque

tout intérêt doctrinal, hormis comme moyen de contrôle, puisqu’on peut

étudier à la source même d’où il s’était parcimonieusement infiltré,

tout ce qu’il enseignait secrètement au sujet de Dieu ou des dieux, au

sujet de l’origine des mondes, des forces immatérielles qui le mènent,

du ciel et de l’enfer tels que l’entendaient les Juifs, les Grecs et les

Chrétiens, au sujet de la constitution du corps et de l’âme, des

destinées de celle-ci, de ses responsabilités et de son existence

d’outre-tombe.

Par contre, si ces textes anciens et authentiques, enfin traduits, nous

prouvent que presque tout ce que l’occultisme affirmait au point de vue

doctrinal n’était pas purement imaginaire mais reposait sur des

traditions réelles et immémoriales; ils nous permettent aussi de

supposer que tout ce qu’il affirmait sur d’autres points, et notamment

sur l’utilisation de certaines forces inconnues, n’est pas non plus

purement chimérique; et il regagne de ce côté ce qu’il perd de l’autre.

En effet, si nous possédons les principaux livres sacrés de l’Inde, il

est à peu près certain qu’il en est d’autres que nous ne connaissons pas

encore, comme il est fort probable que nous n’avons pas pénétré le sens

caché d’un grand nombre d’hiéroglyphes. Il se peut donc que les

occultistes aient eu connaissance de ces écrits ou de ces traditions

orales, par des infiltrations analogues à celles que nous avons pu

constater. Il semble que l’on trouve des traces d’infiltrations de ce

genre dans leur biologie, dans leur médecine, dans leur chimie, dans

leur physique, dans leur astronomie et surtout dans tout ce qui touche à

l’existence d’entités plus ou moins immatérielles qui paraissent vivre

autour de nous. Sous ce rapport, l’occultisme garde encore un intérêt et

mérite une étude attentive et méthodique qui pourrait efficacement

seconder et peut-être rejoindre les travaux que les métapsychistes

indépendants et scientifiques ont entrepris de leur côté, sur les mêmes

sujets.

Le grand secret · 第 29 / 108 题