Écoutons ensuite le _Sama-Véda_ confirmer et développer ce magnifique
aveu d’ignorance:
«Si tu dis: Je connais parfaitement l’Être suprême, tu te trompes; qui
pourrait dénombrer ses attributs? Si tu dis: Je pense le connaître,
non que je croie le connaître parfaitement ni ne pas le connaître du
tout, mais je le connais partiellement; car celui qui connaît toutes
les manifestations des dieux qui procèdent de lui, connaît l’Être
suprême, si tu dis cela tu te trompes, _ce n’est pas le connaître que
de ne pas l’ignorer entièrement_.
«Celui, au contraire, qui croit ne pas le connaître, c’est celui qui
le connaît; et celui qui croit le connaître, c’est celui qui ne le
connaît pas. Il est regardé comme incompréhensible par ceux qui le
connaissent le plus et connu parfaitement par ceux qui l’ignorent
entièrement.»
A cet agnosticisme fondamental, l’_Yadjour-Véda_ vient ajouter son
panthéisme total:
«Le sage fixe ses regards sur cet être mystérieux dans lequel existe
perpétuellement l’univers qui n’a pas d’autre base que Lui. En Lui ce
monde est enfermé, c’est de Lui que ce monde est sorti. Il est enlacé
et tissu dans toutes les créatures sous les diverses formes de
l’existence.
«Cet être unique, que rien ne peut atteindre, est plus rapide que la
pensée; _et les dieux eux-mêmes ne peuvent comprendre ce moteur
suprême qui les a tous devancés_. Il est loin et près de toutes
choses. Il remplit cet univers entier et le dépasse encore infiniment.
«Quand l’homme sait voir tous les êtres dans ce Suprême Esprit, et ce
Suprême Esprit dans tous les êtres, il ne peut plus dédaigner quoi que
ce soit.
«Ils sont tombés dans une nuit bien profonde ceux qui ne croient pas à
l’identité des êtres; ils sont tombés dans une nuit bien plus profonde
encore ceux qui ne croient qu’à leur identité.
«Il gagne d’être immortel celui qui croit à l’identité éternelle des
êtres.
«Tous les êtres sont dans ce Suprême Esprit, et ce Suprême Esprit est
dans tous les êtres.
«Les êtres lui apparaissent tels qu’ils furent de toute éternité,
toujours semblables à eux-mêmes.»