II

Écoutons ensuite le _Sama-Véda_ confirmer et développer ce magnifique

aveu d’ignorance:

«Si tu dis: Je connais parfaitement l’Être suprême, tu te trompes; qui

pourrait dénombrer ses attributs? Si tu dis: Je pense le connaître,

non que je croie le connaître parfaitement ni ne pas le connaître du

tout, mais je le connais partiellement; car celui qui connaît toutes

les manifestations des dieux qui procèdent de lui, connaît l’Être

suprême, si tu dis cela tu te trompes, _ce n’est pas le connaître que

de ne pas l’ignorer entièrement_.

«Celui, au contraire, qui croit ne pas le connaître, c’est celui qui

le connaît; et celui qui croit le connaître, c’est celui qui ne le

connaît pas. Il est regardé comme incompréhensible par ceux qui le

connaissent le plus et connu parfaitement par ceux qui l’ignorent

entièrement.»

A cet agnosticisme fondamental, l’_Yadjour-Véda_ vient ajouter son

panthéisme total:

«Le sage fixe ses regards sur cet être mystérieux dans lequel existe

perpétuellement l’univers qui n’a pas d’autre base que Lui. En Lui ce

monde est enfermé, c’est de Lui que ce monde est sorti. Il est enlacé

et tissu dans toutes les créatures sous les diverses formes de

l’existence.

«Cet être unique, que rien ne peut atteindre, est plus rapide que la

pensée; _et les dieux eux-mêmes ne peuvent comprendre ce moteur

suprême qui les a tous devancés_. Il est loin et près de toutes

choses. Il remplit cet univers entier et le dépasse encore infiniment.

«Quand l’homme sait voir tous les êtres dans ce Suprême Esprit, et ce

Suprême Esprit dans tous les êtres, il ne peut plus dédaigner quoi que

ce soit.

«Ils sont tombés dans une nuit bien profonde ceux qui ne croient pas à

l’identité des êtres; ils sont tombés dans une nuit bien plus profonde

encore ceux qui ne croient qu’à leur identité.

«Il gagne d’être immortel celui qui croit à l’identité éternelle des

êtres.

«Tous les êtres sont dans ce Suprême Esprit, et ce Suprême Esprit est

dans tous les êtres.

«Les êtres lui apparaissent tels qu’ils furent de toute éternité,

toujours semblables à eux-mêmes.»

Le grand secret · 第 20 / 108 题