IV

En tout cas, si l’on a besoin de la tradition occultiste pour expliquer

l’origine de cette sagesse qui nous paraît à bon droit surhumaine, on

peut fort bien s’en passer pour ce qui concerne l’essentiel de cette

sagesse même. Des textes authentiques et qu’on peut situer dans

l’histoire, le contiennent tout entier; et sous ce rapport, les

théosophes modernes qui prétendent avoir eu à leur disposition des

documents secrets et avoir profité de révélations extraordinaires que

leur auraient faites des Adeptes ou Mahatmas, d’une fraternité

mystérieuse, ne nous ont rien appris qui ne se trouve dans les écrits

accessibles à tous les orientalistes. Ce qui sépare les

occultistes,--les théosophes de l’école de Blavatzky, par exemple, qui

domine toutes les autres,--des indianistes et des égyptologues

scientifiques, ce n’est pas ce qui a rapport à l’origine, à l’économie,

au but de l’univers, aux fins de la terre et de l’homme, à la nature de

la divinité, aux grands problèmes de la morale; ce sont presque

uniquement des questions qui ont trait à la préhistoire, à la

nomenclature des émanations de l’inconnaissable et à la manière de

maîtriser et d’utiliser les forces inconnues de la nature.

Occupons-nous d’abord des points où ils s’accordent; ce sont du reste

les plus intéressants; car tout ce qui touche à la préhistoire est

forcément hypothétique, les noms et les fonctions des dieux

intermédiaires n’ont qu’un intérêt de second ordre; quant à

l’utilisation des forces inconnues, elle regarde plutôt les sciences

métapsychiques dont nous reparlerons plus loin.

V

«Ce que nous lisons dans les _Védas_, dit Rudolph Steiner, l’un des plus

érudits et aussi des plus déconcertants parmi les occultistes

contemporains, ce que nous lisons dans les _Védas_, ces archives de la

sagesse hindoue, ne nous donne qu’une faible idée des sublimes

enseignements des anciens instructeurs et non pas dans leur forme

originelle. Seul le regard du clairvoyant, porté sur les arcanes du

passé, peut découvrir la sagesse inédite qui se cache derrière ces

écrits.»

Historiquement, il est fort probable que Steiner a raison. En effet,

comme je l’ai déjà dit, plus les textes sont anciens, plus ce qu’ils

révèlent est pur et grandiose; et il est vraisemblable qu’ils ne sont

eux-mêmes, selon l’expression de Steiner, qu’un écho affaibli

d’enseignements plus sublimes. Mais ne possédant pas le regard du

clairvoyant, nous devons nous contenter de ce que nous avons sous les

yeux.

Les textes que nous possédons sont les livres sacrés de l’Inde, que

viennent corroborer ceux de l’Égypte et de la Perse. L’influence qu’ils

exercèrent sur la pensée humaine, sinon dans leur forme présente, du

moins par la tradition orale qu’ils n’ont fait que fixer, remonte aux

origines de l’histoire, se répandit partout et ne cessa jamais de se

faire sentir; mais, pour le monde occidental, leur découverte et leur

étude méthodique sont relativement récentes. «Il y a cinquante ans,

écrivait en 1875 Max Muller, il n’existait pas un lettré qui sût

traduire une ligne du Véda, une ligne du Zend-Avesta ou une ligne du

Tripitâka Bouddhique, sans parler des autres dialectes ou langages.»

Si les faits prenaient d’abord, dans les annales de l’homme, les

proportions qu’ils acquerront plus tard, la découverte de ces livres

sacrés eût probablement bouleversé l’Europe; car c’est sans nul doute

l’événement spirituel le plus important qui s’y soit produit depuis le

christianisme. Mais il est rare qu’un événement spirituel ou moral se

répande rapidement dans les masses. Il a contre lui trop de forces qui

ont intérêt à l’étouffer. Celui-ci demeura confiné dans un petit cercle

de savants et de philologues et atteignit même moins qu’il n’était

présumable les métaphysiciens et les moralistes. Il attend encore

l’heure de son expansion.

Le grand secret · 第 13 / 108 题