D’un vif éclat cette rose va luire,
Quand le matin la trempera de pleurs;
C’est votre image, alors qu’un doux sourire
Comme un rayon perce dans vos langueurs.
Sous la rosée, en inclinant ses charmes,
Elle enrichit ses parfums, ses couleurs;
Ainsi l’amour se nourrit dans les larmes,
Et ses plaisirs sont enfans des douleurs.
L’attachement qu’Adeline avait pour Théodore, l’avait engagée à refuser
plusieurs amans, que sa beauté, ses vertus et ses richesses lui avaient
attirés, et qui, quoiqu’ils fussent infiniment supérieurs en fortune au
fils de Laluc, ne le valaient certainement pas du côté de la famille et
du mérite.
Les différentes émotions tumultueuses que les derniers événemens avaient
suscitées dans le sein d’Adeline étaient maintenant calmées; mais la
mémoire de son père laissait toujours dans son esprit une teinte de
mélancolie que le temps seul pouvait effacer, et elle refusa de se
rendre aux pressantes sollicitations de Théodore, jusqu’à ce que le
temps qu’elle avait fixé pour porter le deuil fût expiré. La nécessité
de joindre son régiment obligea ce dernier de quitter Paris quinze jours
après y être arrivé; mais il emporta avec lui la promesse d’obtenir sa
main aussitôt qu’elle quitterait le deuil, et partit conséquemment assez
satisfait.
L’état précaire de M. Laluc était pour Adeline une source continuelle
d’inquiétude, et elle se détermina à accompagner M. Verneuil, amant
déclaré de Clare, à Montpellier, où Laluc s’était rendu aussitôt que son
fils avait été mis en liberté. Elle se préparait à entreprendre ce
voyage, lorsqu’elle reçut de son amie un compte très-satisfaisant de sa
santé; et, comme ses affaires exigeaient encore sa présence à Paris,
elle renonça pour le moment à ce dessein, et M. Verneuil partit seul.
Lorsque les affaires de Théodore eurent pris un aspect plus favorable,
M. Verneuil avait écrit à Laluc pour lui communiquer le secret de son
cœur au sujet de Clare. Laluc, qui admirait et estimait M. Verneuil, et
qui n’ignorait pas ses liaisons de famille, fut très-satisfait des
propositions de ce dernier: Clare dit qu’elle n’avait jamais vu personne
pour qui elle se sentît plus d’inclination; et M. de Verneuil avait reçu
une réponse favorable à ses désirs, et qui l’engageait à faire le voyage
de Montpellier.
Le retour de sa tranquillité et le climat de Montpellier firent, en
faveur de Laluc, tout ce que ses amis les plus sincères auraient pu
désirer, et il se porta à la fin assez bien pour aller rendre visite à
Adeline au château de Saint-Maur. Clare et M. Verneuil l’y
accompagnèrent; et la paix qui se fit ensuite entre le France et
l’Espagne permit bientôt à Théodore de rejoindre cette heureuse
compagnie. Quand Laluc, ainsi rendu à ce qu’il avait de plus cher,
réfléchissait aux maux auxquels il avait échappé, et contemplait la
félicité dont il allait jouir, son cœur s’épanouissait, et son visage
vénérable, couvert de l’expression du ravissement, offrait un parfait
tableau du siècle d’or.