Ce singulier professeur confondait toutes ses idées.
Sa question cingla le coeur de M. Herment qui se souleva de son fauteuil,
en s'appuyant sur les bras, et, avec un étincellement des yeux, presque
farouche:
--Non, balbutia-t-il, ce n'est pas le duc qui m'avait chargé de ce
devoir.
--Alors, veuillez m'expliquer...
M. Herment retomba dans son fauteuil, baissa la tête, et, la relevant
presque aussitôt, avec décision:
--Il faut bien que vous sachiez tout... je suis résolu à tout dire: je
ne suis pas seulement le premier maître de cette jeune fille... je suis
son père.
La confidence devenait fort intéressante.
M. Barbier, accoudé sur son bureau, caressait lentement sa bouche de son
doigt, pour y attirer des paroles sages; il réfléchissait.
A ce moment, on frappa légèrement à la porte, et un huissier apporta une
lettre qu'il tendit silencieusement au sous-secrétaire d'État.
C'était le rapport attendu. Le préfet de police s'excusait d'être un peu
en retard; mais les renseignements avaient été difficiles à prendre,
tant M. Herment vivait entouré de précautions et enveloppé de silence.
On avait pu faire causer une femme qui s'occupait de son ménage, et
voici ce qu'on avait recueilli.
«Herment n'est pas son nom. Il cache son nom véritable. Il reçoit peu de
visites. Il sort souvent, surtout depuis un mois. Il lui est arrivé de
rentrer fort tard, et quelquefois de ne rentrer que le matin. Les
voisines prétendent qu'il assiste à des conciliabules légitimistes. Il
occupe une petite chambre, au troisième, dans une maison meublée.
Quelques bijoux de famille font supposer qu'il avait autrefois une
grande fortune. Il a sur un cachet et sur une bague des armoiries. La
propriétaire est persuadée que c'est un grand seigneur qui se cache. Sa
femme de ménage a découvert, pendant la visite qu'un chanoine de
Notre-Dame a rendu un jour au prétendu M. Herment, qu'il est un prêtre
interdit; ce qui alarme sa conscience de dévote... On le saura tantôt.»