Sur la place du Louvre aujourd'hui agrandie et reconstruite, se trouve

l'église _Saint-Germain-l'Auxerrois_. Cette église a été bâtie, les

uns disent par Childebert et Ultrogothe en 580, les autres, avec plus

de raison, par Chilpéric Ier, en l'honneur de saint Germain, évêque de

Paris, dont le tombeau devait y être et n'y fut jamais transféré. On

l'appelait alors vulgairement Saint-Germain-le-Rond, à cause de sa

forme circulaire. Saint Landry, évêque de Paris, y fut enterré en 655.

Les Normands, pendant le siége de Paris, la prirent et la

fortifièrent; à leur départ, ils la laissèrent en ruines. Le roi

Robert la fit reconstruire, et, pour ne pas la confondre avec

Saint-Germain-des-Prés, on la nomma par erreur Saint-Germain-l'Auxerrois,

quoique saint Germain d'Auxerre n'ait rien de commun avec cette

église. C'était alors et elle resta longtemps l'unique paroisse du

nord de Paris. Au commencement du XIVe siècle, elle fut entièrement

rebâtie, et c'est de cette époque que datent sa façade, son porche,

ses clochers. L'église Saint-Germain était collégiale et n'est devenue

paroissiale qu'en 1744: son chapitre, très-puissant et très-riche,

nommait à six cures de Paris; à cause de son voisinage du Louvre et

des Tuileries, elle a pris une grande part aux événements de notre

histoire. Le fait le plus triste qu'elle rappelle est la

Saint-Barthélémy, dont le signal fut donné par sa grosse cloche. Elle

était ornée de sculptures de Jean Goujon, de tableaux de Lebrun, de

Philippe de Champagne, de Jouvenet, et surtout de monuments

funéraires. Il serait impossible d'énumérer les hommes célèbres qui y

ont été enterrés: dans la dernière restauration qu'elle a subie, la terre

qu'on remua sous les dalles de la nef et du choeur n'était pour (p.249)

ainsi dire composée que d'ossements et de cendres de morts, et il en

était de même de la terre du cloître. Nommons seulement les

chanceliers d'Aligre, Ollivier, de Bellièvre, la famille des

Phélippeaux, qui a fourni dix ministres, le poète Malherbe,

l'architecte Levau, le médecin Guy Patin, le peintre Stella, le

graveur Warin, l'orfévre Balin, les sculpteurs Sarrazin et Desjardins,

les deux Coypel, l'architecte d'Orbay, le géographe Sanson, le médecin

Dodart, Coysevox, madame Dacier, le comte de Caylus, etc. On sait

comment cette église fut horriblement dévastée le 13 février 1831;

elle a été restaurée avec autant de luxe que d'intelligence et rendue

au culte. C'est la paroisse du quatrième arrondissement.

L'église Saint-Germain-l'Auxerrois était entourée d'un cloître dont on

a formé plus tard la _place Saint-Germain_ et les rues des _Prêtres_

et _Chilpéric_, aujourd'hui en partie détruites; on y pénétrait de la

place du Louvre par une ruelle où se trouvait une maison dite du

Doyenné, occupée en 1599 par une tante de Gabrielle d'Estrées et où

celle-ci, subitement prise de convulsions dans un dîner chez Zamet, se

fit transporter et mourut. Elle fut ensuite occupée par le savant

Bignon, doyen de Saint-Germain, qui y recevait les érudits et les gens

de lettres.

Dans ce même cloître, rue des Prêtres, nº17, est le _Journal des

Débats_, qui date de 1789.

7º Rue de _Grenelle_, ainsi appelée de Henri de Guernelles, qui

l'habitait au XIIIe siècle. Dans cette rue était l'hôtel du président

Baillet, qui, en 1605, passa au duc de Montpensier, en 1612 au duc de

Bellegarde, en 1632 au chancelier Séguier, lequel l'enrichit de

peintures de Vouet, d'une belle bibliothèque et d'une chapelle. «Sous

ce nouveau propriétaire, dit Jaillot, protecteur éclairé des sciences,

des arts et des talents, cet hôtel devint le temple des Muses, l'asile

des savants et le berceau de l'Académie française; c'est là que le

chancelier a eu plus d'une fois l'honneur de recevoir Louis XIV (p.250)

et la famille royale, et qu'en 1656 la reine Christine de Suède honora

l'Académie de sa présence.» L'Académie française siégea dans l'hôtel

Séguier jusqu'en 1673. En 1699, les fermiers généraux achetèrent cette

maison avec ses dépendances et y établirent leurs bureaux et leurs

magasins: elle prit alors le nom d'hôtel des _Fermes_. «Là

s'engouffre, dit Mercier, l'argent arraché avec violence de toutes les

parties du royaume, pour qu'après ce long et pénible travail, il

rentre altéré dans les coffres du roi.» En 1792, l'hôtel des Fermes,

devenu propriété nationale, fut converti en maison de détention, puis

en théâtre; il a été ensuite partagé en plusieurs propriétés

particulières. Près de l'hôtel des Fermes se trouvait, dans le XVIe

siècle, l'hôtel du vidame de Chartres, où Jeanne d'Albret mourut le 9

juin 1572.

8º Rue _Pierre Lescot_.--Cette rue, qui n'existe plus, datait du XIIIe

siècle et se nommait Jean-Saint-Denis, nom qu'elle perdit en 1807 pour

prendre celui du chanoine de Paris qui a été le premier architecte du

Louvre. C'était, ainsi que les rues voisines de la _Bibliothèque_, du

_Chantre_, etc., une des plus tristes et des plus misérables de Paris:

ses maisons, étroites, humides, infectes, étaient occupées par des

auberges de bas lieu ou des maisons de prostitution, repaires immondes

d'où sortaient trop souvent des aventuriers, des gens sans aveu, des

repris de justice. Toutes ces rues ont été détruites pour l'achèvement

du Louvre et la continuation de la rue de Rivoli.

9º Rue _Saint-Thomas du Louvre_.--Cette rue, que nous ne nommons qu'à

cause de ses souvenirs historiques, puisqu'elle vient de disparaître

dans les démolitions faites pour achever le Louvre, commençait à la

place du Palais-Royal et se prolongeait autrefois jusqu'à la Seine.

Elle datait du XIIIe siècle et tirait son nom d'une église dédiée à

saint Thomas de Cantorbéry, qui fut fondée par Robert de Dreux, (p.251)

fils de Louis VI. Cette église, qui était sise au coin de la rue du

Doyenné, fut reconstruite en 1743 sous le nom de Saint-Louis et

renfermait le tombeau du cardinal Fleury. Elle fut consacrée au culte

protestant pendant la révolution et aujourd'hui est détruite. En face

de cette église était l'hôpital, le collége et l'église Saint-Nicolas,

qui furent supprimés en 1740.

Dans cette rue se trouvait le fameux hôtel Rambouillet, qui porta

successivement les noms d'O, de Noirmoutiers, de Pisani, et qui prit

celui de Rambouillet lorsque Charles d'Angennes, marquis de

Rambouillet, épousa Catherine de Vivonne, fille du marquis de Pisani,

et vint s'y établir. C'était une grande maison avec de beaux jardins,

décorée à l'intérieur avec une richesse pleine de goût, et qui

occupait l'emplacement d'une partie de la rue de Chartres, dans le

voisinage de la place du Palais-Royal; sa façade intérieure dominait

les jardins des Quinze-Vingts et de l'hôtel de Longueville, et avait

la vue sur le jardin de Mademoiselle ou la place actuelle du

Carrousel. Nous avons dit ailleurs (_Hist. gén. de Paris_, p. 62)

quelle célébrité il acquit dans le XVIIe siècle. Cet hôtel passa au

duc de Montausier par son mariage avec l'illustre Julie d'Angennes,

puis aux ducs d'Uzès. En 1784 il fut détruit, et l'on construisit sur

son emplacement une salle de danse dite Vauxhall d'hiver, qui devint

en 1790 le club des monarchiens et en 1792 le théâtre du Vaudeville,

détruit par un incendie en 1836.

A côté de l'hôtel Rambouillet était l'hôtel de Longueville, bâti par

Villeroy, ministre de Henri III; ce monarque l'habita et y reçut la

couronne de Pologne. Il appartint ensuite à Marguerite de Valois, puis

au marquis de la Vieuville, puis à la duchesse de Chevreuse, qui en

fit le chef-lieu de la Fronde: c'est là que se passèrent toutes ces

intrigues «où la politique et l'amour se prêtaient mutuellement des

prétextes et des armes,» et que le cardinal de Retz raconte avec (p.252)

tant de complaisance; c'est là qu'il venait passer une partie des

nuits avec mademoiselle de Chevreuse. «J'y allois tous les soirs,

dit-il, et nos vedettes se plaçoient réglément à vingt pas des

sentinelles du Palais-Royal, où le roi logeoit.» Cet hôtel, après

avoir appartenu à la maison de Longueville, fut vendu en 1749 aux

fermiers généraux, qui y établirent le magasin général des tabacs. On

y ouvrit, sous le Directoire, des salles de jeu et un bal qui n'était

fréquenté que par des femmes débauchées. Il est aujourd'hui détruit.

Dans la rue Saint-Thomas du Louvre ont demeuré: Voiture[60], qui avait

une maison voisine de l'hôtel de Rambouillet; la comtesse de Mailly,

maîtresse de Louis XV; le girondin Grangeneuve; le dantoniste Bazire,

etc.

[Note 60: «Fils d'un riche marchand de vins des halles, qui

n'avait rien épargné à le faire instruire.» (Guy Patin t. I,

p. 505.)]

10º Rue _Saint-Nicaise_. Cette rue, qui vient aussi de disparaître

dans la construction de la rue de Rivoli, avait été ouverte dans le

XVIe siècle sur l'emplacement des anciens murs de la ville, et elle se

prolongeait autrefois jusqu'à la galerie du Louvre en s'ouvrant vers

le milieu pour former le côté oriental de la place du Carrousel. On

sait que le crime du 3 nivôse détruisit ou ébranla la partie

septentrionale de cette rue et amena la démolition de la plupart de

ses bâtiments: il ne resta donc de cette partie que sept à huit

maisons voisines de la rue de Rivoli et aujourd'hui détruites[61].

Quant à la partie méridionale, elle fut entièrement démolie pour

agrandir la place du Carrousel. Cette rue, autrefois très-importante,

renfermait de nombreux hôtels: de Roquelaure ou de Beringhen, de

Coigny, d'Elbeuf, qui a été habité sous l'Empire par Cambacérès, etc.

Dans cette rue ont demeuré le conventionnel Duquesnoy, condamné à mort

à la suite des journées de prairial et qui se poignarda après sa (p.253)

condamnation; le poète impérial Esmenard, le naturaliste Lamétherie,

etc.

[Note 61: Voyez, dans le chapitre suivant, le palais des

Tuileries et la place du Carrousel.]

11° Rue du _Dauphin_.--C'était autrefois le cul-de-sac Saint-Vincent;

on lui donna le nom du Dauphin en 1744, parce que le fils de Louis XV

passa par cette rue pour aller à Saint-Roch remercier Dieu de la

guérison de son père. Cette rue, alors fort étroite, ouvrait une

communication très-importante avec la cour du Manège et le jardin des

Tuileries; aussi a-t-elle joué un grand rôle dans les journées

révolutionnaires, surtout au 13 vendémiaire: c'est là que Bonaparte

avait fait dresser sa principale batterie et qu'il mitrailla les

royalistes sur les marches de Saint-Roch. La rue du Dauphin prit alors

le nom de la Convention, qu'elle perdit en 1814 pour reprendre son

ancien nom. On l'a encore appelée du _Trocadero_ de 1825 à 1830.

12° Rue de _Castiglione_.--Nous avons dit que la rue de Castiglione a

été ouverte sur l'emplacement du couvent des Feuillants, d'après un

décret consulaire du 17 vendémiaire an X; mais les constructions ne

commencèrent qu'en 1812. Cette rue est composée, comme la rue de

Rivoli, de maisons ou plutôt de palais uniformes, avec une double

galerie à portiques.

13° Rue de _Luxembourg_, ouverte en 1722 sur l'emplacement de l'hôtel

de Luxembourg. Au n° 15 a demeuré Cambon, le célèbre financier de la

Convention, à qui l'on doit la création du grand livre de la dette

publique; au n° 21 a demeuré le conventionnel Romme, qui se poignarda

comme Duquesnoy après sa condamnation; au n° 27 a demeuré Casimir

Périer.

14° Rue _Saint-Florentin_.--C'est une rue peu ancienne et où néanmoins

se sont accomplis de graves événements. On l'appela d'abord le

_cul-de-sac de l'Orangerie_, et de chétives maisons y abritaient les

orangers des Tuileries. Une partie appartenait, en 1730, à Louis (p.254)

XV; une autre partie à Samuel Bernard. Ce cul-de-sac devint une rue,

en 1757, lorsque l'on construisit la place Louis XV, et il prit le nom

du comte de Saint-Florentin (Phélipeaux, duc de la Vrillière),

ministre de la maison du roi, qui y fit construire un vaste hôtel, où

il donna des fêtes dignes de sa frivolité. Cet hôtel appartint ensuite

au duc de l'Infantado, grand d'Espagne; il devint propriété nationale

et fut acquis en 1812 par l'ancien évêque d'Autun, Talleyrand-Périgord.

C'est là que cet homme, à qui l'on a attribué plus d'esprit,

d'importance et de rouerie qu'il n'en a eu réellement, a fait la

Restauration de 1814; c'est là qu'il est mort. L'hôtel Saint-Florentin

appartient aujourd'hui à un autre Samuel Bernard, M. de Rothschild, et

se trouve occupé par l'ambassade d'Autriche. Dans la rue

Saint-Florentin a demeuré Pétion.

§ II.

Le faubourg Saint-Honoré.

Ce faubourg, qui prenait dans sa partie supérieure le nom de _faubourg

du Roule_, n'a commencé à se couvrir de maisons que vers le milieu du

XVIIIe siècle; la partie supérieure était même, il y a moins de

cinquante ans, bordée entièrement de jardins et de cultures.

Aujourd'hui, c'est le quartier du monde riche, de la noblesse moderne,

des étrangers opulents. Ses vastes hôtels sont accompagnés de beaux

jardins qui donnent la plupart sur les Champs-Élysées. Il ne s'y est

passé aucun événement important. Le peuple n'a dans ces parages que

quatre à cinq pauvres rues; l'industrie n'y a point porté ses

merveilles et ses misères; enfin ses pavés n'ont jamais été remués par

l'insurrection. Au n° 3 demeurait le gén. Changarnier lorsqu'il fut

arrêté le 2 décembre. Au n° 30 a demeuré Guadet, l'une des gloires de

la Gironde. Au n° 31 est l'hôtel Marbeuf, qui a été habité par Joseph

Bonaparte et où est mort Suchet. Aux nº 41 et 43 est l'hôtel (p.255)

Pontalba, palais magnifique, bâti en partie sur l'emplacement de

l'hôtel Morfontaine. Au nº 49 est l'hôtel Brunoy, habité en 1815 par

le maréchal Marmont et plus tard par la princesse Bagration. Au nº 51

est mort Beurnonville, ministre de la guerre en 1793, maréchal de

France en 1816. Au nº 55 est l'hôtel Sébastiani, si tristement célèbre

par le meurtre de la duchesse de Praslin: c'est là qu'est mort le

maréchal Sébastiani. Au nº 90 est l'hôtel Beauvau, dans lequel est

mort en 1703 le marquis de Saint-Lambert, le poëte oublié des

_Saisons_, l'amant de madame Du Châtelet et de madame d'Houdetot, le

rival préféré de Voltaire et de Rousseau, dont il fut l'ami. Au nº 118

est mort en 1813 le mathématicien Lagrange.

Les édifices que renferme cette rue sont peu nombreux:

1º _Le palais de l'Élysée_.--C'était, dans l'origine, l'hôtel d'Évreux,

bâti par le comte d'Évreux en 1718. Madame de Pompadour l'acheta,

l'agrandit et l'habita à peine pendant quelques jours. Louis XV en fit

le garde-meuble de la couronne jusqu'en 1773, où il fut vendu au financier

Beaujon, qui y prodigua les ameublements, les tableaux, les bronzes, les

marbres. En 1786, il fut acheté par la duchesse de Bourbon, dont il

prit le nom. Devenu propriété nationale, il fut loué à des

entrepreneurs de fêtes publiques, qui lui donnèrent le nom d'Élysée;

ses appartements furent alors transformés en salles de bal et de jeu.

En 1803, il fut vendu à Murat, qui le céda à Napoléon en 1808.

L'empereur aimait cette habitation, dont l'architecture est aussi

simple qu'élégante et dont les jardins sont magnifiques: il s'y retira

après le désastre de Waterloo; c'est là qu'il signa sa deuxième

abdication; c'est de là qu'il partit pour Sainte-Hélène. A la deuxième

Restauration, l'empereur de Russie en fit sa résidence; puis il fut

donné au duc de Berry. En 1830, il fut compris dans les domaines de la

liste civile. La Constitution de 1848 l'assigna pour résidence au

président de la République; et c'est là en effet qu'habita le (p.256)

prince Louis-Napoléon Bonaparte jusqu'à son élection au trône

impérial. Depuis cette époque on l'a restauré et agrandi

magnifiquement.

2º L'_église Saint-Philippe-du-Roule_, bâtie en 1769 et qui n'a rien

de remarquable.

3º L'_hôpital militaire du Roule_, établi depuis 1848 dans les

bâtiments des écuries du roi Louis-Philippe.

4º L'_hôpital Beaujon_, fondé en 1784 par le financier Beaujon pour

vingt-quatre orphelins, et transformé en hôpital général en 1795.

C'est un édifice solide, élégant, bien distribué, qui renferme quatre

cents lits.

5º La _chapelle Beaujon_.--Cette chapelle est tout ce qui reste de

l'habitation magnifique et voluptueuse que le financier Beaujon

s'était construite et dont les jardins s'étendaient jusqu'à la

barrière de l'Étoile. Ces jardins, vendus pendant la révolution,

devinrent publics, et l'on y donna des fêtes sous la Restauration.

Bâtiments et jardins sont aujourd'hui détruits et remplacés par un

quartier nouveau, dit de Chateaubriand. Dans une avenue de ce quartier

est mort le romancier Balzac.

Les rues principales qui aboutissent dans le faubourg Saint-Honoré

sont:

1º Rue des _Champs-Élysées_.--Au nº 4 ont habité successivement le

maréchal Serrurier, le maréchal Marmont, le conventionnel Pelet de la

Lozère, qui y est mort en 1841. Au nº 6 a demeuré Junot.

2º Rue de _la Madeleine_.--Au coin de la rue de la Ville-l'Évêque

était l'ancienne église de la Madeleine, qui datait de la fin du XVe

siècle et avait été reconstruite par les soins de mademoiselle de

Montpensier en 1660: elle a été détruite en 1792. Près de cette église

était le couvent des Bénédictines de la Ville-l'Évêque, fondé en 1613

par deux princesses de Longueville.

La rue de la _Ville-l'Évêque_ tire son nom d'une ferme que les (p.257)

évêques de Paris possédaient depuis le XIIIe siècle. Dans cette rue

ont demeuré Fabre d'Églantine et Amar. Au nº 4 demeure M. Guizot; au

nº 44 M. de Lamartine.

3º Rue d'_Anjou_.--Au nº 6 est mort La Fayette le 20 mai 1834. Au nº

15 est mort Benjamin Constant. Au nº 19 a demeuré l'ex-capucin Chabot,

qui périt avec Danton. Au nº 27 était l'hôtel du marquis de Bouillé,

si célèbre par la fuite de Louis XVI; il fut ensuite habité par l'abbé

Morellet et par le marquis d'Aligre. Au nº 28 était la maison de

Moreau, qui, après le jugement de ce général, fut achetée par Napoléon

et donnée par lui à Bernadotte, «comme si, dit Rovigo[62], cette

maison n'eût pas dû cesser d'être un foyer de conspiration contre

lui.» Au nº 48 était le cimetière de la Madeleine. C'est là que furent

inhumées les victimes de la catastrophe du 30 mai 1770, celles du 10

août, Louis XVI et Marie-Antoinette, enfin les nombreux suppliciés sur

la place Louis XV. Au mois de janvier 1815, des fouilles furent faites

dans ce cimetière: l'on retrouva quelques restes du roi et de la

reine, que l'on transporta à Saint-Denis, et l'on construisit sur cet

emplacement un vaste monument funéraire avec une _chapelle

expiatoire_.

[Note 62: _Mém._, t. II, p. 98.]

Dans la rue d'Anjou débouche la rue _Lavoisier_, où est morte Mlle

Mars.

4º Rue de _Monceaux_.--A l'extrémité de cette rue, entre les rues de

Chartres, de Valois et le mur d'enceinte, se trouve un vaste jardin

construit en 1778 par le duc d'Orléans, sur les dessins de Carmontel,

et avec d'énormes dépenses. Il est rempli de curiosités, d'objets

d'art et d'arbres rares. En 1794, il fut exploité comme jardin public,

et l'on y a donné des fêtes jusqu'en 1801. Sous l'Empire, il fut placé

dans le domaine de la couronne et rendu, en 1814, à la famille

d'Orléans. Ce délicieux séjour est le dernier des grands jardins (p.258)

qui existaient autrefois dans Paris. Il a été en 1848 le chef-lieu des

ateliers nationaux.

CHAPITRE XI.

LA RUE DE RIVOLI, LE LOUVRE, LES TUILERIES, LA PLACE DE LA CONCORDE ET

LES CHAMPS-ÉLYSÉES.

§ Ier.

La rue de Rivoli.

La rue de _Rivoli_ forme aujourd'hui la plus belle et la plus longue

rue de Paris, et par l'avenue des Champs-Élysées, d'une part, par la

rue et le faubourg Saint-Antoine d'autre part, elle unit la barrière

de l'Étoile à la barrière du Trône, distantes de près de 8 kilom. Elle

date de deux époques. La première partie, de la place de la Concorde à

la rue de l'Échelle, a été décrétée en 1802 et commencée en 1811. Elle

a été ouverte sur l'emplacement des anciennes écuries du roi, de la

cour du Manège, d'une partie des couvents des Feuillants, des Capucins

et de l'Assomption. Elle borde magnifiquement le jardin des Tuileries.

On y remarque le ministère des finances, vaste bâtiment compris entre

quatre rues et dont la construction a coûté plus de 10 millions. La

deuxième partie, de la rue de l'Échelle à la place Birague, date de

1851, et a été achevée en moins de cinq ans; elle a absorbé ou détruit

les rues Saint-Nicaise, de Chartres, Saint-Thomas-du-Louvre,

Froidmanteau, Pierre Lescot, etc., dont nous avons parlé dans la rue

Saint-Honoré. Après avoir bordé le Louvre, elle coupe successivement

les rues de l'Arbre-Sec, du Roule, Saint-Denis, le boulevard de

Sébastopol, la rue Saint-Martin; elle longe la place de

l'Hôtel-de-Ville et va se confondre, vers la place Birague, avec la

rue Saint-Antoine. De la place de la Concorde à la place du Louvre

elle est composée de maisons uniformes, d'une architecture simple et

peu gracieuse, avec galeries et portiques. Les monuments qu'elle borde

à partir de la place Birague, sont la caserne Napoléon,

l'Hôtel-de-Ville et la tour Saint-Jacques-la-Boucherie, monuments (p.259)

dont nous avons déjà parlé, puis le Louvre et les Tuileries.

§ II.

Le Louvre.

L'origine du Louvre est inconnue. On croit qu'il existait dans ce

lieu, vers le VIIe siècle, un édifice royal qui, détruit par les

Normands, fut reconstruit par Hugues Capet. Philippe-Auguste le

rebâtit presqu'entièrement et en fit un château-fort destiné à fermer

la rivière et à contenir Paris. Ce château occupait, sur une longueur

de soixante-deux toises, l'espace compris entre la Seine et la place

de l'Oratoire, et, sur une largeur de cinquante-huit toises, l'espace

compris entre le milieu de la cour actuelle du Louvre et le

prolongement de l'ancienne rue Froidmanteau. Sa façade orientale

achevait le mur d'enceinte, qui se terminait par la tour _qui fait le

coin_, en face de la tour de Nesle. La porte principale était à peu

près au milieu de la grande cour actuelle, et en face d'elle s'ouvrait

une rue, dite Jehan-Éverout, qui aboutissait devant l'église

Saint-Germain-l'Auxerrois. Une autre porte se trouvait près de la

rivière. Dans l'intérieur était une cour de trente-quatre toises de

long sur trente-trois de large, au milieu de laquelle s'élevait la

_grosse tour_, qui avait treize pieds d'épaisseur, cent

quarante-quatre de circonférence, et quatre-vingt-seize de hauteur.

Cette tour, si fameuse dans notre histoire, était entourée d'un fossé

et communiquait avec le château par une galerie de pierre; elle

renfermait plusieurs chambres où logèrent d'abord les rois et qui

furent ensuite converties en prisons. Là furent renfermés Ferrand,

comte de Boulogne, fait prisonnier à Bouvines, le comte Guy de

Flandre, Enguerrand de Marigny, Charles-le-Mauvais, etc. Les bâtiments

qui entouraient la grande cour étaient de massives constructions

appuyées sur vingt fortes tours et surmontées de tourelles de diverses

formes; ils renfermaient, outre de grandes salles, une chapelle, (p.260)

un arsenal, des magasins de vivres, etc.

Bien que le château du Louvre fût le symbole de la suzeraineté des

rois de France, il fut rarement habité par eux. Le mariage de Henri V

d'Angleterre avec la fille de Charles VI y fut célébré. Charles-Quint

y logea pendant son séjour à Paris. A cette époque, François Ier avait

commencé à faire démolir la grosse tour et une partie du château, et à

faire construire sur leur emplacement, d'après les dessins de Pierre

Lescot, un palais moderne qu'on appelle aujourd'hui le _vieux Louvre_

et qui est l'expression la plus brillante et la plus complète de la

renaissance française. Ce palais consistait uniquement en deux

pavillons unis par une galerie et qui sont aujourd'hui le pavillon de

l'Horloge et le pavillon voisin de l'ancienne entrée du musée. La

façade orientale est très-riche et ornée à profusion de sculptures de

Jean Goujon et de Pierre Ponce: c'était celle de la cour d'honneur; la

façade occidentale était très-simple et presque nue, comme devant

donner sur les cours de service, et elle est restée dans cet état

jusqu'en 1857. Tout l'intérieur fut splendidement décoré par les mêmes

artistes, principalement l'escalier dit de Henri II et la grande salle

où l'on admire les cariatides de Jean Goujon. Quant aux parties de

l'ancien château féodal qui ne gênaient pas le palais moderne, elles

furent conservées et ne disparurent entièrement que sous Louis XIV.

Histoire de Paris depuis le temps des Gaulois jusqu'à nos jours - II · 第 20 / 31 段