3º La rue de _Picpus_ est célèbre par ses établissements charitables

ou religieux. Au nº 8 est la maison hospitalière d'Enghien, fondée par

la duchesse de Bourbon en 1819 et qui renferme cinquante lits. Aux nº

15, 17 et 19 se trouvait le couvent des chanoinesses, dites de

Notre-Dame-de-Lépante, fondé en 1647, et dont une partie est occupée

par la congrégation des Dames du Sacré-Coeur. Dans le cimetière de

cette maison, qui servit de prison pendant la terreur, furent inhumées

les cinq cent vingt victimes, suppliciées à la place de la Bastille et

à la barrière du Trône. Il fut concédé par l'empereur aux familles de

ces victimes, qui seules ont le droit d'y être enterrées. C'est là

qu'est la sépulture de La Fayette. Au nº 23 est la maison mère (p.101)

des Dames de la congrégation de la Mère de Dieu. Au nº 37 se trouvait

le couvent des Franciscains réformés, fondé en 1601 et regardé comme

le chef-lieu de l'ordre. L'église renfermait les tombeaux du cardinal

Duperron, du maréchal de Choiseul, etc.

4º La rue de la _Roquette_ renfermait: 1º l'hôtel des chevaliers de

l'arbalète et de l'arquebuse, compagnie royale dont les priviléges

furent donnés par Louis VI et confirmés par tous les rois jusqu'à

Louis XVI; 2º l'hôtel de _Bel-Esbat_, qui appartenait à Henri III, et

où, en 1588, il faillit être enlevé par les ligueurs. Cet hôtel fut

transformé, en 1636, en couvent des Hospitalières de la

Charité-Notre-Dame, lequel renfermait un hospice pour les vieilles

femmes. Il est aujourd'hui détruit, et à sa place on a construit en

1836 deux vastes bâtiments qui, sans doute, ont été placés l'un en

face de l'autre pour faire image et comme enseignement philosophique:

l'un est le _Pénitencier des jeunes détenus_, l'autre le _Dépôt des

condamnés_. Ces deux prisons, dites _modèles_ et remarquables en effet

par leur construction, ont coûté près de quatre millions. Sur la place

qui les sépare se font les exécutions criminelles.

La rue de la Roquette conduit au _cimetière de l'Est_ ou du

Père-Lachaise. Sur l'emplacement de ce cimetière il y avait, dans le

XVe siècle, une maison de campagne appartenant à un épicier de Paris

et qu'on appelait la Folie-Régnault. Elle fut achetée par les Jésuites

de la rue Saint-Antoine en 1626, prit le nom de Mont-Louis et fut

habitée et embellie par le père Lachaise, confesseur de Louis XIV. En

1763, on la vendit, et en 1804 la ville de Paris l'acheta pour y

établir un cimetière. C'est la plus vaste nécropole de Paris et la

plus heureusement située; du riant coteau qu'elle occupe, on découvre

une grande partie de la ville et des campagnes voisines; son sol

accidenté, coupé de ravins, de plateaux, de belles allées, de sentiers

sinueux, couvert d'arbres, d'arbustes, de fleurs, où se pressent (p.102)

les monuments sépulcraux, chapelles, pyramides, pierres, croix de

bois, est une promenade pittoresque où rien n'inspire la tristesse, où

l'on pourrait croire, aux inscriptions placées sur les tombes, que la

population de Paris est la plus vertueuse du globe. Là se voient le

tombeau d'Abeilard et d'Héloïse, bijou gothique dont la place était

dans une église et non en plein air[33], les sépultures de Molière et

de La Fontaine, de Delille, de Boufflers, de Parny; les monuments de

Masséna, de Gouvion-Saint-Cyr, de Foy, de Périer, etc. La mode, qui se

mêle de tout, a fait de ce cimetière, destiné aux quartiers les plus

populeux de Paris, le rendez-vous mortuaire de toutes les

illustrations.

[Note 33: Ce tombeau, qui est sans cesse orné de couronnes

d'immortelles, n'est pas le tombeau du Paraclet, où furent

enterrés les deux époux. Il a été composé de toutes pièces

par Alex. Lenoir, avec les débris du cloître du Paraclet, et,

lui-même, y a déposé les ossements des célèbres amants. Les

figures couchées sur le tombeau sont des statues du XIIIe

siècle, auxquelles le statuaire Desenne a ajouté des têtes

modelées d'après les crânes des deux époux.]

5º La rue de _Charonne_ est une voie aussi populeuse, aussi

industrielle, aussi pauvre que la rue du Faubourg-Saint-Antoine. C'est

là surtout qu'on trouve ces vastes cours habitées par des centaines de

familles, où, de la cave au grenier, toutes les chambres sont de

petits ateliers d'ébénisterie. Cette rue renferme ou renfermait

plusieurs couvents: au nº 86 est le couvent des Filles de la Croix, de

l'ordre de Saint-Dominique, établi en 1641; les bâtiments n'ayant pas

été aliénés pendant la révolution, ils ont été rendus à ces religieuses

en 1817. Au nº 88 était le couvent de la Madeleine de Trainel, fondé en

1654; l'abbesse de Chelles, fille du régent, s'y retira pour s'y occuper

de théologie, de chimie et d'histoire naturelle; elle y mourut en 1743.

C'est là qu'est mort aussi le chancelier d'Argenson. Au nº 97 était le

prieuré de Notre-Dame-de-Bon-Secours, l'asile ordinaire des femmes

séparées de leurs maris. Il fut transformé sous l'empire en une (p.103)

filature de coton dirigée par l'illustre Richard Lenoir et que les

événements de 1814 ruinèrent complètement. Napoléon visita plusieurs

fois cet établissement et y assista à une grande fête. Il fut en 1846

transformé en hôpital, et aujourd'hui est détruit. Une rue a été ouverte

sur son emplacement.

Près de la rue de Charonne est l'église paroissiale du huitième

arrondissement, _Sainte-Marguerite_. On y remarque une descente de

croix de Girardon et un monument élevé à la mémoire du fils de Louis

XVI, lequel fut enterré dans le cimetière de cette église.

Dans la rue de Charonne débouche le passage _Vaucanson_, qui a été

ouvert en 1840 sur l'emplacement de l'hôtel Mortagne, où demeurait

l'illustre mécanicien. Dans cet hôtel était une collection de cinq

cents machines léguée en 1782 au gouvernement par Vaucanson, et qui a

été plus tard le noyau du Conservatoire des arts et métiers.

6º Nous n'avons rien à dire de la rue _Montreuil_, si ce n'est qu'elle

conduit à un village célèbre par ses fruits, et qu'elle possède une

caserne.

CHAPITRE II.

LA VIEILLE-RUE-DU-TEMPLE, LE MARAIS ET LA RUE DE MÉNILMONTANT.

La _Vieille-Rue-du-Temple_ commence à la place Baudoyer et finit au

boulevard du Temple sous le nom de _Filles-du-Calvaire_. C'est une rue

étroite et mal bâtie dans sa partie inférieure, large et belle dans sa

partie supérieure. La partie inférieure est très-ancienne, car elle

était déjà dite _vieille_ au XIIIe siècle; la partie supérieure n'a

été bâtie que dans le XVIe: ce n'était, avant cette époque, qu'un

chemin à travers champs et appelé de la _Coulture-du-Temple_ ou de la

_Coulture-Barbette_; les noms des rues voisines de l'_Oseille_ et (p.104)

du _Pont-aux-Choux_ indiquent quelle était la nature de ces champs.

Comme la Vieille-Rue-du-Temple ne menait à aucun monument religieux,

comme elle n'avait pas de porte sur le rempart de Charles VI, comme

elle ne se prolongeait par aucun faubourg, elle n'a joué qu'un rôle

très-médiocre dans l'histoire de Paris, excepté dans sa partie

inférieure, où il y avait une porte de l'enceinte de Philippe-Auguste,

dite porte Barbette, située près de la rue des Francs-Bourgeois. Nous

avons dit ailleurs que l'hôtel voisin de cette porte, et qui lui avait

donné son nom, appartenait à Isabelle de Bavière, et que c'est en

sortant de cet hôtel que Louis, duc d'Orléans, en 1407, fut assassiné

par les satellites de Jean-Sans-Peur.

Aujourd'hui, la Vieille-Rue-du-Temple est la principale artère du

_Marais_. Ce quartier, le premier qui ait été régulièrement bâti,

était sous Henri IV, Louis XIII et le commencement du règne de Louis

XIV, le quartier de la noblesse; il devint plus tard celui de la

magistrature, de la bourgeoisie retirée du commerce, et il prit de

cette population paisible une renommée de calme et de placidité, mais

aussi de sottise et d'ennui, qu'il n'a pas encore complètement perdu.

«Là règne, disait Mercier en 1784, l'amas complet de tous les vieux

préjugés.» Cependant, depuis trente ans, le Marais a changé d'aspect;

c'est toujours un quartier bien aéré et bien bâti; mais il a été

envahi par les fabriques soit du faubourg Saint-Antoine, soit du

quartier Saint-Martin, qui se trouvaient trop pressées dans ces deux

grands centres de l'industrie parisienne, et, de jour en jour, son

ancienne population est obligée de s'en éloigner.

On trouve dans la Vieille-Rue-du-Temple:

1° Le _Marché des Blancs-Manteaux_.--Sur l'emplacement de ce marché se

trouvait, au XVIe siècle, l'hôtel d'Adjacet, qui appartenait à l'un

des favoris de Henri III; il passa au marquis d'O, autre favori du

même roi, fut vendu en 1655 et devint le couvent des _Hospitalières de

Saint-Anastase_. Ce couvent fut supprimé en 1790, et, sur ses (p.105)

débris, a été construit en 1813 le marché des Blancs-Manteaux.

2° L'_Imprimerie impériale_.--Elle est établie dans l'hôtel de

Strasbourg, qui fut construit en 1712 par le cardinal de Rohan et qui

communiquait avec l'hôtel de Soubise; cette imprimerie, fondée par le

connétable de Luynes et complétée par Richelieu, non pour le service

de l'État, mais uniquement dans l'intérêt des lettres, fut d'abord

placée au Louvre, puis à l'hôtel où est aujourd'hui la Banque de

France, enfin, en 1809, dans le bâtiment actuel. Ce n'est que depuis

1795 qu'elle est devenue l'imprimerie du gouvernement; elle occupe

trois à quatre cents ouvriers, cent vingt-cinq presses ordinaires et

dix presses mécaniques, et possède quarante-six alphabets des langues

d'origine latine, seize des autres langues de l'Europe et

cinquante-six des langues orientales.

Dans la Vieille-rue-du-Temple se trouvaient: l'hôtel d'Argenson, qui

fut habité par le fameux garde des sceaux; l'hôtel Le Pelletier, qui

fut habité par le prévôt des marchands, ministre sous Louis XIV, etc.

Dans la rue des _Filles-du-Calvaire_ se trouvait un couvent, chef-lieu

d'une congrégation, qui fut fondé en 1633 par le fameux P. Joseph, et

où l'on conservait le coeur du fondateur. Sur ses débris on établit,

en 1792, un théâtre qui a subsisté jusqu'en 1807 sous le nom de

Théâtre de la Vieille-Rue-du-Temple. La rue Neuve-Ménilmontant a été

ouverte sur son emplacement.

Voici les rues les plus remarquables qui débouchent dans la

Vieille-Rue-du-Temple:

1° Rue _Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie_.--«Sous le règne de saint

Louis, dit Saint-Foix, il n'y avait encore dans ce quartier que

quelques maisons éparses et éloignées les unes des autres. Renaud de

Brehan, vicomte de Podouse et de l'Isle, occupait une de ces maisons.

Il avait épousé, en 1225, la fille de Léolyn, prince de Galles et (p.106)

était venu à Paris pour quelque négociation secrète contre

l'Angleterre. La nuit du vendredi au samedi saint 1228, cinq Anglais

entrèrent dans son _vergier_, le défièrent et l'insultèrent. Il

n'avait avec lui qu'un chapelain et qu'un domestique; ils le

secondèrent si bien que trois de ces Anglais furent tués; les deux

autres s'enfuirent; le chapelain mourut le lendemain de ses blessures.

Brehan, avant que de partir de Paris, acheta cette maison et le

_vergier_, et les donna à son brave et fidèle domestique, appelé

Galleran. Le nom de _Champ-aux-Bretons_, qu'on donna au jardin à

l'occasion de ce combat, devint le nom de toute la rue.» Elle prit

celui de Sainte-Croix quand les religieux de ce nom vinrent s'y

établir en 1258. «Revint une autre manière de frères, dit Joinville,

qui se faisoient appeler frères de Sainte-Croix, et requistrent au roy

que il leur aidast. Le roi le fit voulentiers, et les hébergea en une

rue appellée le quarrefour du Temple, qui ores est appellée la rue

Sainte-Croix.» L'église, bâtie par Eudes de Montreuil, était petite et

d'une construction très-élégante; elle renfermait des tableaux

précieux et le tombeau de Barnabé Brisson, président du Parlement, qui

fut pendu par les Seize. Les chanoines de Sainte-Croix furent

supprimés en 1778; on détruisit leur couvent et leur église pendant la

révolution, et l'on établit sur leur emplacement des maisons

particulières et un passage qui aboutit rue des _Billettes_.

Cette rue, dite anciennement rue _où Dieu fust bouilli_, renfermait la

chapelle des _Miracles_, bâtie en 1302 sur l'emplacement de la maison

d'un juif qui fut brûlé pour avoir jeté, en 1298, dans une chaudière

d'eau bouillante une hostie consacrée, laquelle était conservée en

l'église de Saint-Jean-en-Grève. A la chapelle fut adjoint un couvent

d'hospitaliers ou frères de la Charité-Notre-Dame, auxquels

succédèrent en 1632 des Carmes. Alors, l'on remplaça la chapelle par

une église qui fut entièrement reconstruite en 1754, et dont le (p.107)

portail est d'une élégante simplicité. Cette église est devenue,

depuis 1812, le _temple des protestants de la confession d'Augsbourg_.

Les restes de Papire Masson et le coeur d'Eudes de Mézeray y ont été

déposés.

La rue des Billettes a pour prolongement la rue de l'_Homme-Armé_,

qui, comme le Champ-aux-Bretons, doit probablement son nom à Renaud de

Brehan. Dans cette rue était, dit-on, la maison de Jacques Coeur.

2º Rue des _Rosiers_.--A l'angle que cette rue fait avec celle des

Juifs se trouvait une statue de la sainte Vierge, qui fut mutilée en

1528. Ce fut l'occasion de persécutions contre les protestants.

François Ier vint lui-même en grand pompe remplacer l'image de pierre

par une image d'argent. Celle-ci fut volée en 1545 et remplacée par

une statue de pierre, qui existait encore en 1789.

3º Rue des _Francs-Bourgeois_.--Elle date du XIIIe siècle et portait

d'abord le nom de _Vieilles-Poulies_; elle prit son nom actuel d'un

hospice fondé en 1350 pour vingt-quatre bourgeois pauvres, et qui

n'existait plus au XVIe siècle. Une partie de l'hôtel Barbette bordait

cette rue, et il en reste la tourelle qui fait le coin de la

Vieille-Rue-du-Temple. Au nº 7 était l'hôtel du maréchal d'Albret, qui

de 1650 à 1670, fut un autre hôtel de Rambouillet pour la quantité de

beaux esprits qui s'y réunissaient; c'était la maison que fréquentait

d'ordinaire madame Maintenon après son veuvage, et c'est là qu'elle

connut madame de Montespan. Au nº 13 était l'hôtel du chancelier Le

Tellier, et c'est là qu'il mourut en 1685. Au nº 21 était l'hôtel du

comte de Charolais, qui se rendit si fameux par ses cruautés et ses

débauches.

4º Rue de _Paradis_.--Cette rue, par laquelle se prolonge la rue des

Francs-Bourgeois, a pris une grande importance depuis qu'elle se

continue par la rue Rambuteau, dont nous parlerons plus tard. Elle

tire son nom d'une enseigne et renferme:

1. L'église de _Notre-Dame-des-Blancs-Manteaux_, dont l'origine (p.108)

remonte à des religieux mendiants, dits serfs de la vierge Marie, qui

s'établirent à Paris en 1258. «Revint, raconte Joinville, une autre

manière de frères qu'on appelle l'ordre des Blancs-Manteaux, et qui

requistrent au roy qu'il leur aydast qu'ils peussent demourer à Paris.

Le roy leur acheta une maison et viez places entour pour eux

hebergier, de lès la viez porte du Temple, assez près des tisserans.»

Cet ordre ayant été supprimé en 1274, le couvent fut donné aux

Guillelmites, et à ceux-ci succédèrent en 1618 les Bénédictins de

Saint-Maur. La maison et l'église furent reconstruites en 1684 par les

soins du chancelier Le Tellier, et c'est là que furent composés ces

trésors d'érudition qui sont la gloire de notre pays, l'_Art de

vérifier les dates_, la _Collection des historiens de France_, la

_Nouvelle diplomatique_, etc. «Personne n'ignore, dit Jaillot, combien

l'Église et l'État sont redevables aux Bénédictins: cette maison-ci en

a produit et en possède encore qui sont à jamais recommandables par

leurs vertus et leurs talents.» Ce monastère, dont il ne reste pas la

moindre trace, a été détruit en 1797, et sur son emplacement on a

ouvert en 1802 une rue dite des Guillelmites. L'église, qui n'a rien

de remarquable, a été conservée; c'est l'une des succursales du

septième arrondissement.

2. Le _Mont-de-Piété_, fondé en 1777, et dont les bâtiments furent

achevés en 1786. «Ce bureau général d'emprunt sur nantissement, fondé

uniquement, dit l'ordonnance de fondation, dans des vues de

bienfaisance,» est l'une des institutions qui témoignent le plus

tristement la gêne et la misère des classes populaires. De 1831 à

1845, il a prêté sur 19,382,000 articles une somme de 342,893,000

francs; les quatre cinquièmes des engagements ont été faits par des

ouvriers ou journaliers. En 1849, l'ensemble des articles engagés

s'est élevé à 1,135,000, et celui des sommes prêtées à 19,382,000

francs. En 1854, les articles engagés ont été au nombre de (p.109)

1,584,149, et les sommes prêtées se sont élevées à 28,201,835 fr.

3° L'hôtel _Soubise_, où sont les _Archives_ de l'État. Ce vaste hôtel,

qui occupe une grande partie de l'espace compris entre les rues du

Chaume, des Quatre-Fils et Vieille-du-Temple, est formé de: 1° l'hôtel

de Clisson, situé rues du Chaume et des Quatre-Fils, et bâti en 1383;

c'était, avons-nous dit dans l'_Histoire générale de Paris_, l'hôtel

de la Miséricorde, et l'on avait décoré de _M_ sa façade, pour

perpétuer l'outrage fait aux Parisiens. Après la mort du connétable,

il passa dans la maison de Penthièvre et fut acheté en 1553 par la

duchesse de Guise. On voit encore, outre ses grosses tourelles et ses

fortes murailles, son antique porte, qui sert d'entrée à l'École des

Chartes. 2° L'hôtel de Navarre, situé rue de Paradis, qui appartint

successivement aux maisons d'Évreux et d'Armagnac, fut confisqué sur

ce duc de Nemours que fit mourir Louis XI, passa à la maison de Laval

et fut acheté par la duchesse de Guise en 1556; 3° l'hôtel de la

Roche-Guyon, situé Vieille-Rue-du-Temple. C'est de ces trois hôtels et

de plusieurs autres maisons que le duc de Guise (celui qui fut

assassiné au siége d'Orléans), se fit l'immense palais qui joua un si

grand rôle dans les troubles de la Ligue. Cet hôtel resta dans la

maison de Lorraine jusqu'en 1697, où il fut acheté par le prince de

Soubise, qui le fit reconstruire presque entièrement et avec une

grande magnificence. Il devint propriété nationale en 1793, et en 1808

on y transporta les Archives de l'État.

L'Assemblée constituante, le 7 septembre 1789, avait décrété que les

pièces originales qui lui seraient adressées et la minute du

procès-verbal de ses séances formeraient un dépôt qui porterait le nom

d'_Archives nationales_. Ce dépôt, placé d'abord à Versailles, s'en

alla à Paris avec l'Assemblée, fut placé au couvent des Capucins et

s'enrichit des formes et des planches pour la confection des

assignats, des caractères de l'imprimerie du Louvre, des machines (p.110)

de l'Académie des Sciences, etc. La Convention nationale régularisa ce

dépôt par un décret du 7 messidor an II, et ordonna qu'on y

renfermerait, outre les papiers des assemblées nationales, les sceaux

de la République, les types des monnaies, les étalons des poids et

mesures, les traités avec les puissances étrangères, le titre général

de la fortune et de la dette publique, etc. Les archives, à la tête

desquelles était Camus, s'en allèrent avec la Convention aux

Tuileries, où elles furent logées à côté du comité de salut public,

puis au Palais-Bourbon avec le Corps-Législatif. Napoléon, le 6 mars

1808, leur attribua l'ancien hôtel Soubise, et toutes les archives des

pays conquis vinrent s'y entasser au nombre de 160,000 liasses. Ce

dépôt devint alors si considérable que, malgré des constructions

nouvelles, le vaste hôtel Soubise se trouva insuffisant, et que

Napoléon ordonna de bâtir pour les archives, entre les ponts d'Iéna et

de la Concorde, un immense palais qui devait avoir en capacité 100,000

mètres cubes, avec des jardins destinés à doubler l'établissement dans

la suite des temps. La chute de l'Empire empêcha l'exécution du

monument, et les étrangers vinrent, en pillant les archives,

débarrasser l'hôtel Soubise de son encombrement. On réorganisa cet

établissement en 1820, sous la direction du savant Daunou, et il est

aujourd'hui partagé en six sections qui renferment l'ancien trésor des

chartes, les archives domaniales, le dépôt topographique et 145,000

cartons, outre des curiosités historiques, telles que l'armoire de

fer, les clefs de la Bastille, le livre rouge, etc. Depuis quelques

années, on a fait des agrandissements énormes et des embellissements

pompeux à cet établissement, qui ressemble, avec sa grande porte

fastueusement décorée, ses colonnades, ses statues, à la demeure d'un

monarque; mais les riches salons où l'on entasse les vieux papiers,

les vérités cachées de notre histoire, sont à peu près inaccessibles

au vulgaire.

5° Rue _Barbette_, qui tire son nom de l'hôtel Barbette. Cet hôtel (p.111)

avait été bâti par Étienne Barbette, prévôt des marchands et maître de

la monnaie sous Philippe-le-Bel; il fut dévasté en 1306 dans une

émeute populaire. Il fut acheté par Charles VI et devint le _petit

séjour_ d'Isabelle de Bavière, qui en fit un lieu de plaisance et de

délices. (Voy. _Hist. gén. de Paris_, p. 31.) Au XVIe siècle, il

appartenait à la maison de Brézé, et comme femme de Louis de Brézé,

Diane de Poitiers possédait et habitait cet hôtel. A sa mort, on le

démolit et on ouvrit sur son emplacement les rues Barbette, des

Trois-Pavillons, qui a porté aussi le nom de Diane, etc.

6° Rue du _Perche_.--Elle renfermait un couvent de Capucins, fondé en

1622, par Athanase Molé, capucin, frère de Mathieu Molé. L'église

existe encore sous le vocable de Saint-François d'Assise: c'est une

des succursales du septième arrondissement. En face de la rue du

Perche est celle des _Coutures-Saint-Gervais_, où se trouve l'hôtel de

Juigné, l'un des plus magnifiques de Paris et qui est occupé par

l'École centrale des manufactures.

7° Rue des _Quatre-Fils_, ainsi nommée d'une enseigne. Dans la maison

n° 8, furent arrêtés, en 1804, le duc de Rivière et Jules de Polignac,

complices de la conspiration de Georges Cadoudal. Au n° 22, demeurait

madame Dudeffant, et c'est là qu'était ce salon si fréquenté par les

beaux esprits et les seigneurs du XVIIIe siècle, dont d'Alembert et

mademoiselle de l'Espinasse firent longtemps les honneurs.

8° Rue _Saint-Louis_.--Cette grande et belle rue, l'une des plus

régulières de Paris, a été bâtie sur une partie du jardin des

Tournelles; elle date du XVIIe siècle et était jadis remplie de grands

hôtels appartenant à la noblesse et à la magistrature: l'hôtel

d'_Ecquevilly_, qui a appartenu au chancelier Boucherat et à Claude de

Guénégaud, et qui existe encore; l'hôtel _Voisin_, où est mort, en

1717, le chancelier de ce nom; l'hôtel _Turenne_, qui avait été acheté

par l'illustre vainqueur des Dunes, et où il demeurait à l'époque (p.112)

de sa mort[34]; il fut vendu par son neveu le cardinal de Bouillon et

donné par la duchesse d'Aiguillon aux religieuses bénédictines du

Saint-Sacrement. Cet hôtel était au coin de la rue Saint-Claude: il

fut détruit avec le couvent des Bénédictines, et sur son emplacement

on a bâti récemment l'église _Saint-Denis-du-Saint-Sacrement_, qui est

une des succursales du huitième arrondissement. Cette église est un de

ces petits temples païens dont l'art moderne reproduit invariablement

le type stérile et dont on peut faire au besoin un théâtre, un hospice

ou une prison.

[Note 34: «Jamais un homme n'a été regretté si sincèrement:

tout ce quartier où il a logé, et tout Paris et tout le

peuple étaient dans le trouble et dans l'émotion.» (Mme de

Sévigné, _Lettre du 31 juillet 1675_.)]

Parmi les rues qui débouchent dans la rue Saint-Louis, nous

remarquerons celle des _Minimes_. Dans cette rue était le couvent des

Minimes, fondé en 1609 par Marie de Médicis sur une partie du jardin

des Tournelles, et qui a produit des théologiens et des savants, entre

autres le P. Mersenne, l'ami de Descartes et de Gassendi. L'église,

dont le portail avait été construit par François Mansard, ne fut

terminée qu'en 1679: elle était richement décorée et renfermait les

tombeaux du duc d'Angoulême, bâtard de Charles IX, de la famille

Colbert de Villarceaux, du duc de la Vieuville, d'Abel de

Sainte-Marthe, etc. Cette église a été détruite en 1798. Les bâtiments

du couvent servent de caserne.

Histoire de Paris depuis le temps des Gaulois jusqu'à nos jours - II · 第 8 / 31 段