larges chaussées de pierre qui forment au fleuve deux barrières
infranchissables, et sur lesquelles se dressent deux rangées, tantôt
de palais superbes, tantôt d'antiques maisons qui tirent de leur
situation, de l'espace et du grand air un aspect monumental. Les quais
datent à peine de deux siècles; la plupart ont même été construits ou
refaits depuis cinquante ans. Nos pères pardonnaient à la Seine ses
caprices, ses colères, ses inondations, pourvu qu'ils pussent jouir
sur ses bords de la fraîche verdure des roseaux et des saules; leurs
bateaux si pleins, si nombreux, venaient aisément y aborder; leurs
maisons, leurs moulins y baignaient leurs pieds; leurs tanneries,
leurs mégisseries, leurs blanchisseries y trempaient les mains à
plaisir. La Seine était alors plus que de nos jours, importante et (p.040)
chère aux Parisiens, quand la ville était ramassée sur ses bords et
dans ses îles, quand chacun avait sa part de ses eaux et de ses
bienfaits, quand elle était, faute de grands chemins, la route unique
du commerce. Aussi ne voulait-on pas s'en éloigner, et, comme si
l'espace manquait, on pressait les unes sur les autres les rues
voisines de la rivière; on élevait les maisons qui les bordaient à des
hauteurs prodigieuses; on couvrait même les ponts de constructions, et
c'étaient les habitations les plus chères, les plus élégantes, les
plus fréquentées de la ville. Emprisonner dans des murailles le fleuve
nourricier eût paru aussi étrange qu'inutile: aussi l'on se contenta
pendant longtemps de lui bâtir, dans les endroits ou il prenait trop
de liberté, quelques _palées_ ou rangées de pieux, quelques estacades
en bois; ainsi en était-il au port de la Grève, au port Saint-Landry,
au port du Louvre, où abordaient les _naulées_ de vins, de grains, de
bois, de fruits. Mais quand la population eut augmenté, quand les
industries qui se servaient de la rivière eurent fait de ses bords un
cloaque de boues et d'ordures, quand les inondations eurent enlevé
vingt fois, trente fois, les ponts et les maisons de ses rives, on
commença à construire de véritables quais.
Sous Philippe-le-Bel, le terrain situé entre le couvent des Augustins
et la rivière était bas, planté de saules et souvent inondé, bien que
dans l'été il fût un lieu de rendez-vous et de plaisirs. Le roi
ordonna de détruire les saules et de construire une grande levée, ce
qui fut exécuté en 1313; et ce quai, dit des _Augustins_, fut le
premier qui fut construit dans Paris. Le deuxième fut probablement le
quai de la _Mégisserie_. Le terrain de ce quai allait jadis en pente
douce jusqu'à la rivière, et il contenait les basses-cours et les
jardins de la rue Saint-Germain-l'Auxerrois; là était aussi le port au
sel. Sous Charles V, on remblaya le terrain, qui fut garni d'un talus
de maçonnerie, et il devint le quai de la _Saunerie_, dit plus (p.041)
tard de la Mégisserie, à cause des métiers qui vinrent s'y établir. Dans
l'endroit le plus profond de ce quai, appelé _Vallée de misère_, se
tenait le marché à la volaille, et dans le voisinage du Châtelet était
le Parloir-aux-Bourgeois, avant qu'il fût établi sur la place de
Grève. Vers le XVIe siècle, ce quai fut appelé de la Ferraille, à
cause des nombreux étalages de marchands de fer qu'on y voyait encore
il y a quelques années; c'était aussi un marché de vieille friperie,
dont les échoppes étaient tenues par les pacifiques soldats du guet.
Sous Charles V, on bâtit encore, depuis la place de Grève jusqu'à
l'hôtel Saint-Paul, une levée plantée d'arbres, qu'on appela le quai
des _Ormes_. Sous François Ier, on répara les quais des Ormes et de la
Saunerie; on prolongea jusqu'à la rue de Hurepoix celui des Augustins,
qui fut bordé de beaux hôtels; on commença le quai du _Louvre_ et
celui de l'_École_, ainsi appelé de l'école Saint-Germain-l'Auxerrois;
on fit des abreuvoirs et des rampes qui descendaient des rues voisines
au-dessous des maisons bordant la rivière: la plus fameuse de ces
rampes était celle de l'abreuvoir _Popin_, qui a subsisté jusqu'à nos
jours; elle tirait son nom d'une famille parisienne très-riche et
très-ancienne, et dont un des membres fut prévôt des marchands sous
Philippe-le-Bel.
La fondation du couvent des Minimes de Chaillot, sur l'emplacement
d'un manoir cédé par Anne de Bretagne, amena, sous Henri II, la
création du quai des _Bons-Hommes_ situé alors hors de la ville. Les
quais jouèrent un rôle sanglant pendant les guerres religieuses: c'est
là que furent traînées les victimes de la Saint-Barthélémy pour être
jetées à la rivière. On lit, à ce sujet, dans les comptes de
l'Hôtel-de-Ville: «Des charrettes chargées de corps morts, damoisels,
femmes, filles, hommes et enfants, furent menées et déchargées à la
rivière. Les cadavres s'arrêtèrent partie à la petite île du Louvre,
partie à celle Maquerelle, ce qui mit dans la nécessité de les (p.042)
tirer de l'eau et de les enterrer pour éviter l'infection[18].» Les
quais et les ponts virent les barricades de 1588 et les processions de
la Ligue; c'est par la Seine et les quais que Henri IV se rendit
maître de Paris; c'est par les quais et les ponts que commencèrent les
barricades de 1648.
[Note 18: On y lit encore: «Aux fosseyeurs des
Saints-Innocents, 20 livres, à eux ordonnées par les prévôt
des marchands et échevins, par leur mandement du 13 septembre
1572, pour avoir enterré, depuis huit jours, onze cents corps
morts, ès environs de Saint Cloud, Auteuil et Chaillot.»]
Sous Henri IV et sous Louis XIII, la construction des quais continua
avec plus d'activité. Outre ceux de la Cité et de l'île Saint-Louis,
on bâtit le quai de l'arsenal par les soins de Sully, le quai
_Malaquais_ par les soins de Marguerite de Valois.
Au commencement du XVIIe siècle, le terrain qui est entre le
Pont-au-Change et le pont Notre-Dame allait en pente jusqu'à la
rivière et n'était couvert que de tas d'immondices et de hideuses
baraques où étaient la tuerie et l'escorcherie de la ville. En 1641,
le marquis de _Gesvres_ obtint la concession de ce terrain, et il y
bâtit un quai porté sur arcades et ayant parapet, qui n'avait que neuf
pieds de large et était bordé de maisons derrière lesquelles s'ouvrait
une rue parallèle, dite aussi de Gesvres. Quelques années après, on
couvrit le parapet de petites boutiques avec des étages en saillie sur
la largeur du quai, et celui-ci ne fut plus qu'un passage couvert
entre les deux ponts. En 1786, on détruisit les boutiques et les
maisons, et la rue de Gesvres fut confondue avec le quai, qui fut mis
plus tard à l'alignement des quais de la Mégisserie et Lepelletier.
Mazarin fit faire le quai des _Théatins_ (quai Voltaire), ainsi appelé
d'un couvent, aujourd'hui détruit, le quai des _Quatre-nations_,
devant le collége de ce nom, et qui était fastueusement orné de
balustrades et de sculptures. En 1662, la ville fit faire, «depuis le
bout du Pont-Neuf jusques à la porte de Nesle,» le quai de (p.043)
_Nesle_, aujourd'hui Conti; en 1673, elle ordonna aux teinturiers et
tanneurs de la Grève d'aller s'établir au faubourg Saint-Marcel, et le
quai _Lepelletier_, qui doit son nom au prévôt des marchands, depuis
ministre des finances, fut construit[19]; on le ferma avec des grilles,
ainsi que le quai de Gesvres, à cause des riches marchands qui s'y
établirent. On commença aussi, sous Louis XIV, le quai des
_Tuileries_, chemin fangeux par lequel Henri III s'était jadis enfui
de Paris, et alors garni de cabarets de planches fréquentés par les
gardes-françaises; le quai de la _Conférence_, qui commençait à la
porte de même nom et bordait la promenade du Cours-la-Reine; le quai
de la _Grenouillère_, ainsi appelé des marais qui l'obstruaient ou des
cabarets où le peuple allait _grenouiller_; c'est aujourd'hui le quai
d'_Orsay_, qui n'a été achevé que sous l'Empire. Enfin, l'on agrandit
le quai de la Tournelle, ainsi appelé d'une tour de l'enceinte de
Philippe-Auguste, dont nous parlerons. Sous Louis XV et Louis XVI, on
ne fit point de quais nouveaux, mais on continua les anciens: on les
déblaya des maisons qui les obstruaient, et on les embellit de
monuments, parmi lesquels nous remarquerons seulement l'hôtel des
Monnaies, sur le quai Conti.
[Note 19: On vient de détruire toutes les maisons qui le
bordaient, afin de l'élargir et de le mettre en harmonie avec
les autres voies nouvelles qui avoisinent l'Hôtel-de-Ville.]
Les quais étaient alors plus vivants, plus fréquentés, plus
commerçants qu'ils ne le sont aujourd'hui, eu égard à la population.
Leurs nombreux ports étaient encombrés de marchandises: au port
Saint-Paul était le marché aux fruits et aux poissons; aux quai des
Ormes, le marché aux veaux; à la Grève, le foin, le blé, le charbon;
au port Saint-Nicolas, les bateaux venant du Havre et qui apportaient
les produits du Midi; au port de la Tournelle, les arrivages du bois,
du plâtre, de la tuile; au port Saint-Bernard, le marché aux vins, (p.044)
etc. Mais la partie de la Seine la plus tumultueuse et la plus gaie
était celle que bordaient les quais des Augustins et de Nesle, de la
Mégisserie et de l'École, débouchés du Pont-Neuf: là abondaient les
marchands de ferraille, de fleurs, d'oiseaux, les marionnettes et les
bêtes savantes, les bateleurs, les vendeurs d'images et de livres,
surtout les racoleurs, qui faisaient ce trafic de chair humaine plus
tard exploité par les assurances militaires.
Les quais ont eu leur part des journées révolutionnaires. C'est sur le
quai du Louvre que, le 10 août, se réunirent les bataillons des
faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marcel; c'est par là qu'ils
pénétrèrent dans le Carrousel. C'est par le Pont-Neuf, le quai
Voltaire et le Pont-Royal que, le 13 vendémiaire, les bataillons
royalistes du faubourg Saint-Germain s'avancèrent contre la Convention
et qu'ils furent dispersés par le canon de Bonaparte. C'est par les
quais que les combattants de 1830 ont enlevé l'Hôtel-de-Ville et le
Louvre, et plus d'une maison porte encore les traces de la bataille.
Les quais ont vu Louis XVI, après la prise de la Bastille, allant à
l'Hôtel-de-Ville, à travers deux haies de piques menaçantes; ils ont
vu les Parisiens marchant, au 5 octobre, sur Versailles, les fêtes
païennes de la Convention, les marches triomphales de l'Empire; ils
ont vu les canons des Prussiens braqués sur les ponts pendant le
pillage de nos musées; ils ont vu les cortéges de la Restauration et
la marche de Louis-Philippe vers l'Hôtel-de-Ville à travers les pavés
de Juillet; ils ont vu en 1848, les journées du 16 avril et du 15 mai,
enfin une partie de la bataille de juin.
C'est depuis la Révolution, c'est surtout depuis l'Empire que les
bords de la Seine ont pris une face toute nouvelle, que le fleuve a
été enfermé complètement dans son magnifique lit de pierres, que les
quais sont devenus une promenade continue de plusieurs lieues sur
chaque rive: alors ont été construits ou achevés, sur la rive (p.045)
droite, les quais de la _Rapée_, _Morland_, de la _Conférence_, de
_Billy_; sur la rive gauche, les quais d'_Austerlitz_, _Saint-Bernard_,
_Montebello_, d'_Orsay_, des _Invalides_, etc. La Restauration et le
gouvernement de 1830 ont continué ces travaux si nobles, si utiles,
qui donnent à la capitale un aspect unique parmi toutes les villes du
monde, et Paris se vante à juste titre d'avoir, dans les quais de la
Seine, un monument qui, par son caractère de solidité et de grandeur,
peut rivaliser avec ceux des Romains.
Les principaux édifices ou monuments publics qui se trouvent ou se
trouvaient sur les quais sont:
Sur la rive droite:
1º L'_Arsenal_, sur le quai Morland. Dès le XIVe siècle, la ville
avait établi, dans un terrain dit le Champ-au-Plâtre et situé entre la
Bastille et le couvent des Célestins, des granges qui renfermaient des
dépôts d'armes. En 1533, François Ier s'empara de ces granges et y fit
construire des forges pour son artillerie. Henri II les agrandit et
leur ajouta des moulins à poudre et des logements pour les officiers.
Toutes ces constructions furent détruites en 1562 par l'explosion de
vingt milliers de poudre; on les rétablit, et, sous Henri IV, on y
ajouta, outre un bastion et un mail du côté de la Seine, un vaste
hôtel, qui était la demeure de Sully, grand maître de l'artillerie.
Sous Louis XIII, l'Arsenal fut habité temporairement par Richelieu
pendant qu'on bâtissait le Palais-Cardinal. Sous Louis XIV, cet
édifice, à cause de son voisinage de la Bastille, fut plusieurs fois
occupé par des commissions judiciaires. C'est là que fut jugé Fouquet;
c'est là que se tint la chambre ardente devant laquelle comparurent la
Voisin, le maréchal de Luxembourg, la duchesse de Bouillon et tant
d'autres. En 1718, l'Arsenal fut presque entièrement rebâti et composé
de deux corps de bâtiments, l'un voisin de la Bastille, l'autre voisin
de la rivière, réunis par un vaste jardin public et une allée d'ormes.
Le petit Arsenal était habité par le grand maître de l'artillerie (p.046)
et son état-major; le grand était ordinairement occupé par quelque
prince ou seigneur. En 1785, le comte d'Artois, ayant acheté la belle
bibliothèque du marquis de Paulmy, la déposa dans les bâtiments de
l'Arsenal, où elle devint publique sous le nom de Bibliothèque de
_Monsieur_. En 1788, «cet établissement ayant cessé d'être nécessaire,
au moyen des fonderies, forges, manufactures d'armes et de poudre
établis dans différentes provinces,» Louis XVI supprima l'Arsenal,
ainsi que les offices militaires et de justice qui y étaient attachés;
il ordonna de vendre les bâtiments avec les terrains et de construire
des rues sur leur emplacement. La Révolution empêcha l'exécution de
cette ordonnance, et les deux corps de bâtiments de l'Arsenal existent
encore, séparés par la rue de l'Orme; le _petit Arsenal_ renferme la
_direction générale des poudres et salpêtres_, l'ancien hôtel du
gouverneur renferme la _bibliothèque de l'Arsenal_, riche aujourd'hui
de plus de deux cent mille volumes et de dix mille manuscrits; on y
voit encore quelques peintures de Mignard. La grande porte, qui était
en face du quai des Célestins, a été détruite pour ouvrir la rue de
Sully; les jardins ont formé le boulevard Bourdon et les terrains où
l'on a bâti les _greniers de réserve_ pour l'approvisionnement de
Paris; le mail a formé le quai Morland. Les bâtiments de l'Arsenal ont
été habités par madame de Genlis, Alexandre Duval, etc.; c'est là
qu'est mort Charles Nodier.
2º L'_Hôtel-de-Ville_ et la _place de Grève_. (Voir liv. II, ch. 1er.)
3º La _place du Châtelet_, à la rencontre des quais de Gesvres et de
la Mégisserie. Le grand et le petit _Châtelets_ étaient, comme nous
l'avons dit ailleurs, deux tours bâties d'abord en bois et destinées à
défendre les extrémités du grand et du petit _Ponts_; on faisait
remonter leur origine à César ou à Julien, et elles servirent à
défendre Paris contre les Normands. Le grand Châtelet fut transformé
en château fort sous Louis-le-Gros, agrandi par saint Louis, qui (p.047)
l'entoura de fossés, reconstruit en 1485 et en 1684. Il ne resta alors
que trois tourelles de l'ancien édifice, avec un passage étroit et
obscur, qui faisait communiquer le pont avec la rue Saint-Denis et
qu'on appelait rue Saint-Leufroy, à cause d'une chapelle voisine
détruite en 1684. A cette époque existait encore une salle-basse qu'on
appelait chambre de César et où se lisait cette inscription: _Tributum
Cæsaris_. C'était probablement le bureau où, du temps des Romains, se
payaient les droits pour les marchandises qui entraient dans la ville.
On ignore l'époque à laquelle le Châtelet devint la maison de justice
du prévôt de Paris. En 1551, Henri II en fit le siége d'un présidial.
Louis XIV incorpora à ce tribunal toutes les juridictions
particulières de la ville. En 1789, le Châlelet était le plus
important des présidiaux du Parlement de Paris et se composait: du
_prévôt_, président honoraire, des trois lieutenants _civil_,
_criminel_ et _de police_[20], de 60 conseillers, de 13 avocats du roi,
de 50 greffiers, de 550 huissiers, de 230 procureurs, etc. C'est à ce
tribunal que furent portés les procès politiques au commencement de la
Révolution: c'est lui qui condamna à mort Favras. Le Châtelet, étant à
la fois une forteresse et une prison, a été le théâtre de nombreuses
tragédies: les plus sanglantes sont le massacre des Armagnacs en 1418,
la pendaison des magistrats Brisson, Larcher et Tardif en 1591, le
massacre de septembre 1792, où périrent deux cent seize prisonniers.
Ce monument sinistre, qui, outre son tribunal, renfermait le dépôt des
poids et mesures, la Morgue, etc., fut détruit en 1802, et sur ses
ruines on ouvrit une grande place, au milieu de laquelle s'élève,
depuis 1807, une fontaine ou colonne monumentale de style égyptien,
surmontée d'une statue dorée de la Victoire, oeuvre de Bosio. La place
du Châtelet a été le théâtre d'un violent combat dans les journées (p.048)
de 1830. Elle est aujourd'hui transformée et agrandie par la
destruction de toutes les maisons qui l'entouraient et sur ses faces
s'ouvrent quatre grandes voies dont trois tout à fait nouvelles: 1° Au
couchant la grande rue des Halles; 2° au nord-ouest, la rue St-Denis
dont toute la partie inférieure est élargie et de construction
nouvelle; 3° au nord-est le grand boulevard de Sébastopol, dont nous
parlerons plus loin; 4° à l'est la grande rue qui doit mener en face
de l'Hôtel-de-Ville.
[Note 20: Voy. _Hist. génér. de Paris_, p. 40 et 85.]
4° Le _Louvre_, les _Tuileries_ et la _place de la Concorde_. (Voir
liv. II, ch. xi.)
5° La _maison de François Ier_, sur le quai des Champs-Élysées. C'est
un petit chef-d'oeuvre de la renaissance, dont on attribue les
ornements à Jean Goujon, et qui, de Moret, où il avait été bâti, a été
transporté à Paris, au coin de la rue Bayard, par l'architecte Bret,
en 1826.
6° La _pompe à feu de Chaillot_, sur le quai de Billy, machine
hydraulique qui alimente les fontaines de toute la partie nord-ouest
de Paris.
7° Les bâtiments de la _manutention des vivres_ pour la garnison de
Paris, sur le quai de Billy. Ils ont été construits sur l'emplacement
de la manufacture de tapis de la couronne, dite de la _Savonnerie_,
fondée par Henri IV, restaurée en 1713, abandonnée pendant la
Révolution, et, sous la Restauration, réunie aux Gobelins.
8° A l'extrémité du quai de Billy se trouvait autrefois le _couvent
des Bons-Hommes_ ou des Minimes, fondé par Anne de Bretagne. L'église
dédiée à Notre-Dame-de-Grâce renfermait le tombeau du maréchal de
Rantzau. Une partie des bâtiments existe encore.
Sur la rive gauche:
1° Le _Jardin-des-Plantes_. (Voir liv. III, ch. Ier.)
2° _La Halle-aux-Vins_.--Elle date de 1664 et fut d'abord établie (p.049)
sur un petit terrain dépendant de l'abbaye Saint-Victor, à l'angle du
quai et de la rue des Fossés-Saint-Bernard. En 1808, l'abbaye ayant
été détruite, la halle prit un immense développement et renferma tous
les terrains compris entre les rues Cuvier, Saint-Victor et des
Fossés-Saint-Bernard, c'est-à-dire une superficie de 134,000 mètres.
Elle est composée de cinq masses principales de constructions,
séparées par des rues et des allées d'arbres, et ressemble à une
petite ville. On peut y renfermer plus de deux cent mille pièces de
vin. Ce magnifique entrepôt, dont les distributions sont si commodes,
les abords si faciles, appartient à la ville de Paris, qui en loue les
celliers, caves et galeries, et il lui a coûté près de 20 millions.
Les vins qui y sont emmagasinés n'acquittent les droits d'octroi qu'à
la sortie de l'entrepôt.
3° La _Tournelle_ et la _porte Saint-Bernard_,--Le château de la
Tournelle était une grosse tour carrée bâtie par Philippe-Auguste en
1185, et qui correspondait à la tour Loriot (quai des Célestins). A la
demande de saint Vincent-de-Paul, on y logea les galériens en
attendant le jour de leur départ pour les bagnes: auparavant, «ces
coupables gémissaient dans les cachots de la Conciergerie, dénués de
tout secours spirituel, exténués par la misère, livrés à toute
l'horreur de leur situation.» A côté de cette tour était la porte
Saint-Bernard, qui fut détruite en 1670: sur son emplacement on
construisit en 1674, sur les dessins de Blondel, un arc de triomphe à
la gloire de Louis XIV. Cet arc et la Tournelle furent détruits en
1787.
4° Sur le quai de la Tournelle se trouvent encore: 1° au n° 3, l'hôtel
de Nesmond, rebâti par le président de même nom et qui s'était appelé
auparavant de _Tyron_, de _Bar_, de _Montpensier_; il avait appartenu
aux princes de Lorraine et joua un grand rôle à l'époque de la Fronde;
2° au n° 5, la Pharmacie centrale des hôpitaux de Paris, établie dans
l'ancien couvent des _Miramiones_ ou filles de Sainte-Geneviève, (p.050)
qui se consacraient au soulagement des malades et des pauvres. Ce
couvent avait été fondé en 1661 par l'une des plus saintes femmes dont
s'honore l'histoire de Paris, madame Beauharnais de Miramion, que
madame de Sévigné appelle une _mère de l'Église_: devenue veuve à
seize ans, elle consacra sa fortune et sa vie à des oeuvres de
charité, et on la vit pendant deux années nourrir de son patrimoine
sept cents pauvres que l'Hôpital-Général avait été contraint de
chasser. Elle fut enterrée dans le couvent des Miramiones.
5° Le _petit Châtelet_.--Le petit Châtelet fut transformé en château
fort et en prison sous Charles V; il était, comme le grand Châtelet,
dans la dépendance du prévôt de Paris. Cette forteresse hideuse, qui
interceptait le passage et l'air à l'entrée de la rue Saint-Jacques, a
été démolie en 1782.
6° Le _couvent des Augustins_.--Le _marché à la Volaille_.--Le couvent
des Augustins avait été fondé en 1293 sur l'emplacement d'une
chapelle. Son église fut édifiée par Charles V, dont la statue
décorait le portail; elle renfermait les tombeaux de Philippe de
Comines, de Rémy Belleau, de Dufaur de Pibrac, de Jérôme Lhuillier,
etc. Les jardins et dépendances occupaient l'espace compris entre les
rues des Grands-Augustins, Christine, d'Anjou et de Nevers. Sa salle
capitulaire, son réfectoire, sa bibliothèque étaient très-vastes:
aussi c'était dans ce couvent que se tenaient les assemblées de
l'ordre du Saint-Esprit et du clergé; c'était là aussi que siégeait le
Parlement quand le Palais était occupé par quelque fête royale: ce
corps s'y trouvait rassemblé quand Henri IV fut assassiné, et c'est là
que Marie de Médicis fut déclarée régente. Les Augustins ont fourni à
l'Église de savants théologiens, mais ils étaient renommés pour leur
indocilité: en 1658, sous le règne du grand roi, ils soutinrent un
siége, où il y eut des blessés et des morts, pour résister à un (p.051)
arrêt du Parlement. Sur l'emplacement de ce couvent a été bâti le
_marché à la Volaille_, et ouverte la rue du Pont-de-Lodi. Une partie
de l'hôtel de l'abbé existe encore dans cette rue au n° 3.