AIR:

Que j'aime en tout temps la taverne!

Que librement je m'y gouverne!

Elle n'a rien d'égal à soi;

J'y vois tout ce que je demande:

Et les torchons y sont pour moi

De fine toile de Hollande.

Pendant que le chaud nous outrage,

On ne trouve point de bocage

Agréable et frais comme elle est;

Et quand la froidure m'y mène,

Un malheureux fagot m'y plaît

Plus que tout le bois de Vincenne.

J'y trouve à souhait toutes choses;

Les chardons m'y semblent des roses,

Et les tripes des ortolans;

L'on n'y combat jamais qu'au verre.

Les cabarets et les brelans

Sont les paradis de la terre.

C'est Bacchus que nous devons suivre;

Le nectar dont il nous enivre

A quelque chose de divin,

Et quiconque a cette louange

D'être homme sans boire du vin,

S'il en buvait, serait un ange.

Le vin me rit, je le caresse;

C'est lui qui bannit ma tristesse,

Et réveille tous mes esprits:

Nous nous aimons de même force.

Je le prends, après j'en suis pris;

Je le porte, et puis il m'emporte.

Quand j'ai mis quarte dessus pinte,

Je suis gai, l'oreille me tinte,

Je recule au lieu d'avancer:

Avec le premier je me frotte,

Et je fais, sans savoir danser,

De beaux entrechats dans la crotte.

Pour moi, jusqu'à ce que je meure,

Je veux que le vin blanc demeure,

Avec le clairet dans mon corps,

Pourvu que la paix les assemble:

Car je les jetterai dehors,

S'ils ne s'accordent bien ensemble.

La suivante est de Racan, un de nos plus anciens poètes; elle est pleine

de grâce et de philosophie, a servi de modèle à beaucoup d'autres, et

paraît plus jeune que son extrait de naissance.

Physiologie du goût · 第 119 / 139 题