XVIII.

=Effets merveilleux d'un dîner classique=.

«Hélas! que je suis à plaindre! disait d'une voix élégiaque un

gastronome de la cour royale de la Seine. Espérant retourner bientôt à

ma terre, j'y ai laissé mon cuisinier: les affaires me retiennent à

Paris, et je suis abandonné aux soins d'une bonne officieuse dont les

préparations m'affadissent le coeur. Ma femme se contente de tout, mes

enfants n'y connaissent encore rien: bouilli peu cuit, rôti brûlé, je

péris à la fois par la broche et par la marmite, hélas!»

Il parlait ainsi, en traversant d'un pas douloureux la place Dauphine.

Heureusement pour la chose publique, le professeur entendit de si justes

plaintes, et dans le plaignant reconnut un ami. «Vous ne mourrez pas mon

cher, dit-il d'un ton affectueux au magistrat martyr; non, vous ne

mourrez pas d'un mal dont je puis vous offrir le remède. Veuillez

accepter pour demain un dîner classique, en petit comité: après dîner

une partie de piquet que nous arrangerons de manière à ce que tout le

monde s'amuse; et comme les autres, cette soirée se précipitera dans

l'abîme du passé.»

L'invitation lut acceptée; le mystère s'accomplit suivant les coutumes,

rites et cérémonies voulus; et depuis ce jour (23 juin 1825), le

professeur se trouve heureux d'avoir conservé à la cour royale un de ses

plus dignes soutiens.

Physiologie du goût · 第 110 / 139 题