Royat et sa grotte

A peu de distance de la capitale de l'Auvergne, Clermont-Ferrand, se

trouve la curieuse chaîne des monts Dômes, composés de soixante-dix à

quatre-vingts cônes volcaniques, vastes ampoules soulevées en un jour de

convulsion, à la surface du plateau qui occupe le centre de la France.

Ce plateau a une élévation moyenne de 900 mètres, et les cônes ou puys,

qui forment du nord au sud une bande de sept à huit lieues de largeur,

le surélèvent de 150 à 200 mètres. Toutefois le Puy-de-Dôme, qui occupe

à peu près le centre de cette bande, mesure par exception une hauteur de

500 mètres.

Vu de Clermont avec ses flancs verdoyants, sa belle forment, son aspect

grandiose, ce mont fait songer aux sommet des Alpes et des Pyrénées,

surtout l'hiver, alors qu'il est couronné de neiges, car il ne porte

lui, ni neiges éternelles, ni glaciers. Aussi grâce à sa beauté a-t-il

mérité de donner son nom au département.

Si Dôme était sur Dôme,

On verrait les portes de Rome,

disent les gens du pays en parlant de ce puy et de son voisin, le petit

Puy-de-Dôme.

L'aspect des puys des monts Dômes est assez triste. La verdure manque

généralement. Sur leurs pentes arides, l'herbe a peine à pousser et le

soleil en a vite raison. Quelques-uns cependant portent une parure plus

résistante. Des forêts de hêtres les enveloppent; mais on les compte. Si

l'on arrivait à dix, on pourrait faire une croix.

En revanche, la plupart possèdent encore des cratères bien conservés

d'où, aussi bien du côté de la Sioule que du côté de l'Allier,

s'écoulèrent les laves qui barrèrent ou comblèrent différentes vallées,

formèrent des lacs et détournèrent le cours des rivières. Ainsi le

charmant lac d'Aydat doit sa naissance aux coulées des trois puys de la

Vache, de Lassolas et de Vichatel, qui interrompirent le cours de la

Veyre. Ainsi encore, au nord du puy de Dôme, la Sioule fut barrée par

les laves réunies des puys de Côme et de Louchadière; et cette rivière,

après avoir, elle aussi, d'abord formé un lac, finit par s'ouvrir un

lit, au-dessous de Pontgibaud, où elle coule maintenant au pied d'une

colonnade basaltique haute de quatorze mètres.

Ces courants de lave, qui ont conservé le nom de _cheire_ que leur

avaient donné les habitants de l'Auvergne, ont plus ou moins envahi

toutes les vallées avoisinant les puys d'où ils sont sortis,

quelques-uns s'étonnant même à une assez longue distance, comme, par

exemple, la cheire vomie par le cratère du Pariou, qui va jusqu'à

Fontmort et à Durtol.

Trois ou quatre des puys de Dôme ont plusieurs cratères. Celui de Côme

en a deux; celui de la Nugère trois; celui de Montchier quatre: celui de

Barne trois. Ces cratères ont une profondeur très-variable. Le plus

profond de tous, et de beaucoup, le cratère du puy de Louchadière, a 160

mètres. La moyenne est d'environ 95. C'est, je crois, la profondeur du

cratère du volcan de Graveneyre ou Gravenoire, qui a versé ses laves

dans la fameuse vallée de Royat, voisine de Clermont.

Qui ne connaît Royat et son établissement thermal, qui ne date que

d'hier pourtant? Chaque année s'y donnent rendez-vous de nombreux

baigneurs qui, avec les géologues et les Clermontois ont tant contribué

à populariser les singulières montagnes dont nous venons de parler.

La situation est délicieuse.

Au fond d'une gorge ombreuse couverte d'arbres superbes coule la

Tiretaine, bordée de moulins et de fabriques, qu'animent les eaux de

cette rivière. Une curiosité naturelle y attire les touristes: la

célèbre grotte de Royat. Cette grotte est creusée dans une masse de

rochers basaltiques splendides. Elle a 11m de profondeur, sur 8m de

largeur et 3m 50 de hauteur maximum. Sa voûte est arrondie en coupole à

ses extrémités, et les parois en sont tapissées de lichens et de

mousses, aux tons verts et noirs, à reflets de velours. Le terrain, formé

de lave écrasée, est rouge. De cette grotte, où l'on jouit en été de la

plus agréable fraîcheur, jaillissent plusieurs sources limpides et

abondantes qui laissent tomber leurs eaux dans un lavoir, d'où elles

vont ensuite se mêler à celles de la Tiretaine.

Royat commence là. Ses premières maisons ont les pieds dans l'eau. Les

autres grimpent le long de la montagne dans un désordre qui, pour n'être

pas un effet de l'art, n'en a pas moins des charmes. On dirait un

troupeau de chèvres. Certaines semblent vagabonder et rechercher de

préférence les lieux escarpés. Tout en haut est l'église, qui ressemble

à un château fort. C'est, pour continuer la comparaison, le bouc

veillant sur le troupeau. Son sommet, au milieu des arbres, apparaît

couronné de mâchicoulis appuyés sur une série d'arcs à plein cintre que

supportent des consoles. Un clocher octogonal surmonte le tout. De ce

point, de quelque côté que l'on regarde, on jouit de la plus magnifique

vue. Ici c'est le puy de Dôme avec les puys qui lui font cortège; là

c'est le Graveneyre, et dans les brumes le plateau de Gergovie; de cet

autre côté, voilà la ville savante, Clermont, et, derrière, le lit de

l'ancien lac, qui est aujourd'hui la riche plaine de la Limagne...

Louis Clodion.

L'Illustration, No. 1603, 15 novembre 1873 · 第 21 / 30 题