XIV

Après cet épisode, plaisant et triste comme tous les actes de la

comédie humaine, mes velléités d'émigration et de retraite à la

campagne devenaient de plus en plus fréquentes, à la grande joie

d'Ursule, qui me poussait de toutes ses forces dans cette voie

nouvelle. Ma pauvre commune de Gigondas unissait pour moi aux simples

beautés d'une nature vraiment agreste l'attrait des souvenirs

d'enfance, les traditions de bienfaisance, de bonne et saine

popularité, léguées par mes chers parents. Avec une résignation où se

cachait encore un fond de vanité, je me demandai s'il ne valait pas

mieux m'enfermer dans ce petit cadre, y faire un peu de bien, y vivre

paisiblement, _entre le thym et la rosee_, avec de bons et honnêtes

villageois, que m'escrimer, en l'honneur d'une société qui ne voulait

pas être défendue, contre une littérature qui me montrait, en me riant

au nez, le bulletin de ses triomphes et de mes chutes. J'étais donc à

peu près décidé à revenir demander le calme à nos vallons et à nos

rochers; et cependant je ne me pressais pas, tant il est difficile de

se détacher de ce que l'on a trop aimé! Pareil à ces joueurs qui,

ayant perdu tous leurs billets de banque, mais faisant encore sonner

quelques louis dans leurs poches, jettent en s'éloignant sur le tapis

vert un regard de convoitise et de regret, je rôdais sur les

boulevards, sur les quais, dans les foyers des théâtres, commençant

chaque jour un adieu que je ne finissais jamais.

Pourtant les avertissements ne me manquaient pas: il ne tint qu'à moi,

par exemple, de prendre pour une allusion prophétique l'article

suivant, publié par un petit journal que l'on m'envoya sous bande:

Les Jeudis de Madame Charbonneau · 第 38 / 50 题