Après cet épisode, plaisant et triste comme tous les actes de la
comédie humaine, mes velléités d'émigration et de retraite à la
campagne devenaient de plus en plus fréquentes, à la grande joie
d'Ursule, qui me poussait de toutes ses forces dans cette voie
nouvelle. Ma pauvre commune de Gigondas unissait pour moi aux simples
beautés d'une nature vraiment agreste l'attrait des souvenirs
d'enfance, les traditions de bienfaisance, de bonne et saine
popularité, léguées par mes chers parents. Avec une résignation où se
cachait encore un fond de vanité, je me demandai s'il ne valait pas
mieux m'enfermer dans ce petit cadre, y faire un peu de bien, y vivre
paisiblement, _entre le thym et la rosee_, avec de bons et honnêtes
villageois, que m'escrimer, en l'honneur d'une société qui ne voulait
pas être défendue, contre une littérature qui me montrait, en me riant
au nez, le bulletin de ses triomphes et de mes chutes. J'étais donc à
peu près décidé à revenir demander le calme à nos vallons et à nos
rochers; et cependant je ne me pressais pas, tant il est difficile de
se détacher de ce que l'on a trop aimé! Pareil à ces joueurs qui,
ayant perdu tous leurs billets de banque, mais faisant encore sonner
quelques louis dans leurs poches, jettent en s'éloignant sur le tapis
vert un regard de convoitise et de regret, je rôdais sur les
boulevards, sur les quais, dans les foyers des théâtres, commençant
chaque jour un adieu que je ne finissais jamais.
Pourtant les avertissements ne me manquaient pas: il ne tint qu'à moi,
par exemple, de prendre pour une allusion prophétique l'article
suivant, publié par un petit journal que l'on m'envoya sous bande: