_Du jour et de la nuit aux différentes époques de l'année, et en
différents lieux._
=173.= Le mot _jour_, quand on l'oppose au mot _nuit_, n'a pas la
signification que nous lui avons donnée jusqu'à présent. Le _jour_ est
le temps que le soleil passe au-dessus de l'horizon entre un lever et le
coucher suivant; la _nuit_ est le temps qu'il passe sous l'horizon,
entre un coucher et le lever suivant. Dans nos climats, chaque jour
solaire (nº 140) se compose d'un jour et d'une nuit.
=174.= On sait que le jour est tantôt plus long, tantôt plus court que
la nuit, et que la durée du jour et celle de la nuit varient
continuellement d'un bout de l'année à l'autre. Nous sommes maintenant
en mesure de nous rendre compte de ces variations; nous n'avons, pour
cela qu'à étudier, sur un globe céleste, à partir d'une certaine époque
et par rapport à un horizon déterminé, le mouvement du soleil tournant
chaque jour autour de l'axe du monde, tout en cheminant sur la sphère
céleste le long de l'écliptique[72].
[Note 72: C'est ici le cas de se rappeler l'ingénieuse comparaison de M.
Arago, page 99, en note.]
=175.= Puisque la déclinaison du soleil varie continuellement d'un jour
à l'autre, cet astre ne décrit pas précisément, chaque jour solaire, un
parallèle céleste. Si un jour il rencontre le méridien en un certain
point, D (_fig._ 63), le lendemain, ayant fait une révolution autour de
l'axe PP', il revient au méridien, non plus au point D, mais en un point
situé un peu plus haut ou un peu plus bas; il a décrit, dans
l'intervalle, une espèce de spirale (que l'on peut imaginer et même
construire sur un globe céleste), faisant le tour de ce globe, entre les
deux parallèles célestes qui correspondent aux deux points en question
du méridien. Ces deux parallèles célestes étant très-rapprochés, on
peut, sans qu'il en résulte évidemment aucun inconvénient dans l'étude
que nous entreprenons, supposer que le soleil décrit, chaque jour
solaire, un parallèle céleste, celui, par exemple, qui occupe la
position moyenne entre les parallèles que l'astre rencontre ce jour-là ;
puis, que ce jour écoulé, il passe brusquement au parallèle moyen qui
correspond au jour solaire suivant, et ainsi de suite. Par exemple, nous
admettrons qu'à l'équinoxe du printemps, le soleil décrit l'équateur
céleste, le lendemain, un parallèle un peu plus élevé, le surlendemain,
un nouveau parallèle supérieur, et ainsi de suite, jusqu'à ce que,
arrivé au solstice d'été, il décrive le tropique du Cancer, TGSF; puis
redescendant vers l'équateur, il décrit à peu près les mêmes cercles
diurnes, mais en ordre inverse, du solstice d'été à l'équinoxe
d'automne. Ensuite, passant sur l'hémisphère austral, il y décrit, dans
la seconde partie de l'année, une pareille série de cercles diurnes (nº
176).
[Illustration: 141, Fig. 63]
Chacun de ces cercles diurnes est divisé, dans nos climats, par
l'horizon du lieu en deux arcs généralement inégaux; ex.: LDC, CKL. L'un
de ces arcs, LDC, situé du même côté de l'horizon que le lieu M
(au-dessus de l'horizon), est parcouru par le soleil durant le jour,
c'est _l'arc de jour_; l'autre, CKL (au-dessous de l'horizon), est
parcouru par cet astre durant la nuit, c'est _l'arc de nuit_. Le
mouvement diurne du soleil peut être considéré comme uniforme durant les
24 heures d'un jour solaire; comparer les durées relatives du jour et de
la nuit, à une époque quelconque, revient donc à comparer l'arc de jour
et l'arc de nuit; c'est ce que nous allons faire pour tous les jours de
l'année[73].
[Note 73: _Si le soleil décrivait indéfiniment l'équateur, la durée du
jour, égale à celle de la nuit, serait la même pour tous les lieux de la
terre et à toutes les époques._
Cette proposition est évidente à l'inspection de la figure 63. En effet,
l'horizon rationnel, HGH'F, d'un lieu quelconque, et l'équateur (grands
cercles de la sphère), se divisent mutuellement en deux parties égales.
Le soleil décrirait chaque jour une demi-circonférence L'E'C' (du côté
du lieu M), et chaque nuit la demi-circonférence C'EL'.
_Si le soleil, à défaut de l'équateur, décrivait indéfiniment le même
cercle parallèle à l'équateur (_KLDC_, par exemple), c'est-à -dire si_ SA
DÃCLINAISON NE VARIAIT PAS, _la durée d'un jour en un lieu donné, _M_,
serait la même à toutes les époques; la durée de la nuit, différente, en
général, de celle du jour_ (nº 176), _serait également constante au même
lieu._
Cette proposition est évidente à l'aspect de la figure 63. En effet, le
soleil décrirait chaque jour indéfiniment l'arc LDC (au-dessus de
l'horizon de lieu), et chaque nuit l'arc CKL. L'arc LDC et l'arc CKL
sont inégaux.
_La variation continuelle du jour et de la nuit, en chaque lieu de la
terre, tient donc à la variation de la déclinaison du soleil, ou, si
l'on veut, à l'inclinaison de l'écliptique sur l'équateur céleste_ (nº
118).]
VARIATIONS DE LA DURÃE DU JOUR ET DE LA NUIT EN UN MÃME LIEU DONNÃ AUX
DIFFÃRENTES ÃPOQUES DE L'ANNÃE.
=176.= Supposons, pour fixer les idées, que le lieu considéré M, _fig._
63, soit l'Observatoire de Paris, dont la latitude est 48° 50' 11";
l'horizon rationnel de ce lieu est HGH'F (nº 8). Afin de laisser voir
bien nettement la division de chaque cercle diurne par l'horizon, nous
n'avons pas dessiné l'écliptique sur la _fig._ 63 qui représente un
globe céleste; mais il faut l'y rétablir par la pensée, faisant le tour
du globe dans la position indiquée par la _fig._ 66 _bis_. Cette
dernière nous montre le mouvement annuel du soleil sur l'écliptique
divisé en quatre périodes principales, correspondant aux quatre saisons:
1º de l'équinoxe, â, au solstice d'été S; 2º de ce solstice à l'équinoxe
d'automne â; 3º de cet équinoxe au solstice d'hiver S'; 4º enfin, de ce
solstice à un nouvel équinoxe du printemps â.
[Illustration: 142, Fig. 66 bis]
Suivons maintenant sur la _fig._ 63.
A l'équinoxe du printemps, 21 mars, le soleil décrit l'équateur, le jour
est égal à la nuit (l'arc de jour est L'E'C'; l'arc de nuit C'EL'). De
l'équinoxe du printemps, â, au solstice d'été S, du 21 mars au 22 juin,
le soleil s'élevant progressivement au-dessus de l'équateur sur
l'hémisphère austral (le long de âS, _fig._ 66 _bis_), le jour augmente
continuellement et la nuit diminue, Ã partir de 12 heures. (Comparez
(_fig._ 63) les arcs de jour L'E'C'..., LDC,..., GTF entre eux, et aux
arcs de nuit C'EL'..., CKL...., FSG.) Le jour, constamment plus grand
que la nuit, atteint son maximum quand le soleil arrive en S au solstice
d'été (22 juin); la nuit est alors à son minimum. (A Paris ce plus long
jour est de 15h 58m; la nuit correspondante est de 8h 2m.)
Du solstice d'été, S, à l'équinoxe d'automne, â (du 22 juin au 21
septembre), le soleil redescendant vers l'équateur (le long de l'arc Sâ,
_fig._ 66 _bis_), décrit sensiblement les mêmes cercles diurnes que dans
la période précédente, mais en ordre inverse. (V. ces cercles en
descendant, _fig._ 63.) Le jour diminue et la nuit augmente; la nuit
regagne tout ce que perd le jour. Le jour et la nuit redeviennent ainsi
égaux à l'équinoxe d'automne (21 septembre), le soleil décrivant de
nouveau l'équateur.
De l'équinoxe d'automne, â, au solstice d'hiver, du 21 septembre au 21
décembre, le soleil descendant dans l'hémisphère austral (le long de
âS', _fig._ 66 _bis_), le jour diminue et la nuit augmente, Ã partir de
12 heures. (Comparez les arcs de jours L'E'C',..., L"D"C",..., F'S'G',
et les arcs de nuit 'C'EL',..., C"K"L",..., G'T'F'). Le jour,
constamment moindre que la nuit, atteint son minimum quand le soleil
arrive en S', au solstice d'hiver, 21 décembre; la nuit est alors à son
maximum. (Ce jour le plus court est à Paris de 8h 2m; la nuit la plus
longue, de 15h 58m.)
Enfin du solstice d'hiver S à un nouvel équinoxe du printemps â, du 21
décembre au 21 mars, le soleil remonte vers l'équateur (le long de l'arc
S'â, _fig._ 66 _bis_); il décrit sensiblement les mêmes cercles diurnes
que dans la période précédente, mais dans l'ordre inverse (suivez fig.
63, en remontant); le jour augmente, la nuit diminue; le premier regagne
tout ce qu'il avait perdu depuis le 21 septembre, la nuit perd ce
qu'elle avait gagné; le jour redevient ainsi égal à la nuit à un nouvel
équinoxe du printemps, c'est-à -dire le 21 mars. A partir de là , les
mêmes périodes d'accroissement ou de diminution du jour et de la nuit
recommencent indéfiniment d'année en année.
=177=. REMARQUE. La _déclinaison_ du soleil varie très-irrégulièrement.
A l'équinoxe du printemps, le soleil monte rapidement; les jours
croissent d'une manière très-sensible. Au solstice d'été, quand le
soleil cesse de monter, pour descendre ensuite, il reste stationnaire
pendant quelques jours. La durée du jour et celle de la nuit n'éprouvent
à cette époque que des variations très-petites. (V. dans l'Almanach de
l'Annuaire du bureau des longitudes de France, du 10 au 25 juin, les
colonnes intitulées lever du soleil, coucher _id._, déclinaison _id._) A
l'équinoxe d'automne, la durée des jours diminue rapidement. Au solstice
d'hiver, quand le soleil cesse de descendre, pour monter ensuite, le
soleil paraît encore quelque temps stationnaire; il en résulte les mêmes
conséquences qu'au solstice d'été (V. l'Annuaire aux environs du 31
décembre).
=178=. Voilà ce qu'on peut dire de plus général sur les variations
périodiques du jour et de la nuit en chaque lieu de l'hémisphère boréal,
sauf une particularité générale dont nous allons parler.
=179=. Les lieux de l'hémisphère austral peuvent se partager en deux
catégories: 1º ceux dont l'horizon rencontre, comme HGH'F, tous les
cercles diurnes que le soleil décrit pendant l'année (_fig._ 63 _bis_);
2º tous ceux dont l'horizon ayant la situation indiquée _fig._ 64
ci-après, ne rencontrent pas tous ces cercles diurnes.
[Illustration: 144, Fig. 63 bis]
[Illustration: 144, Fig. 64]
Dans chaque lieu de la première catégorie, tout se passe comme à Paris;
chaque jour solaire de l'année s'y compose d'un jour et d'une nuit dont
les durées subissent les variations périodiques que nous avons décrites.
Il n'en est pas tout à fait de même pour les lieux de la seconde
catégorie; considérons l'un de ces lieux, M, _fig._ 64. Depuis
l'équinoxe de printemps jusqu'à ce que le soleil arrive au parallèle
céleste dont la trace est HK, tout s'y passe comme à Paris; chaque jour
solaire se compose d'un jour et d'une nuit. Mais le jour augmente de 12
heures à 24 heures, et la nuit diminue de 12 heures à 0. Puis il y a un
jour persistant pendant tout le temps que le soleil met à aller du
parallèle HK au tropique du cancer ST, et à revenir de ce tropique au
cercle HK; en effet, le soleil reste tout ce temps au-dessus de
l'horizon HH' du lieu M. Ce jour peut durer un certain nombre de jours
solaires et même des mois (V. nº 184). Ensuite, pendant que le soleil
descend du parallèle HK au parallèle H'K', en passant par l'équinoxe
d'automne, â, il y a jour et nuit à chaque jour solaire; le jour diminue
de 24 à 12 heures, puis de 12 heures à 0; la nuit augmente de 0 à 12
heures, puis de 12 heures à 24. Puis il y a nuit persistante tout le
temps que le soleil met à descendre du parallèle H'K' au tropique du
capricorne T'S', et à revenir de ce tropique au cercle H'K'; car le
soleil reste tout ce temps au-dessous de l'horizon HH' de M. Cette
longue nuit a la même durée que le long jour ci-dessus indiqué. Enfin le
soleil remontant du parallèle H'K' à l'équinoxe â, il y a jour et nuit Ã
chaque révolution diurne du soleil; le jour croît de 0 à 12 heures et la
nuit diminue de 24 Ã 12 heures.
Il est facile de distinguer les lieux des deux catégories que nous
venons d'indiquer. Pour un lieu de la première, l'arc EH (_fig._ 63
_bis_), est plus grand que ES = 23° 28'[74]; mais EH = 90°-PH = 90°-E'M
= 90°-latitude du lieu; 90°-latitude > 23° 28' revient à latitude <
90°-23° 28' = 66° 32'.
[Note 74: Nous prenons pour plus de simplicité la plus grande
déclinaison du soleil (inclinaison de l'écliptique, nº 128), égale à 23°
28'; on sait qu'elle est variable et présentement égale à 23° 27' 34"
(juin 1854).]
Les lieux de la première catégorie sont ceux dont la latitude est
inférieure à 66° 32'.
Pour un lieu de la deuxième catégorie (_fig._ 64), on a EH > ES = 23°
28', ou 90°-latitude < 23° 28'; ce qui revient à latitude > 66° 32'.
De là cette distinction remarquable:
=180=. _Chaque jour solaire de l'année se compose d'un jour et d'une
nuit en tout lieu dont la latitude est inférieure à _ 66° 32'. (Toute la
France est dans ce cas.)
_Tout lieu dont la latitude atteint ou dépasse 66° 32' a, chaque année,
un jour de 24 heures ou de plus de 24 heures, et une nuit de même durée,
ce jour et cette nuit n'étant pas consécutifs_, mais séparés par tous
les jours solaires de l'année durant chacun desquels il y a en ce lieu
alternative de jour et de nuit.
Les deux parallèles terrestres qui sur les deux hémisphères ont la
latitude de 66° 32' s'appellent _cercles polaires_: l'un est le cercle
polaire _boréal_ ou _arctique_, l'autre est le cercle polaire _austral_
ou _antarctique_. Comme on le voit, ces deux cercles sont des lignes de
démarcation entre les lieux des deux catégories que nous venons
d'établir. Nous avons indiqué leurs traces _pq_, _p'q'_ sur le méridien
du lieu, _fig._ 63 _bis_ et 64.
=181.= LIEUX DE L'HÃMISPHÃRE AUSTRAL. Si de l'hémisphère boréal nous
passons à l'hémisphère austral, nous voyons les mêmes variations du jour
et de la nuit se produire en ordre inverse. En effet, chaque lieu M de
l'hémisphère boréal a son _antipode_ M' sur l'hémisphère austral. (On
appelle _antipodes_ deux lieux diamétralement opposés; ils ont des
longitudes et des latitudes égales, mais de noms différents). Pendant
qu'il fait jour en M, il fait nuit en M', et _vice versa_ (_fig._ 63).
Si donc on veut savoir ce qui se passe en un lieu de l'hémisphère
austral, aux antipodes de Paris par exemple, il n'y a qu'Ã relire tout
ce qui précède, en remplaçant partout le mot jour par le mot nuit, et
_vice versa_. Nous laissons le lecteur faire ce changement.
=182.= LIEUX SITUÃS SUR L'ÃQUATEUR. _Sur l'équateur la durée du jour est
constamment égale à celle de la nuit._ En effet, l'horizon de chaque
lieu de l'équateur (par ex.: celui de E', à cause de sa verticale IE'),
est perpendiculaire à l'équateur; cet horizon contient donc l'axe du
monde PP'. Cette ligne PP', qui remplace HH', contenant les centres de
tous les cercles diurnes décrits par le soleil, chacun de ceux-ci est
rencontré par l'horizon de E' suivant un diamètre, et divisé en deux
arcs égaux, l'un de jour, l'autre de nuit.
=183.= DURÃE DU JOUR ET DE LA NUIT Ã LA MÃME ÃPOQUE, _c'est-Ã -dire Ã
chaque jour solaire de même date_, EN DES LIEUX DIFFÃRENTS.
Voici d'abord à ce sujet deux propositions générales:
1º _La durée du jour comme celle de la nuit est la même à la même époque
quelconque pour tous les lieux de même latitude._
2º _Chaque jour du printemps ou de l'été est d'autant plus long, et la
nuit d'autant plus courte pour un lieu de l'hémisphère boréal que sa
latitude est plus élevée; le contraire a lieu pour les jours et les
nuits de l'automne et de l'hiver._
La première proposition est une conséquence de la symétrie de la sphère
(les lieux de même latitude étant sur le même parallèle terrestre)[75].
[Note 75: On peut rendre ce fait évident en imaginant qu'on construise
sur deux globes distincts la _fig._ 63 relativement à deux lieux M et N
de même latitude. Les deux figures ainsi construites seraient
identiquement les mêmes, puisque sur toutes les deux, les cercles
diurnes une fois dessinés, on prendrait sur le méridien le même arc
PH=E'M=latitude; pour fixer la position de l'horizon; de l'identité des
deux figures on conclut que le cercle diurne, correspondant à chaque
jour solaire, est divisé de la même manière par les horizons des deux
lieux.]
[Illustration: 147, Fig. 67]
La seconde est mise en évidence par la _fig._ 67 qui représente la
projection du globe de la figure 63 sur le méridien du lieu considéré.
On y voit les traces ou projections de quelques cercles diurnes et
celles des horizons de lieux M et M(1) de latitudes différentes E'M,
E'M(1). On n'a qu'à suivre le soleil comme nous l'avons fait nº 176; on
voit que dans la première période ci-dessus indiquée, de l'équinoxe du
printemps au solstice d'été, et de ce solstice à l'équinoxe d'automne,
chaque jour est plus long en effet pour M(1) que pour M, et chaque nuit
plus courte, tandis que c'est le contraire dans la seconde période quand
le soleil se trouve au-dessous de l'équateur.
=184=. Ce qui rend plus remarquable en un lieu donné le phénomène qui
nous occupe, c'est évidemment la différence entre le jour le plus long
de l'année et le jour le plus court. Plus cette différence est grande,
plus grandes aussi et plus sensibles doivent être les variations
quotidiennes que nous avons indiquées. Un caractère très-propre Ã
distinguer les uns des autres les divers lieux d'un même hémisphère, est
donc la durée du plus long jour ou de la plus longue nuit (qui est
absolument la même).
=185=. Cette durée dépend exclusivement de la latitude[76]; nous allons
l'indiquer pour diverses latitudes boréales, à partir de l'équateur, sur
lequel, ainsi que nous l'avons dit nº 182, il y a constamment un jour de
12 heures et une nuit d'égale durée.
[Note 76: _Calcul de la durée du jour en un lieu donné, à une époque
donnée._ Soient O le centre d'un cercle diurne LDCK, _fig._ 63, D la
déclinaison correspondante E'D du soleil, L la latitude E'M d'un certain
lieu de la terre, _x_ la moitié LK de l'arc de nuit pour ce lieu. Le
rayon de la sphère étant pris pour unité, nous avons OI = sin D, OK =
cos D; le triangle rectangle IO_i_ donne O_i_ = IO tan OI_i_ = IO tang
PH = IO tang E'M = sin D tang L. D'un autre côté le triangle rectangle
_i_OL donne O_i_ = OL cos _i_OL = OK cos _x_ = cos D cos _x_; en égalant
les deux valeurs de O_i_, on a cos D cos _x_ = sin D tang L, d'où:
cos _x_ = tang Dâ
tang L. (1)
Ayant le tableau des déclinaisons moyennes du soleil pour les différents
jours de l'année, on pourra, à l'aide de cette formule, déterminer le
nombre de degrés de l'arc _x_; 2_x_ est l'arc de nuit à l'époque
considérée; 360°-2_x_ est l'arc de jour; en partageant 24 heures en
parties proportionnelles à 2_x_ et à 360°-2_x_, on a les durées
respectives de la nuit et du jour, à l'époque où le soleil a la
déclinaison D, au lieu M dont la latitude est L. Tant que tang D x tang
L ne surpasse pas 1, on trouve une valeur de _x_; quand tang D tang L =
1, cos _x_ = 1, _x_ = 0; la nuit est nulle, le jour a 24 heures au
moins. Alors D = 90°-L; si cette valeur de D est le maximum 23° 28', le
plus long jour dure précisément 24 heures au lieu considéré. Si la
valeur D = 90°-L est inférieure à 23° 28', le plus long jour du lieu
dure depuis le moment où D a cette valeur 90°-L, jusqu'à ce que le
soleil, ayant passé par le solstice d'été, soit revenu à cette
déclinaison D = 90°-L. Cette formule discutée répond donc aux questions
que l'on peut se proposer sur la durée du jour; on peut faire varier L
pour comparer entre eux les divers lieux de la terre.]
DURÃE DURÃE DURÃE DURÃE
LATITUDE du plus du jour LATITUDE du plus du jour
long jour. le plus court. long jour. le plus
court.
0° 12h 0m 12h 0m 40° 14h 51m 9h 9m
5 12 17 11 43 45 15 26 8 34
10 12 35 11 25 50 16 9 7 51
15 12 53 11 7 55 17 7 6 53
20 13 13 10 47 60 18 30 5 30
25 13 34 10 26 65 21 9 2 51
30 13 56 10 4 66° 32' 24 0 0 0
35 14 22 9 38
Dans chaque lieu dont la latitude est supérieure à 66° 32', la durée du
jour varie de 0 à 24 heures, comme nous l'avons dit nº 179, dans la
partie de l'année où le soleil rencontre l'horizon. Mais le nombre des
jours pendant lesquels cet astre reste au-dessus de l'horizon sans se
coucher (la durée du plus long jour), et le nombre de jours pendant
lesquels il reste au-dessous de ce plan sans se lever (la durée de la
plus longue nuit), varient avec la latitude; le tableau suivant fait
connaître ces durées pour diverses latitudes boréales depuis 66° 32'
jusqu'à 90°.
LATITUDES LE SOLEIL LE SOLEIL
boréales. ne se couche pas ne se lève pas
pendant environ pendant environ
66°32' 1 j. 1 j.
70 65 60
75 103 97
80 134 127
85 161 153
90 186 179
Pour les latitudes australes de même valeur les durées ne sont pas
absolument les mêmes. Ainsi, pour la latitude australe de 75°, le soleil
doit rester constamment au-dessus de l'horizon pendant qu'il ne se lève
pas à la latitude boréale de 75° et _vice versa_. Le soleil reste donc
environ 97 jours sans se coucher et 103 jours sans se lever à la
latitude australe de 75° (V. nº 181).
Les longs jours des contrées voisines des pôles sont notablement
augmentés par deux causes que nous allons indiquer. En définitive, la
nuit ne dure que 70 _jours environ au pôle boréal_.
Les mêmes causes, la réfraction et le crépuscule, affectent d'ailleurs,
mais à un degré moindre, la durée de chaque jour en un lieu quelconque.
=186=. INFLUENCE DE L'ATMOSPHÃRE SUR LA DURÃE DU JOUR; 1º RÃFRACTION.
Nous avons vu, nº 108 et 109, que l'atmosphère réfractant les rayons
lumineux qui nous viennent du soleil, nous fait voir cet astre plus haut
qu'il ne l'est en réalité, que, notamment tout près de l'horizon, elle
le relève d'un angle de plus de 33'. Il résulte de là que nous voyons le
soleil se lever avant qu'il ne soit réellement au-dessus de l'horizon,
et que nous le voyons encore quelque temps après qu'il s'est abaissé
au-dessous de ce plan. La durée du jour se trouve donc augmentée par là ,
et celle de la nuit diminuée en conséquence. C'est ainsi qu'à Paris le
plus long jour de l'année est de 16h 7m, et le plus court de 8h 11m, au
lieu de 15h 18m et 8h 2m, comme nous l'avons indiqué en ne tenant pas
compte de la réfraction. Au pôle boréal le soleil paraît au-dessus de
l'horizon (l'équateur) tant qu'il n'est pas descendu à la latitude
australe de 33'.
=187=. CRÃPUSCULE. L'atmosphère agit encore d'une autre manière pour
augmenter la durée du jour. On sait que les molécules d'air
réfléchissent en tous sens, non-seulement la lumière qui tombe
directement sur leur surface, mais encore celle qui a déjà été réfléchie
vers elles par d'autres molécules. Le résultat de ces réflexions
multipliées est la lumière diffuse qui nous éclaire alors même que le
soleil est à une certaine distance au-dessus de l'horizon.
On appelle _crépuscule_ la lumière qui, de cette manière, nous arrive
indirectement du soleil, avant son lever et après son coucher. Le
crépuscule du matin est aussi connu sous le nom d'_aurore_.
[Illustration: 150, Fig. 68]
Quand le soleil venant de se coucher pour un lieu _m_ de la terre
(_fig._ 68) descend progressivement au-dessous de son horizon _m_D, il
continue pendant un certain temps à projeter directement de la lumière
sur une partie de la masse d'air atmosphérique DCD' située au-dessus de
cet horizon. Ainsi, de la position S, indiquée sur notre figure, le
soleil envoie directement de la lumière à toute la partie CED de la
masse atmosphérique D'CD; cette lumière est réfléchie partiellement vers
le lieu _m_ par les molécules de cette masse d'air; d'où la clarté
crépusculaire. L'étendue de la masse CED, ainsi frappée directement par
les rayons du soleil, diminue à mesure que cet astre s'abaisse davantage
sous l'horizon; la clarté crépusculaire diminue naturellement avec elle,
et doit s'éteindre alors que l'extrémité C du _rayon solaire tangent_
SKC, mobile avec le soleil, vient coïncider avec le point D. Cette
dégradation progressive de la clarté crépusculaire, à partir de la
clarté du jour, ménage la transition du jour à la nuit. Quand le soleil,
continuant son mouvement diurne, se rapproche de nouveau de l'horizon
mD', un rayon solaire commence par arriver en D'; puis l'extrémité du
rayon tangent à la terre remontant sur D'CD, la masse d'air D'C'E',
frappée directement par les rayons solaires avant le lever de l'astre,
augmente progressivement; de sorte que la clarté crépusculaire, d'abord
très-faible, augmente progressivement jusqu'à ce qu'arrive la clarté du
jour proprement dit; ainsi se trouve ménagée la transition de la nuit au
jour.
=188=. On estime par expérience, en calculant le temps qui s'écoule
depuis le coucher du soleil jusqu'à l'instant où l'on peut voir à la vue
simple les plus petites étoiles (celles de 5e et de 6e grandeur), que le
crépuscule cesse, pour un lieu donné, quand le soleil arrive à 18°
au-dessous de l'horizon de ce lieu, et qu'il recommence quand le soleil,
se rapprochant de cet horizon, n'en est plus qu'Ã cette distance de
18°[77].
[Note 77: L'état de l'atmosphère, la transparence plus ou moins grande
de l'air, doivent avoir une grande influence sur l'intensité de la lueur
crépusculaire. Aussi ne doit-il pas toujours arriver que la fin du
crépuscule, ou le commencement de l'aurore, corresponde au même
abaissement du soleil au-dessous de l'horizon. La limite que nous
indiquons n'est donc qu'approximative.]
[Illustration: 151, Fig. 69]
=188= _bis_. Tous les points de la sphère céleste situés à 18°
au-dessous de l'horizon d'un lieu se trouvent sur la circonférence d'un
certain cercle de cette sphère parallèle à l'horizon, derrière celui-ci
par rapport au zénith M du lieu, et à une distance sphérique de 18°.
C'est le cercle _h_L'_h_'C' de la _fig._ 69. PEP'E' est le méridien du
lieu _m_ dont le zénith est M; HLH'C son horizon, rencontrant le
méridien suivant HH'; FLF'C représente un des parallèles diurnes décrits
par le soleil dans le sens FLF'C.
Le soleil ayant décrit l'arc LF'C au-dessus de l'horizon, se couche en
C; le crépuscule du soir commence alors et dure pendant que le soleil,
continuant son mouvement diurne, parcourt l'arc CC'; il fait absolument
nuit pendant que cet astre décrit l'arc C'FL'. Quand il arrive en L',
l'aurore ou crépuscule du matin commence, et dure jusqu'à ce que le
soleil se lève en L.
L'un et l'autre crépuscule allongeant le jour à ses deux bouts, qu'on
nous permette cette expression, diminuent la nuit proprement dite de ce
qu'ils ajoutent au jour. Il arrive même, à l'époque des longs jours,
pour les lieux dont la latitude dépasse 48° 32', que l'adjonction des
deux crépuscules au jour supprime absolument la nuit. (V. la note
ci-dessous.)
A Paris notamment, dont la latitude est de 48° 50' 11", il n'y a pas de
nuit absolue aux environs du solstice d'été du 15 au 25 juin. Le
crépuscule du soir n'est pas fini que celui du matin commence[78].
[Note 78: Si l'on veut considérer ces jours allongés durant lesquels le
soleil parcourt des arcs tels que L'F'C', et ces nuits restreintes
durant lesquelles il parcourt des arcs tels que C'FL' pour les comparer
les uns aux autres, comme nous avons fait pour les jours et les nuits
proprement dits, on n'a qu'à reprendre la fig. 63 en y remplaçant
l'horizon HGH'F par le cercle parallèle _h_L'_h'_C', placé au-dessous de
celui-ci, par rapport au lieu M, à la distance sphérique _h_H = 18°
(_fig._ 69). L'observation du mouvement annuel, ainsi faite, conduit aux
mêmes conséquences et dans le même ordre, sauf ce qui concerne le plus
long jour et la plus longue nuit, qui se trouve ainsi modifié. La zone
terrestre comprenant les lieux qui ont le plus long jour de 24 heures au
moins est augmentée d'une zone inférieure large de 18°, ce qui fait
descendre sa base inférieure à la latitude de 48° 32'; de sorte que
Paris, dont la latitude est de 48° 50' 11", se trouve sur cette zone; de
là ce que nous avons dit dans le texte.
La zone comprenant les lieux qui ont leur plus longue nuit de 24 heures
au moins, se trouve au contraire diminuée d'une zone de 18° de largeur;
de sorte qu'elle ne comprend plus que les lieux dont la latitude est au
moins de 66° 32' + 18º = 84° 32'.
Tout cela se voit sur la _fig._ 69. En effet, pour que le plus long des
jours que nous considérons actuellement soit de 24 heures au moins pour
un certain lieu, il suffit que l'on ait pour ce lieu _h_E < 23° 28' ou
HE-18° < 23° 28'; d'où HE < 23° 28' + 18° = 41° 28'. Mais HE =
90°-latitude; donc 90°-latitude < 41° 28'; d'où latitude > 48° 32'.]
=189=. _Durée du crépuscule_. Le mouvement du soleil sur chaque cercle
diurne étant sensiblement uniforme, les durées des crépuscules du soir
et du matin ont pour mesure les nombres de degrés des arcs
crépusculaires CC', L'L; ces deux arcs étant égaux, nous pouvons dire
d'abord: _l'aurore et le crépuscule du soir d'un même jour solaire
durent autant l'un que l'autre_.
Si on ne quitte pas un même lieu de la terre, on voit que pour tous les
parallèles diurnes rencontrés à la fois par les cercles HH', _hh'_, les
projections des arcs crépusculaires sur le méridien sont égales toute
l'année. Ayant égard aux positions respectives de ces arcs
crépusculaires sur leurs cercles, par rapport au plan de projection,
puis à la grandeur de ces cercles diurnes suivant leur rapprochement de
l'équateur, on suit facilement les variations de la durée du crépuscule
en ce lieu pour les diverses époques de l'année (_fig._ 70). Nous
contentant d'indiquer la marche à suivre, nous laissons au lecteur Ã
préciser le sens de ces variations.
[Illustration: 153, Fig. 70]
Ce qui importe davantage, c'est de comparer les durées correspondantes
des crépuscules pour des lieux différents.
_La durée du crépuscule à une même époque quelconque de l'année est
d'autant plus grande pour un lieu que sa latitude est plus élevée._
On voit la raison de ce fait sur la _fig._ 70, où nous n'indiquons que
les projections des cercles diurnes et les traces des horizons de deux
lieux M et M_(1). Comparez les projections sur un même parallèle; comme
la différence est constante, voyez sur l'équateur I_i_', I_i_'_(1).
Plus l'horizon d'un lieu est incliné sur l'équateur, et par suite sur
les parallèles diurnes, plus est étendu l'arc du parallèle diurne
compris entre l'horizon HH' et le cercle _hh_', entre lesquels existe
toujours l'écartement fixe de 18°; cela se voit par les projections. Les
arcs crépusculaires finissent par devenir très-grands, et le crépuscule
finit par augmenter le plus long jour de plusieurs jours solaires, et
même d'un ou deux mois pour les lieux voisins du pôle. Quand on arrive
au pôle, HH' devenant l'équateur, _hh_' étant au-dessous à 18° de
distance, il ne reste plus au-dessous de hh' qu'une zone de 5° 28' de
large, sur laquelle le soleil ne reste que 70 jours environ, de sorte
que le crépuscule diminue la nuit de plus de 3 mois.
CAUSES PRINCIPALES DES VARIATIONS DE LA TEMPÃRATURE EN UN LIEU DÃTERMINÃ
DE LA TERRE.
=190=. La quantité de chaleur que reçoit chaque jour un lieu déterminé
est très-variable: _elle dépend de la durée du jour en ce lieu et de la
hauteur méridienne du soleil au-dessus de son horizon_. Plus le jour est
long et plus le soleil s'élève, plus l'échauffement est grand[79]. Du
solstice d'hiver au solstice d'été, la hauteur méridienne du soleil
augmente dans nos climats en même temps que la durée du jour; la
quantité de chaleur reçue quotidiennement dans ce lieu augmente donc
continuellement durant cette période de l'année. Du solstice d'été au
solstice d'hiver, au contraire, la hauteur méridienne du soleil diminue
avec la durée du jour; la quantité de chaleur reçue journellement
diminue donc dans cet intervalle.
[Note 79: La hauteur du soleil au-dessus de l'horizon n'est autre chose
que l'angle sous lequel les rayons solaires viennent frapper le sol au
moment considéré; or, si une surface se présente successivement aux
rayons solaires sous un angle variable, il est évident que le nombre des
rayons reçus sur une étendue donnée est le plus grand possible quand la
surface leur est perpendiculaire, et que ce nombre va en diminuant avec
l'angle que les rayons forment avec la surface, jusqu'Ã devenir nul avec
cet angle. Tout cela se constate en physique par l'expérience.
Prenons donc le soleil un certain jour à son lever; la quantité de
chaleur qu'il fournira dans l'unité de temps par exemple au lieu
considéré, ira évidemment en augmentant depuis zéro jusqu'à un maximum
qui aura lieu à midi vrai, puis diminuera depuis ce maximum jusqu'Ã
zéro.
Comparons maintenant ce qui arrive à Paris, à deux époques où la durée
du jour est différente. Plus le jour est long, plus la hauteur
méridienne du soleil est grande.
Donc plus le jour est long, plus grande est la quantité de chaleur reçue
par la terre, parce qu'elle est frappée _plus longtemps et avec une plus
grande intensité moyenne_ par les rayons solaires.]
[Illustration: 150, Fig. 1]
=191=. Dans nos climats, et en général pour tout lieu situé entre le
pôle et le tropique, _la hauteur méridienne du soleil au-dessus de
l'horizon varie_ avec _la déclinaison du soleil_ dans le même sens que
la durée du jour. C'est ce que l'on voit clairement sur la _fig._ 63.
Supposons que PEP'E' soit le méridien du lieu M; la hauteur méridienne
du soleil est l'angle que fait, avec la trace IH' de l'horizon, le rayon
qui va chaque jour du centre I de la terre au point de l'arc TS' où
passe le soleil à midi. Ex.: le jour où le soleil décrit le cercle
diurne LDCK, sa hauteur méridienne est l'angle DIH', mesuré par l'arc
DH'. Cette hauteur méridienne, qui est à son minimum, S'IH', au solstice
d'hiver, en même temps que la durée du jour, augmente continuellement
avec celle-ci à mesure que le soleil remonte sur l'écliptique, se
rendant du solstice d'hiver au solstice d'été, puis diminue avec la
durée du jour dans l'intervalle du solstice d'été au solstice d'hiver.
Aux environs de chaque solstice, la hauteur méridienne, avant de varier
dans un autre sens, reste quelque temps stationnaire avec la déclinaison
du soleil et la durée du jour.
A Paris, le minimum de la hauteur méridienne du soleil est 17° 42' au
solstice d'hiver; le maximum 64° 38', au solstice d'été; la moyenne est
41° 10', à l'un ou à l'autre équinoxe.
=192.= Mais la température d'un lieu, à chaque instant, ne dépend pas
seulement de la quantité de chaleur qu'il reçoit à cet instant; cette
chaleur, qu'il tend à perdre par le rayonnement, lui est plus ou moins
conservée par l'atmosphère. Il résulte de là que le maximum de la
température _du jour_ n'a pas lieu à midi, moment où la terre reçoit la
plus grande quantité de chaleur, mais à deux heures environ; un peu plus
tôt en hiver, un peu plus tard en été.
En voici la raison: A midi, par exemple, le sol reçoit plus de chaleur
qu'il n'en perd par le rayonnement, et la température s'élève. Il en est
de même jusqu'à deux heures environ; alors l'intensité du rayonnement
ayant augmenté progressivement avec la température, tandis que la
quantité de chaleur reçue à chaque instant a diminué avec la hauteur du
soleil, la perte surpasse le gain, et la température s'abaisse jusqu'Ã
l'heure du lendemain où le sol recommence à gagner plus qu'il ne perd.
L'heure du maximum n'est pas la même partout; sur les montagnes elle se
rapproche de midi, parce que l'atmosphère moins dense s'oppose moins au
rayonnement.
Un effet semblable se produit quant à la plus haute température _de
l'année_. S'il n'y avait pas accumulation de la chaleur conservée par
l'atmosphère, le jour le plus chaud de l'année serait le 21 juin, jour
du solstice d'été; le jour le plus froid serait le 21 décembre, vers le
solstice d'hiver. Mais, Ã cause de l'accumulation susdite, la plus haute
température de l'année a lieu un mois plus tard, à la fin de juillet; le
minimum trois semaines plus tard, vers le milieu de janvier.
Au solstice d'été, par exemple, la somme des quantités de chaleur reçues
par le sol dans un jour solaire surpasse la somme de celles qu'il perd
dans le même temps par le rayonnement de jour et de nuit; par suite, la
température moyenne s'élève d'un jour à l'autre; cela continue ainsi
pendant le mois qui suit. Après ce mois, le rayonnement ayant augmenté
avec la température, et la quantité de chaleur reçue ayant diminué avec
la hauteur méridienne et la durée du jour, la perte de chaleur pour
chaque jour solaire finit par surpasser le gain, et la température
moyenne s'abaisse. Cela dure ainsi jusqu'à l'époque de l'année où le
gain redevient de nouveau supérieur à la perte. Nous n'avons pas besoin
de faire remarquer l'influence des longues nuits.
=193=. Les variations de la température n'ont pas, en réalité, la
régularité qui vient d'être indiquée; d'autres causes accidentelles
influent considérablement sur ces variations. Les vents qui soufflent
irrégulièrement, tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, apportant dans un
lieu des masses d'air considérables ayant pris la température différente
qui règne dans d'autres régions de la terre, modifient la température du
lieu tantôt dans un sens, tantôt dans un autre. La température générale
d'un lieu peut encore être influencée _par le voisinage des mers, d'une
chaîne de montagnes, la hauteur du lieu au-dessus du niveau de la mer_.
(V. la note ci-dessous)[80], et en général _par la distribution des
terres et des eaux dans la région du globe où il se trouve_. Mais ces
causes sont en général du domaine de la météorologie, et nous n'avons
pas à nous en occuper ici.
[Note 80: L'atmosphère s'oppose au rayonnement de la chaleur terrestre,
et par suite au refroidissement qui en résulte. Mais à mesure qu'on
s'élève au-dessus du niveau des mers, l'air moins dense s'oppose moins
au rayonnement; de là un froid plus grand. On a remarque que la
température, à latitude égale, s'abaisse d'environ 1° pour 185 mètres
d'élévation.]
=194=. PRINCIPALES ZONES TERRESTRES. Sous le rapport des températures,
et quelquefois de la durée du plus long jour et de la plus longue nuit,
on divise la terre en un certain nombre de zones dont nous indiquerons
seulement les principales.
On appelle _tropiques terrestres_ deux parallèles tracés sur le globe
terrestre à 23° 28' de part et d'autre de l'équateur; les tropiques
terrestres correspondent aux tropiques célestes (nº 120) (V. _fig._ 63,
les cercles ST, S'T').
On appelle _cercles polaires_ deux parallèles situés à 23° 28' des pôles
(66° 32' de l'équateur). Le cercle polaire boréal (cercle _pq_, fig. 63)
passe en Islande, au nord de la Suède, dans la Sibérie, le pays des
Esquimaux, et le Groënland. Le cercle polaire austral (cercle _p'q'_,
fig. 63) est défendu par des glaces perpétuelles.
La surface de la terre est partagée par ces quatre cercles en cinq zones
principales: 1º _La zone torride_, comprise entre les deux tropiques,
qui a 46° 50' de largeur; 2º deux zones tempérées dont chacune est
comprise entre l'un des tropiques et un cercle polaire; 3º deux zones
glaciales comprises entre les cercles polaires et les pôles.
La zone torride occupe à peu près 0,40 de la surface totale de notre
globe; les zones tempérées 0,52, et les zones glaciales 0,08.
=195=. _Température des différentes zones_. Dans la zone torride, entre
les tropiques, le soleil s'écartant peu du zénith à midi, les rayons
tombent chaque jour verticalement sur la terre et y pénètrent en
très-grande quantité. Aussi la température moyenne de cette zone
est-elle très-élevée; à l'équateur elle est de 28° centigrades.
Dans les zones tempérées, à mesure que la latitude augmente, les rayons
du soleil, tombent plus obliquement sur la terre, y pénètrent en moins
grande quantité; la température moyenne diminue rapidement. A la
latitude de Paris elle n'est plus que de 10 à 11°. Au cap nord, à la
latitude de 70°, elle est descendue à 0°.
Dans les zones glaciales, à l'obliquité du soleil se joint la longueur
des nuits. Le froid y est toujours très-intense, c'est la région des
glaces perpétuelles.
REMARQUES. A latitude égale, la température est plus élevée en Europe
qu'en Amérique et en Asie. Par exemple: la température moyenne est la
même à Londres, dont la latitude est 51° 31', qu'à New-York dont la
latitude est 41° 55'.
L'hémisphère austral est plus froid que l'hémisphère boréal. La ceinture
de glaces perpétuelles qui entoure le pôle boréal ne s'étend pas à plus
de 9°, tandis que celle qui entoure le pôle austral s'étend à plus de
18°.