_Que le riche dîne deux fois._
Proverbe ancien qu’on lit dans le festin de Trimalcion en ces termes:
_Tu beatior es? bis prande, bis cœna; si tu es plus riche que moi,
dîne et soupe deux fois._—C’est une espèce de défi donné au riche
par le pauvre dont le pain grossier a pour assaisonnement un appétit
vigoureux, tandis que tout le luxe des festins les plus raffinés ne
peut suppléer à cet attrait que le riche ne connaît pas. On sait le
mot de ce financier accosté, comme il rentrait chez lui, à l’heure du
dîner, par un malheureux qui demandait l’aumône en s’écriant: J’ai
faim.—Que ce coquin dit-il, est heureux! il a faim!
=DIRE.=—_Bien dire fait rire, bien faire fait taire._
Ce proverbe s’applique aux personnes qui démentent et décréditent par
leur conduite la morale qu’elles prêchent dans leurs discours, et qui
font rire d’elles par leurs beaux préceptes, parce qu’elles ne se font
pas applaudir par leurs bonnes actions.
_Tout est dit._
_Nullum est jam dictum, quod non dictum sit prius._ (Térence.)
Cet adage, qu’une critique décourageante veut ériger en dogme
littéraire, n’est pas absolument vrai. Tout est pensé peut-être, mais
tout n’est pas dit; et s’il n’y a point d’idées tout à fait nouvelles,
il peut y avoir des expressions neuves, car la combinaison des mots
est infinie, et c’est un art créateur que celui de les placer, de
les assortir, de les embellir l’un par l’autre, en leur ménageant
des reflets étrangers, et en leur faisant trouver dans ces échanges
réciproques des couleurs toujours variées. Il en est du langage comme
de la lumière qui, sans changer dans son essence, prend mille teintes
différentes, suivant les combinaisons d’un habile opticien.
=DISEUR.=—_L’entente est au diseur._
_Unusquisque verborum suorum optimus interpres est._ Celui qui parle
est toujours censé le plus habile à comprendre et à expliquer ce qu’il
dit, lors même qu’il lui est impossible de le faire; ce qui n’est
pas aussi rare qu’on pourrait l’imaginer, car il y a bon nombre de
discoureurs auxquels cela ne manque pas d’arriver, parce qu’une sotte
vanité les engage à débiter inconsidérément des phrases sur tout, quand
ils n’ont des idées sur rien. On peut dire d’eux, avec Sterne, que leur
tête creuse est comme le tourne-broche que la fumée seule fait aller.
Le philosophe Phavorin adressait à un bavard de cette espèce
l’apostrophe suivante, rapportée par Aulu-Gelle: _An scire atque
intelligere neminem vis quæ dicas? Quidni, homo inepte, ut quod vis
abunde consequaris, taces?_
Si ton esprit veut cacher
Les belles choses qu’il pense,
Dis-moi, qui peut t’empêcher
De te servir du silence? (MAYNARD.)
Spéron-Spéroni, écrivain italien du XVI^e siècle, explique très bien
comment des gens qui s’énoncent clairement pour eux-mêmes, dans leurs
discours ou leurs écrits, sont obscurs pour les auditeurs ou les
lecteurs. C’est, dit-il, que ces gens vont de la pensée à l’expression,
tandis que les autres vont de l’expression à la pensée.
_Diseur de bons mots, mauvais caractère._
Mot de Pascal, répété par La Bruyère, et passé en proverbe, pour blâmer
ces mauvais plaisants qui cherchent à faire briller leur esprit aux
dépens de leur cœur, et qui _aiment mieux perdre un ami qu’un bon mot_.
_Les grands diseurs ne sont pas les grands faiseurs._
Ceux qui se vantent le plus, qui promettent le plus, sont ordinairement
ceux qui font le moins. Nous disons encore: _Grand vanteur, petit
faiseur._
_Chi e largo di bocca e stetto di mano, qui est large de bouche est
étroit de main._ (Proverbe italien.)
_La lengua luengua es senal de mano corta, la langue longue est signe
de main courte._ (Proverbe espagnol.)
_Great cry and little wool, grand cri et peu de laine._—Proverbe
anglais, qui est venu de ce que, dans plusieurs _mystères_, le diable
était représenté tondant les soies de ses cochons.
=DOIGT.=—_Mettre le doigt dessus._
C’est deviner, découvrir une chose. Les Latins disaient: _Rem acu
tangere_, _toucher la chose avec l’aiguille._ Ce que Cicéron appliqua
plaisamment à un sénateur dont le père avait été tailleur.
_Savoir une chose sur le bout du doigt._
La savoir parfaitement de mémoire. C’est une variante de _Savoir sur
l’ongle_, expression traduite de l’expression latine _ad unguem_
qu’Erasme regarde comme une métaphore empruntée des marbriers qui
tâtent à l’ongle la jointure des marbres rapportés, pour juger si elle
est bien faite.
_Mon petit doigt me l’a dit._
Phrase proverbiale qu’on adresse aux enfants, pour leur faire croire
qu’on sait la vérité de quelque chose qu’ils refusent d’avouer. Elle
a été agréablement employée par Molière dans une scène du _Malade
imaginaire_ que tout le monde connaît.
«Quelques auteurs ont estimé, dit le père Labbe, qu’il fallait
expliquer _Mon petit doigt me l’a dit_, par _mon petit dé_ (_dé_ pour
_dex_, ou dieu) _me l’a dit_, faisant allusion au génie de Socrate, à
la nymphe Egérie de Numa, et autres démons familiers; ces démons étant
présumés inspirer ceux qu’ils favorisaient, et leur parler à l’oreille.»
Il est plus probable que cette phrase est née de l’usage de porter
à l’oreille le petit doigt, nommé _auriculaire_ pour cette raison.
Un père, en y portant le sien, aura feint qu’il lui révélait quelque
chose, et ce trait imité par d’autres sera passé en coutume.
Lorsque le général Beurnonville fit son fameux rapport sur une victoire
qui ne lui avait coûté que le petit doigt d’un tambour, un plaisant
composa une chanson dont le refrain était:
Holà! citoyen Beurnonville,
Le petit doigt n’a pas tout dit.
_Il ne faut pas mettre le doigt entre l’arbre et l’écorce._
Il ne faut pas se mêler des querelles d’un mari et de sa femme, et en
général des personnes qui sont naturellement unies. Une scène comique
de Molière fait voir à quoi s’expose l’indiscret conciliateur.—Ce
proverbe est plaisamment travesti dans le _Médecin malgré lui_ (act. I,
sc. 2), où Sganarelle l’énonce ainsi: _Entre l’arbre et le doigt il ne
faut pas mettre l’écorce._
=DON.=—_Il n’y a pas de plus bel acquêt que le don._
Il n’y a pas de bien acquis d’une plus belle manière que celui qui nous
est donné.
_Jamais un don ne vaut autant qu’au moment où l’on désire l’obtenir._
Ce proverbe a été employé par le troubadour Savary de Mauléon qui en
est peut-être l’inventeur.
=DONNER.=—_Qui tôt donne, deux fois donne._
Traduction littérale de cette pensée de Sénèque: _Bis dat qui cito
dat._ «La règle de la vraie bienfaisance, dit ce philosophe, est de
donner comme nous voudrions recevoir, de bon cœur, promptement et
sans hésiter. Un bienfait n’est pas agréable quand le bienfaiteur le
garde trop longtemps dans ses mains, qu’il ne le lâche qu’avec peine,
et comme s’il se l’arrachait. Après le refus, rien de plus dur que
l’irrésolution. Elle manque à coup sûr la reconnaissance. En effet,
le principal mérite du bienfait consistant dans la bienveillance,
témoigner par ses délais qu’on oblige à contre-cœur, ce n’est pas
donner, c’est mal défendre ce qu’on donne.»
On perd la grâce et le mérite d’un don quand on ne l’accorde pas le
plus tôt qu’on peut. Un don qui se fait trop attendre, est gâté quand
il arrive.
«Ne dites point à votre ami qui vous demande quelque chose: _Allez
et revenez, je vous le donnerai demain_, lorsque vous pouvez le lui
donner à l’heure même.» (Proverbe de Salomon.)
Si devant servir aujourd’hui ton prochain, tu attends à demain, fais
pénitence. (_Zend-Avesta_ de Zoroastre.)
_On ne donne rien pour rien._
On ne donne que pour recevoir. Les présents qu’on fait ne sont que les
arrhes de ceux qu’on attend.—Ce n’est pas là donner, dit Pline le
jeune, c’est avec des présents trompeurs qui cachent l’hameçon et la
glu dérober le bien d’autrui, _Viscatis humatisque muneribus non sua
promere sed aliena corripere._ (Epist. 30, lib. IX.)
Les Italiens disent: _Chi da ensegna rendere_, _qui donne enseigne à
rendre_; et les Arabes: _Qui apporte, emporte_.
_Donner un œuf pour avoir un bœuf._
Les Latins employaient dans le même sens ce jeu de mots: _Pileum donat
ut pallium recipiat, il donne un bonnet pour avoir un manteau._ Les
Espagnols ont les deux dictons suivants: _Con una sardina pescar una
trucha, avec une sardine pêcher une truite._—_Meter aguja y sacar
reja, mettre une aiguille et tirer un soc de charrue._
=DORMIR.=—_Dormir la grasse matinée._
Quelqu’un a prétendu, je crois que c’est Pasquier, que le mot _grasse_
a été mis ici par métonymie, parce que ceux qui dorment beaucoup
prennent de l’embonpoint; mais ce mot s’explique très bien sans figure
dans le sens de _grande_ qu’il a quelquefois; et l’expression _Dormir
la grasse matinée_, ou _la grande matinée_, est traduite du latin _Mane
totum dormire_.
Les Espagnols disent, d’une manière heureuse: _Hazer plazer al sueno,
faire plaisir au sommeil_; ce qui rappelle ces jolis vers de Vergier
sur La Fontaine:
Il laisse à son gré le soleil
Quitter l’empire de Neptune,
Et dort tant qu’il plaît au sommeil.
Nous disons encore proverbialement: _Faire honneur au soleil._ Cet
honneur consiste à le laisser lever le premier.
=DOS.=—_Il tombe sur le dos et se casse le nez._
Expression plaisante dont on se sert en parlant d’un homme tout à
fait malencontreux. Les Basques disent: _Les vers s’engendrent dans
sa salière_;—les Provençaux: _Il ferait faire naufrage à une barque
chargée de crucifix_;—les Italiens: _Si romperebbe il collo in un filo
di paglia, il se casserait le cou contre un brin de paille._—Nous
disons encore: _Il se noierait dans un verre d’eau ou dans un crachat._
=DOUBLURE.=—_Fin contre fin n’est pas bon à faire doublure._
On ne réussit pas à tromper aussi fin que soi. _Ars deluditur
arte._—Les Italiens disent: _Duro con duro non fece mai bono muro, dur
contre dur ne fit jamais bon mur._
=DOUCEUR.=—_Plus fait douceur que violence._
Proverbe dont La Fontaine est peut-être l’auteur.—Un autre proverbe
dit: _On prend plus de mouches avec du lait_, ou _du miel, qu’avec du
vinaigre._
=DOUTE.=—_Dans le doute abstiens-toi._
Tant que nous ignorons ce que nous devons faire, la sagesse consiste
à rester dans l’inaction, car il vaut mieux ne rien faire que de
s’exposer à mal faire.—Ce proverbe se trouve dans le Zend-Avesta de
Zoroastre qui passe pour en être l’inventeur. Cicéron l’a rapporté
et expliqué en ces termes: _Quod dubites ne feceris; æquitas enim
lucet per se, dubitatio autem cogitationem significat injuriæ._ Ce
qui se trouve très bien traduit dans cette phrase du deuxième sermon
de Bossuet, pour le dimanche de la Passion: «Quand nous doutons de
la justice de nos entreprises, c’est une bonne maxime de se désister
tout à fait. L’équité reluit assez d’elle-même, et le doute semble
envelopper dans son obscurité quelque dessein d’injustice.»
=DOUTER.=—_Qui doute ne se trompe point._
_Qui dubitat non errat._ C’est en opinant qu’on se trompe, et non pas
en doutant.
_Error opinando non dubitando venit._
=DRAGÉE.=—_Tenir la dragée haute à quelqu’un._
C’est différer de lui accorder une chose promise; c’est offrir un vain
appât à son espérance.
Cette locution est venue d’un jeu dans lequel on excite la convoitise
des enfants en faisant voltiger devant eux une dragée suspendue par un
long fil au bout d’un bâton, sans qu’il leur soit permis de la saisir
autrement qu’avec la bouche.
=DRAP.=—_Mettre quelqu’un dans de beaux draps blancs._
C’est médire beaucoup de lui, découvrir tous ses défauts, et par
extension, le placer dans une situation embarrassante. Mettez un
Maure en de beaux draps blancs, dit Le Duchat, c’est de quoi le faire
paraître encore plus noir.
=DRAPEAU.=—_Le drapeau déchiré fait la gloire du capitaine._
Il en est de même de la fortune délabrée de l’homme vertueux. La vertu,
dit Rivarol, tire sa gloire des persécutions qu’elle endure, comme le
drapeau de guerre tire son lustre de ses lambeaux déchirés.
Le mot _drapeau_, autrefois _drapel_, qu’on croit dérivé, dans le sens
d’enseigne, de l’italien _drapello_, n’est pas très ancien en français.
Il fut introduit au XVI^e siècle par les capitaines qui tenaient à
honneur d’avoir fait les guerres d’Italie sous François I^{er}, et
qui voulaient faire entendre par ce mot que leur bannière avait été
déchirée, car _drapel_ (morceau de drap, chiffon) emportait autrefois
un pareil sens.
=DUIRE.=—_Ce qui nuit à l’un duit à l’autre._
Ce qui est mauvais pour l’un est bon pour l’autre. Le verbe _duire_,
que La Bruyère a mis dans la liste des mots qu’il regrettait, signifie
_convenir_, et ne s’emploie qu’à la troisième personne.
E
=EAU.=—_Il n’est pire eau que l’eau qui dort._
Ce proverbe nous est venu des anciens, car on lit dans Quinte-Curce
(liv. VII) que les Bactriens disaient: _Altissima flumina minimo sono
labuntur_, _les fleuves les plus profonds sont ceux qui coulent avec le
moins de bruit_. Il se trouve avec explication dans les vers suivants
extraits du livre IV des _Distiques de Caton_, qui furent composés dans
le VII^e ou le VIII^e siècle par un moine dont on ignore le vrai nom:
_Demissos animo et tacitos vitare memento:
Quod flumen tacitum est forsan latet altius unda._
Évite les gens sournois et taciturnes, car il n’y a peut-être pas dans
le fleuve d’eau plus profonde que l’eau dormante.
_L’eau échauffée prend plus vite la gelée._
C’est une opinion depuis longtemps répandue parmi le peuple, que l’eau
qui a bouilli est plus susceptible de passer à l’état de congélation.
Ce que Descartes, dans son traité des _Météores_ (discours 1^{er}),
explique de la manière suivante: «On peut voir par expérience que l’eau
qu’on a tenue longtemps sur le feu se gèle plus tôt que d’autre, dont
la raison est que celles de ses parties qui peuvent le moins cesser de
se plier (d’être liquides) s’évaporent pendant qu’on la chauffe.»—De
là le proverbe employé figurément pour signifier que la trop grande
ardeur qu’on met à faire une chose est sujette à se refroidir bien
vite, ou que le caractère le plus prompt à se livrer à l’emportement
est aussi le plus prompt à en revenir.
_Croyez cela et buvez de l’eau._
Dicton qu’on adresse à une personne qui a l’air de croire ou de vouloir
faire accroire quelque nouvelle dénuée de vraisemblance. C’est comme si
on lui disait: La chose est difficile à avaler, et puisque vous voulez
bien l’avaler, buvez de l’eau pour la faire passer.
_Mettre de l’eau dans son vin._
C’est revenir de son emportement, rabattre de ses menaces ou de quelque
résolution excessive, rentrer dans les bornes de la modération.—On
peut regarder, au premier aperçu, comme une singularité frappante
les éloges unanimes que les philosophes et les historiens grecs ont
consacrés à la découverte du vin trempé, comme si elle eût été de
nature à mériter l’admiration de la postérité; mais si l’on déroule
la grande liste des crimes que l’ivresse a produits, il est impossible
de ne pas approuver leur opinion, et de ne pas applaudir à la sagesse
des peuples antiques qui érigèrent des statues à celui qui leur apprit
à mêler de l’eau dans le vin _pour modérer_, comme dit Platon, _une
divinité furieuse par la présence d’une divinité sobre_[38], ou _pour
calmer_, comme dit Plutarque, _les ardeurs de Bacchus par le commerce
des nymphes_. Ces peuples pensaient qu’un service si important ne
pouvait leur avoir été rendu par un homme sans l’inspiration de quelque
dieu. Ils en attribuaient l’idée à Bacchus lui-même, et l’exécution
à divers personnages. Pythagore cite Achéloüs comme le véritable
inventeur, dans ses _Apothéoses_ qui commencent en ces termes:
«Crotoniates, gardez la mémoire d’Achéloüs, magistrat suprême d’Étolie,
qui le premier mit de l’eau dans le vin.» Pline le naturaliste nomme
un certain Staphilus. Quelques écrivains parlent d’Amphyction, roi
d’Athènes, et quelques autres de Cranaüs, également roi de la même
ville. Montaigne, adoptant cette dernière tradition, a dit dans ses
_Essais_ (liv. III, ch. 13): «Cranaüs, roy des Athéniens, fut inventeur
de cet usage de tremper le vin, utilement ou non, j’en ai vu desbattre.»
Voici une application plaisante de l’expression proverbiale. Deux
personnes disputaient un jour chaudement sur ce vers où il est parlé
des Romains:
Ils buvaient le falerne et les larmes du monde.
L’une d’elles soutenait qu’il était fort beau, et à chaque explication
qu’elle en donnait, l’autre ne répondait que par ces mots: Qu’est-ce
que cela prouve? Le poëte Lemière, témoin de la discussion, dit: Cela
prouve évidemment que les Romains _mettaient de l’eau dans leur vin_.
_L’eau trouble est le gain du pêcheur._
Les pêcheurs prennent beaucoup plus de poissons dans l’eau trouble
que dans l’eau claire; de même, les intendants font leur profit dans
l’administration d’un bien où le maître lui-même ne met pas bon ordre.
De là ce proverbe, et l’expression proverbiale _Pêcher en eau trouble_,
c’est-à-dire tourner à son avantage les désordres qui se présentent, ou
ceux même qu’on a suscités exprès dans les affaires, soit publiques,
soit particulières.—Les Grecs disaient dans le même sens: _Troubler
l’eau du lac pour pêcher des anguilles_. Ce qu’Aristophane applique à
un mauvais citoyen excitant des troubles dans l’état afin de s’enrichir
aux dépens du public.
_Ne faire que de l’eau claire._
C’est s’occuper sans succès de quelque affaire, y perdre son temps
et sa peine.—Le malin Furetière donnait pour devise à l’Académie
française un iris causé par les rayons du soleil qui lui était opposé,
avec ce quatrain:
Pendant que le soleil m’éclaire
Je parais de grande valeur;
Mais ma plus brillante couleur
Ne fait que de l’eau toute claire.
_Revenir sur l’eau._
C’est rétablir ses affaires, recouvrer du crédit, rentrer en faveur.
Cette expression est une métaphore prise de l’écorce du liége qu’on ne
peut enfoncer dans l’eau sans qu’elle remonte à la surface, aussitôt
qu’elle cesse d’être retenue par la main.
Pindare, dans ses _Pythiques_ (ode 2), s’est comparé à cette écorce
qui surnage toujours au milieu de l’agitation des flots; _immersabilis
undis_, comme dit Horace.
_Les eaux sont basses._
Cette façon de parler métaphorique s’emploie pour signifier que la
bourse d’une personne est à peu près sans argent, parce que les eaux
basses sont ordinairement sans poisson.
=ÉCHELLE.=—_Après lui il faut tirer l’échelle._
Il s’agit ici de l’échelle patibulaire sur laquelle on fesait monter
les condamnés afin de les accrocher à la potence. L’usage où l’on
était, lorsqu’il y avait plusieurs complices, de pendre le plus
coupable le dernier, et par conséquent de _retirer l’échelle après
lui_ puisqu’il ne restait personne à exécuter, donna lieu à cette
expression qu’on devrait employer, ce me semble, en mauvaise part, et
dont on se sert le plus souvent en bonne part, pour dire que quelqu’un
a si bien fait en quelque chose qu’il ne faut pas prétendre à l’égaler.
=ÉCHO.=—_Dans la tempête adore l’écho._
Maxime de Pythagore, qui signifie, dans les troubles civils, retire-toi
à la campagne.—Pope interprète différemment cette maxime dont le texte
grec est traduit plus littéralement de la manière suivante: _Quand les
vents s’élèvent, rends tes hommages à l’écho_. Il pense que Pythagore
a voulu dire: Quand tes oreilles sont frappées de toutes sortes de
rumeurs, n’ajoute foi qu’au second rapport. Mais une telle explication
n’est point reçue, quoiqu’elle soit plus naturelle que l’autre, et plus
conforme à la nature de l’écho.
Les Grecs exprimaient encore l’avantage de ne point se mêler aux
agitations populaires par ce proverbe: _La foudre épargne ceux qui
dorment_; car ils croyaient que le corps de l’homme, pendant le
sommeil, était dans un état propre à neutraliser les effets du feu
du ciel. Les lecteurs curieux de connaître les raisons physiques sur
lesquelles se fondait cette opinion erronée, les trouveront dans les
_Symposiaques_ de Plutarque (liv. IV, quest. 19).—Les Chinois disent:
_L’hirondelle qui est dans son nid voit d’un œil tranquille les
batailles des vautours_.
Une pareille doctrine peut être utile sans doute aux intérêts de
quelques individus, mais elle est nuisible aux intérêts de l’état. Le
devoir du vrai citoyen, dans un temps d’émeutes, est de paraître sur
la place publique pour y donner l’exemple du courage civil. Une loi
de Solon, tout à fait contraire au précepte de Pythagore, décernait
des peines contre ceux qui gardaient la neutralité quand les partis en
venaient aux mains. L’objet de cette loi était d’arracher l’homme de
bien à une inaction funeste, de le jeter au milieu des factieux, et de
sauver la cité par l’ascendant de la vertu.
=ÉCOLE.=—_Révéler les secrets de l’école._
C’est apprendre aux étrangers ce dont les confrères seuls doivent être
instruits.—Dacier rapporte l’origine de cette expression à la loi
fondamentale de l’école de Pythagore qui défendait de communiquer aux
profanes les dogmes de sa doctrine. Platon, Aristote, les épicuriens,
les stoïciens, et presque tous les philosophes de l’antiquité avaient
aussi dans leur enseignement plusieurs choses que leurs disciples
étaient obligés de tenir secrètes.
_Faire l’école buissonnière._
Cette expression, suivant les uns, fait allusion à la conduite de
certains pédagogues qui, pour se soustraire à un droit qu’ils devaient
payer aux chantres de l’église de Notre-Dame, allaient établir leurs
classes en plein air, hors de la ville. Elle est venue, suivant les
autres, de ce que les luthériens et les calvinistes, dont on ne
tolérait pas les écoles, en avaient de clandestines qui se tenaient
dans les halliers et les bois. Les deux explications se fondent
également sur un arrêt du 5 août 1552, par lequel le parlement défendit
tout enseignement que le chantre de Paris n’aurait pas autorisé, et
particulièrement les _écoles buissonnières_. Mais l’expression est
beaucoup plus ancienne que les faits auxquels on a voulu la rattacher.
Elle existait au commencement du XIII^e siècle, et s’appliquait aux
conciliabules secrets des Albigeois. Elle se trouve implicitement dans
un passage de _la Nouvelle de l’Hérétique_ (_las Novas del Heretge_),
poëme du troubadour Izarn, missionnaire dominicain et inquisiteur
employé à convertir ces hérétiques. L’auteur, parlant à un théologien
de la secte proscrite, lui dit: Tu n’as garde de prêcher ta doctrine
dans les églises, ni sur les places; _tu la prêches dans les bois, dans
les broussailles et les buissons_.
Tu no vols demostrar ta predicatio
En gleyza ne en plassa, ni vols dir ton sermo,
_Sinon o fas en barta, en bosc, o en boisso_[39].
Si l’on veut assigner une origine historique à la locution, c’est là
certainement qu’il faut la chercher. Mais n’est-il pas plus naturel
de penser qu’on a dit _Faire l’école buissonnière_ par la même
raison qu’on dit _Prendre ou Se donner campos_, en faisant allusion
aux escapades des écoliers villageois qui vont courir les champs et
chercher des nids dans les haies et les buissons?
=ÉCOSSAIS.=—_Fier comme un Écossais._
Il n’y a pas de pays plus propre que l’Écosse à rappeler ses habitants
à l’humilité, et cependant les Écossais sont de tous les êtres les plus
enclins à se glorifier. On serait tenté de croire que la nature a voulu
développer chez eux ce penchant outre mesure afin de les empêcher de
reconnaître les désavantages de ce sol triste et pauvre où elle les
a placés. Leur misère a toujours une compensation toute prête dans
leur excessive admiration d’eux-mêmes, et surtout dans leurs extrêmes
prétentions à une antique noblesse. Garrick racontait plaisamment sur
ce sujet que s’étant arrêté un soir dans une auberge, à quelques lieues
d’Edimbourg, il n’y avait trouvé que des domestiques gentilshommes
qu’il entendait parler entre eux de cette manière:—Monsieur le
comte, conduisez le cheval à l’écurie.—Madame la comtesse, mettez
le couvert.—Monsieur le marquis, nettoyez les bottes.—Madame la
marquise, faites donc du feu.—M. le baron, quand servirez-vous la
soupe? etc.... Rien n’est donc plus juste que le proverbe qui leur
reproche un orgueil exagéré, proverbe usité en Angleterre depuis un
temps immémorial, _Proud as a Scotchman_, et naturalisé en France dans
le XV^e siècle, à l’occasion des compagnies d’élite que Charles VII,
pendant ses guerres contre les Anglais, avait composées de soldats
fournis par des seigneurs d’Écosse dévoués à sa cause. Ces soldats
étrangers avaient beaucoup de priviléges honorifiques avec une paie
considérable, et leurs fonctions, en les approchant de la personne du
roi, leur donnait une excessive importance à leurs propres yeux, comme
aux yeux de tous les Français.
=ÉCOUTE-S’IL-PLEUT.=—_C’est un écoute-s’il-pleut._
Un _écoute-s’il-pleut_ est proprement un moulin qui ne va que par des
écluses et qui, manquant d’eau fort souvent, semble écouter s’il en
tombera du ciel. Au figuré, c’est un homme qui a besoin du secours
d’autrui pour faire quelque chose, un homme qui s’attend à des choses
qui n’arrivent presque jamais, une espérance très incertaine, une
promesse illusoire, une mauvaise défaite.
=ÉCOUTE.=—_Qui se tient aux écoutes entend souvent son fait._
La raison en est toute simple: c’est qu’ordinairement on ne se tient
aux écoutes que pour surprendre les paroles de ceux qu’on soupçonne
de malveillance, ou avec lesquels on a quelque chose à démêler.—On
appelle proprement _écoutes_ les endroits où l’on se cache pour écouter
ce qui se dit.
Plutarque a comparé les oreilles d’un curieux à des ventouses qui
attirent tout ce qu’il y a de mauvais.
L’Ecclésiaste dit (ch. VII, v. 22): «Que votre cœur ne se rende
point attentif à toutes les paroles qui se disent, de peur que vous
n’entendiez votre serviteur parler mal de vous. _Cunctis sermonibus
qui dicuntur ne accomodes cor tuum, ne forte audias servum tuum
maledicentem tibi._»
=ÉCRIT.=—_Les paroles s’envolent, et les écrits restent._
_Verba volant et scripta manent._—Ce proverbe a deux sens: le premier
est qu’en affaires il faut traiter par écrit, et non verbalement; ce
qu’on exprime encore par cette phrase burlesque: _Les effets sont des
mâles, et les paroles sont des femelles_; c’est-à-dire les effets ont
plus de force que les paroles.
Le second sens est qu’on ne saurait être assez prudent quand on écrit
quelque chose, parce qu’un écrit venant à tomber entre les mains des
malveillants qui l’interprètent à leur façon, peut attirer à son
auteur des désagréments ou des persécutions. On sait que le cardinal
de Richelieu soutenait qu’il n’avait besoin que de deux lignes de
l’écriture d’un homme pour y trouver de quoi le faire pendre.
Fabio Mirto, archevêque de Nazareth, qui fut trois fois nonce du pape
en France dans le XVII^e siècle, voulant montrer combien il faut
prendre de précautions pour écrire, disait: «Il ne se trouve point
dans tous les évangiles que notre Seigneur Jésus-Christ ait écrit plus
d’une fois; encore ne l’a-t-il fait que sur le sable, afin que le vent
effaçât l’écriture.»
On lit dans l’_Inconséquence du jugement public_, par Diderot, ce joli
passage: «J’ai cent fois dit aux amants: n’écrivez point; les lettres
vous perdront. Tôt ou tard le hasard en détournera une de son adresse.
Le hasard combine tous les cas possibles, et il ne lui faut que du
temps pour amener la chance fatale.»
Les Italiens ont ce proverbe: _Pensa molto, parla poco, scrivi meno_;
_pense beaucoup, parle peu, écris moins_.
=ÉCUELLE.=—_Manger à la même écuelle._
Au temps de la chevalerie, dit Legrand d’Aussy, la galanterie avait
imaginé de placer à table les convives par couple, homme et femme.
La politesse et l’habileté des maîtres ou maîtresses de maison
consistaient à savoir bien assortir les couples qui n’avaient qu’une
assiette commune; ce qui s’appelait _manger à la même écuelle_,
expression qui, détournée du sens propre au figuré, s’employa pour
marquer accointance, comme le prouvent ces deux vers d’un fabliau où il
est parlé d’un oncle qui vivait scandaleusement avec sa nièce:
Et si sachiez que chascun jour
En une escuelle menjoient.
(_Manuscr. de la Bibl. du Roi_, n. 7588.)
Les dévots eux-mêmes suivaient l’usage de manger à la même écuelle par
esprit d’humilité. Une vie de sainte Élisabeth en vers, célébrant la
charité de cette sainte envers les pauvres, dit:
Mengier les fit en s’escuelle.
(_Manuscr. de la Bibl. du Roi_, n. 7218.)
Au reste, cet usage, bon ou mauvais, ajoute Legrand d’Aussy, s’est
conservé longtemps en France, et même il a subsisté en partie à la
cour jusque sous Louis XIV. «Le roi, dit la duchesse de Montpensier
dans ses _Mémoires_ (t. IV, p. 17), ne mettait pas la main à un plat
qu’il ne demandât si on en voulait, et ordonnait de manger avec lui.
Pour moi qui ai été nourrie dans un grand respect, cela m’étonnait,
et j’ai été longtemps à m’accoutumer à en user ainsi. Quand j’ai vu
que les autres le faisaient, et que la reine me dit un jour que le roi
n’aimait pas les cérémonies et qu’il voulait qu’on mangeât à son plat,
alors je le fis.»
_Qui s’attend à l’écuelle d’autrui, dîne sauvent par cœur._
C’est-à-dire qu’on est souvent désappointé lorsqu’on attend quelque
chose des autres, comme celui qui croyant trouver à bien dîner chez
quelqu’un, y dîne fort mal ou n’y dîne pas.
_Il a bien plu dans son écuelle._
C’est-à-dire, il a beaucoup hérité.
=ÉGLISE.=—_Près de l’église et loin de Dieu._
Cela se dit d’une personne qui loge près d’une église et qui remplit
mal ses devoirs de chrétien. Il se dit aussi quelquefois par extension,
en parlant d’un faux dévot.
_Se marier en face de l’église._
Les usages de nos pères sont presque toujours la véritable source où
nous devons puiser l’explication de certaines façons de parler dont
nous sommes embarrassés de nous rendre raison; autrement il n’y a pas
moyen de sortir de cet embarras. Si nous voulons savoir, par exemple,
pourquoi l’on dit _Se marier en face de l’église_, il ne faut point
se mettre l’esprit à la torture pour découvrir dans le sens figuré,
comme on a prétendu le faire, l’origine de cette expression qui peut
paraître assez étrange. Il faut se rapporter à l’ancienne coutume de
commencer devant la porte de l’église la cérémonie du mariage qui se
fait aujourd’hui dans l’intérieur. Notre expression est née de cette
coutume, et elle date d’une époque très reculée; car elle se trouve au
vingt-sixième chapitre du III^e livre de Guillaume de Newbridge, savant
anglais qui écrivait en latin il y a plus de six cents ans. Voici le
passage où cet auteur l’a consignée, en faisant mention du mariage de
Henri II Plantagenet avec Éléonore d’Aquitaine, épouse divorcée du roi
de France Louis VII dit le jeune: _Solutamque a lege prioris viri_ IN
FACIE ECCLESIÆ _quâdam illicitâ licentiâ ille mox suo accepit conjugio_.
Dans un missel de 1555, à l’usage de l’église de Salisbury, se trouve
cette recommandation: _Statuantur vir et mulier ante ostium ecclesiæ,
sive_ IN FACIEM ECCLESIÆ, _coram deo et sacerdote et populo; que
l’homme et la femme soient placés devant la porte de l’église, ou_ EN
FACE DE L’ÉGLISE, _en présence de Dieu, du prêtre et du peuple_.
On sait que le mariage de Henri de Béarn, depuis Henri IV, avec
Marguerite de Valois, sœur de Charles IX, eut lieu le 18 août 1572, par
le ministère du cardinal de Bourbon, sur un brillant échafaud dressé à
la porte de l’église de Notre-Dame.
Ces faits, et beaucoup d’autres semblables que je pourrais citer,
prouvent qu’en France et en Angleterre on se mariait encore devant
la façade de l’église vers la fin du seizième siècle. Cependant il
faut observer que, dans la mauvaise saison et les jours pluvieux, on
fesait la cérémonie sous le porche; d’où l’on ne tarda pas à passer
dans la chapelle. Mais quels étaient donc les motifs qui avaient pu
faire adopter le mariage en plein air? Quelques auteurs pensent que cet
usage était un reste des mœurs païennes. Plusieurs peuples antiques,
particulièrement les Étrusques, disent-ils, se mariaient dans la rue,
devant la porte de la maison où l’on entrait pour la conclusion de la
cérémonie.
A cette raison Selden en ajoute une autre, dans son _Uxor hebraica_
(operar., t. III, p. 680): c’est que la dot ne pouvait être légalement
assignée qu’en face de l’église.
=ÉLÉPHANT.=—_Faire d’une mouche un éléphant._
C’est exagérer une chose pour lui donner de l’importance; c’est,
comme dit Pascal, _grossir un néant en montagne_. Cette expression
proverbiale était en usage chez les Grecs, car elle se trouve
littéralement dans Lucien: ἐλἐφαντα ἐϰ μνας ποιειν.
On pourrait appliquer souvent à certains exagérateurs le mot plaisant
de Goldsmith à Johnson qui avait l’habitude de traduire les choses les
plus simples en style très ampoulé: «Je crois, docteur, que si vous
vouliez écrire une fable sur de petits poissons, vous feriez parler ces
petits poissons comme des baleines.»
=ELLÉBORE.=—_Avoir besoin de deux grains d’ellébore._
Cette expression, dont on se sert en parlant d’une personne qu’on
veut taxer de folie, nous est venue des anciens qui employaient
l’ellébore pour purger le cerveau des fous.—Cette plante croissait
abondamment dans les trois îles d’Antycire, et c’est pour cela que les
Romains disaient dans le même sens: _Naviget Antyciram, qu’il aille
à Antycire_.—_O tribus Antyciris caput insanabile! ô têtes que ne
pourraient guérir tous les remèdes des trois Antycires!_
Archigenès, médecin fameux qui vivait sous Trajan, avait donné lieu
à une autre expression proverbiale très analogue; comme il excellait
dans le traitement des maladies mentales, on disait d’un homme qui
paraissait privé de la raison: _Il a besoin d’Archigenès_, comme on
dirait aujourd’hui: il a besoin d’Esquirol ou de Leuret. Suidas nous
apprend que ce médecin, natif d’Apamée en Syrie et établi à Rome, avait
beaucoup écrit sur son art et sur la physique.
=EMPLOI.=—_L’emploi fait connaître un homme._
Ce proverbe est littéralement traduit d’une sentence grecque attribuée
à Solon par Sophocle, et à Bias par Aristote. Il s’applique à peu près
dans le même sens que cet autre: _A l’œuvre on connaît l’ouvrier_.
=EMPRUNT.=—_Emprunt n’est pas avance._
Il est plutôt retard; car les intérêts qu’il faut payer retiennent plus
longtemps l’emprunteur dans la gêne. L’emprunt finit presque toujours
par _ronger une fortune ou grossir une misère_, comme dit le bonhomme
Richard. Le distique suivant, dont la pensée appartient à Socrate,
indique une bonne manière d’emprunter, à laquelle il faut recourir
quand on ne veut point mettre de l’arriéré dans ses affaires:
Voulez-vous sûrement rétablir vos finances?
Empruntez de vous-même en bornant vos dépenses.
_L’emprunt du Gascon._
Le quatrain suivant, de M. Capelle, fait très bien connaître quelle est
cette espèce d’emprunt:
Je commence à manquer de vivres,
J’attends des fonds de mon pays:
Prêtez-moi donc neuf francs.—Neuf! je n’en ai que six.
—Eh bien! donnez toujours: vous me devrez trois livres.
=ENCENS.=—_Selon les gens l’encens._
Il y a des vers latins dialogués dans lesquels le diable et un moine
échangent les paroles suivantes, que les uns regardent comme le
principe et les autres comme la conséquence du dicton: