Un vieux traducteur avait dit: _Én bonne pécune nombrée._

_Argent sous corde._

On dit _Jouer, payer argent sous corde_, dans le même sens que _Jouer,

payer argent comptant_, ou _argent sur table_. C’est une métaphore

prise du jeu de paume, où l’on met l’argent sous la corde.

=ARGOULET.=—_C’est un pauvre argoulet._

Les argoulets étaient des arquebusiers à cheval, qui existèrent depuis

Louis XI jusqu’à Henri II. Comme dans le dernier temps ils n’étaient

pas considérables, dit Ménage, en comparaison des autres cavaliers,

on employa le nom d’_argoulet_ pour désigner un chétif soldat, et par

extension un homme de néant.

=ARISTARQUE.=

Célèbre grammairien de Samos, qui fut chargé par Ptolémée Philadelphe

de revoir les poëmes d’Homère, dont il donna l’édition que nous avons

aujourd’hui. Dans cette importante révision, il fit preuve d’une

critique si sage et si judicieuse, que son nom, devenu appellatif,

a servi depuis à désigner un censeur juste, profond et éclairé.

C’est ce que les Romains entendaient par _un Aristarque_, comme le

prouve un passage de l’_Art poétique_ d’Horace, où il est dit: _Fiet

Aristarchus_, etc. C’est aussi ce que nous entendons, mais quelquefois

nous y attachons une idée particulière de sévérité.

=ARISTOTE.=—_Faire le cheval d’Aristote._

On dit _Faire le cheval d’Aristote_, pour désigner une pénitence qui

est imposée dans le jeu du gage touché, ou dans quelque autre jeu

semblable, et qui consiste à prendre la posture d’un cheval, afin de

recevoir sur son dos une dame qu’on doit promener ainsi dans le cercle

où elle doit être embrassée par les joueurs. Cette pénitence est sans

doute une allusion à l’usage symbolique d’après lequel le vassal ou le

vaincu se mettait aux pieds du suzerain ou du vainqueur, une bride à la

bouche et une selle sur le dos[10].

Quant à l’expression singulière par laquelle elle est désignée ici,

elle doit son origine à un fabliau intitulé _le Lai d’Aristote_, dont

voici le canevas[11].

Alexandre-le-Grand, épris d’une jeune et belle Indienne, semblait

avoir perdu le goût des conquêtes. Ses guerriers en murmuraient, mais

aucun d’eux n’était assez hardi pour lui en exprimer le mécontentement

général. Son précepteur Aristote s’en chargea: il lui représenta qu’il

ne convenait pas à un conquérant de négliger ainsi la gloire pour

l’amour; que l’amour n’était bon que pour les bêtes, et que l’homme

esclave de l’amour méritait d’être envoyé paître comme elles. Une telle

remontrance, autorisée sans doute par les mœurs du temps jadis, qui

étaient bien différentes des nôtres, fit impression sur le monarque, et

il se décida, pour apaiser les murmures de son armée, à ne plus aller

chez sa maîtresse; mais il n’eut pas le courage de défendre qu’elle

vînt chez lui. Elle accourut tout éplorée pour savoir la cause de son

délaissement, et elle apprit ce qu’avait fait Aristote. «Eh quoi!

s’écria-t-elle, le seigneur Aristote a de l’humeur contre le penchant

le plus naturel et le plus doux? Il vous conseille d’exterminer

par la guerre des gens qui ne vous ont fait aucun mal, et il vous

blâme d’aimer qui vous aime! C’est une déraison complète, c’est une

impertinence inouïe qui réclame une punition exemplaire, et, si vous

voulez bien le permettre, je me charge de la lui infliger.» Son amant

ne s’opposa point à ses projets, et dès ce moment elle mit tout en

œuvre pour séduire le philosophe. _Ce que veut une belle est écrit dans

les cieux_, et l’égide de la sagesse ne met pas à couvert de ses traits

vainqueurs. Le vieux censeur des plaisirs l’apprit à ses dépens. Son

cœur, surpris par les galanteries les plus adroites, se révolta contre

sa morale. Vainement il crut l’apaiser en recourant à l’étude et en se

rappelant toutes les leçons de Platon: une image charmante venait sans

cesse se placer devant ses yeux et détournait vers elle seule toutes

les méditations auxquelles il se livrait. Enfin il reconnut que l’étude

et Platon ne sauraient le défendre contre une passion si impérieuse, et

son esprit subtil lui révéla que le meilleur moyen de la vaincre était

d’y succomber. Dès l’instant il laissa là tous les livres et ne songea

qu’aux moyens d’avoir un entretien secret avec la jeune Indienne. Un

jour qu’elle fesait une promenade solitaire dans le jardin du palais

impérial, il accourut auprès d’elle, et à peine l’eut-il abordée qu’il

se jeta à ses pieds, en lui adressant une pathétique déclaration.

L’enchanteresse feignit de ne pas y croire pour se la faire répéter.

Cette manière de prolonger les jouissances de l’amour-propre était

alors en usage chez le beau sexe. Obligée enfin de s’expliquer, elle

répondit qu’elle ne pouvait ajouter foi à des aveux si extraordinaires

sans des preuves bien convaincantes. Toutes celles qu’il était possible

d’exiger lui furent offertes. «Eh bien, reprit-elle, après cela, il

faut satisfaire un caprice. Toute femme a le sien: celui d’Omphale

était de faire filer un héros, et le mien est de chevaucher sur le

dos d’un philosophe. Cette condition vous paraîtra peut-être une

folie; mais la folie est à mes yeux la meilleure preuve d’amour.» Il

fut fait comme elle le désirait. Qu’y a-t-il en cela d’étonnant? Le

dieu malin qui change un âne en danseur, comme dit le proverbe, peut

également changer un philosophe en quadrupède. Voilà notre vieux barbon

sellé, bridé, et l’aimable jouvencelle à califourchon sur son dos.

Elle le fait trotter de côté et d’autre, et pendant qu’il s’essouffle

à trotter, elle chante joyeusement un lai d’amour approprié à la

circonstance. Enfin, quand il est bien fatigué, elle le presse encore

et le conduit... devinez où?—elle le conduit vers Alexandre, caché

sous un berceau de verdure d’où il examinait cette scène réjouissante.

Peignez-vous, si vous le pouvez, la confusion d’Aristote, lorsque le

monarque, riant aux éclats, l’apostropha de cette manière: «O maître!

est-ce bien vous que je vois dans ce grotesque équipage? Vous avez donc

oublié la morale que vous m’avez faite, et maintenant c’est vous qu’il

faut mener paître.» La raillerie semblait sans réplique; mais l’homme

habile a réponse à tout.—«Oui, c’est moi, j’en conviens, répondit le

philosophe en se redressant. Que l’état où vous me voyez serve à vous

mettre en garde contre l’amour. De quels dangers ne menace-t-il pas

votre jeunesse, lorsqu’il a pu réduire un vieillard si renommé par sa

sagesse à un tel excès de folie?»

Cette seconde leçon était meilleure que la première. Alexandre parut

l’approuver, et il promit de la méditer auprès de la jeune Indienne.

C’était là qu’on lui reprochait d’avoir perdu sa raison, c’était là

qu’il devait la retrouver. Il y réussit, mais ce fut, dit-on, par

l’effet du temps, plutôt que par celui de la leçon. Le temps, pour

guérir de l’amour, en sait beaucoup plus qu’Aristote.

=ARLEQUIN.=—_Les trente-six raisons d’Arlequin._

On appelle ainsi des raisons superflues. Arlequin, dans une comédie du

théâtre italien, excuse son maître de ce qu’il ne peut se rendre à une

invitation, pour trente-six raisons. La première c’est qu’il est mort.

On le dispense des autres.

Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes et des locutions proverbiales de la Langue Française en rapport avec de proverbes et des locutions proverbiales des autres langues · 第 31 / 62 题