Cependant le bar se dépeuplait à vue d’œil. Il était temps d’aller se
coucher.
--Tiens! le petit Ombraux! Qu’est-ce que tu fais dans nos murs?...
Cette apostrophe était proférée par un grand garçon imberbe, assis à une
table en compagnie d’une dame très blonde, très ondulée et qui se
maintenait encore vaillamment dans la seconde jeunesse.
Ombraux se détacha du groupe. Le monsieur imberbe, sans se lever, fit
les présentations:
--Monsieur Ombraux, madame Suffisant.
--Je suis arrivé ce soir, dit Ombraux après s’être incliné.
--Et tu es ici pour quelques jours?
--Peut-être une huitaine, dit Ombraux.
--Viens déjeuner demain matin au casino. Si tu as des amis, tu peux les
amener.
Maric, Linette et le jeune Anglais avaient continué doucement leur
marche vers la sortie. Ombraux les rejoignit.
--Qu’est-ce que c’est que ce type-là? demanda Maric.
--Tu ne le connais pas? Tu ne connais que lui. C’est Lordas.
--Ah! oui, Lordas! Il est dans le journalisme?
--Oui. Dans deux ou trois journaux de Paris. C’est un monsieur
important.
--Et la dame?
--Et la dame? Eh bien! je les vois ensemble depuis deux ou trois
saisons. Mais ce n’est pas son épouse à lui, c’est la bonne amie d’un
très vieux monsieur qui a une des plus belles villas de la côte. Comment
s’appelle-t-il donc?... Attends!... Beurin!
«J’ai été mis en relations avec Lordas par l’étude où j’étais clerc. Il
a eu des procès dont le patron s’est occupé. J’allais le voir pour lui
montrer les pièces de procédure et il m’a invité à déjeuner plusieurs
fois. Il est très gentil quand ça lui dit. Et il aime bien inviter les
gens à déjeuner.