--Enfin, est-ce que tu peux me dire comment il s’appelle exactement?
--Il s’appelle Maulon. Sa fille s’appelle Rita. Tu vas voir comme ça lui
va bien.
--Si tu te mets maintenant à la chiner toi-même...
--N’en parlons plus. Tu me raconteras ton impression.
Le docteur Maulon avait fait quelques pas vers eux. Il s’inclina et
donna à son visage le maximum d’amabilité possible. Mais les muscles qui
commandaient son sourire ne fonctionnaient pas parfaitement, ni avec
ensemble. Il en résultait sur ses traits une sorte de crispation
asymétrique. Enfin, l’intention y était.
Il serra la main d’Ombraux en inclinant la tête par trois fois, ce qui
voulait dire sans doute: soyez le bienvenu. Dans la salle à manger
dallée et très vaste où ils pénétrèrent, il y avait des verres de bière,
remplis depuis un moment. Charlie Ombraux, pour son goût, préférait une
bière franchement tirée. Mais il avait soif, et but.
Si Charlie Ombraux avait été plus familiarisé avec les souvenirs de
l’Écriture, il aurait évoqué le jeune fiancé d’il y a quatre mille ans,
en train de gravir une colline et qui voit soudain descendre au-devant
de lui la douce Fiancée à qui il doit unir sa vie et que les poètes
anciens comparent à divers végétaux, soit un arbre du pays ou une grande
fleur s’élançant librement dans le ciel.
Si les poètes anciens avaient assisté à l’apparition de mademoiselle
Maulon, il leur eût fallu beaucoup d’exaltation pour donner l’essor à
leurs comparaisons favorites.
Rita ne se distinguait par aucune difformité. C’était une personne
plutôt grande, sans grâce. On la louait dans la famille de n’avoir
jamais eu recours à la poudre de riz et aux ingrédients divers qui
donnent de l’éclat au visage. Il n’était pas prouvé qu’elle eût eu
raison de renoncer à ces artifices.
Ses gros sourcils noirs semblaient indiquer qu’elle était la fille
irrécusable du docteur Maulon,--ou d’un autre monsieur pourvu de gros
sourcils.