SEGOND MÉMOIRE.

=Chiffre.=--[Ayant les deux comtes du North, et ceulx qui les suyvent,

prins les armes pour restablyr la relligion catholique en Angleterre,

et pour mettre la Royne d'Escoce en liberté, et à icelle conserver la

succession de ceste couronne, et pour s'opposer à ceulx qui, abusantz

de l'auctorité qu'ilz ont prèz de la Royne d'Angleterre, l'employent à

travailler les subjectz du royaulme et offancer les princes

estrangiers, ilz ont espéré que, par mon moyen et de celluy de

l'ambassadeur d'Espaigne, ilz seroient secouruz de nos deux Maistres,

comme de deux grandz princes, intéressez en leur entreprinse.

Dont, pour icelle continuer, ilz nous ont faict remonstrer que, pour

le présent, ilz se trouvent assés fortz de gens, mais qu'ilz n'ont

argent pour les entretenir que jusques envyron le Xe ou XVe de

janvier, et que celluy de Northomberland a desjà advancé sept ou huict

mil escuz, qui est tout ce qu'il a peu fornyr, par ainsy requièrent

d'estre promptement secouruz.

Sur quoy, pour mon regard, je leur ay faict considérer l'infiny

espuysement des finances du Roy, Mon Seigneur, par la présente guerre

de son royaulme, et aussi que le secours qui s'attand de luy à

Dombertrand ne sera sans frais, lequel reviendra beaulcoup au proffict

de leur entreprinse, dont se sont assés con[tentés] des bonnes

espérances, que je leur ay données, de toute l'assistance que le Roy

leur pourra faire, mesmes d'argent s'il en a, et de ge[ns.......] et

de retraicte s'il est besoing en son royaulme. Néantmoins m'ont fort

conjuré d'escripre à Sa Majesté qu'il luy playse leur fornyr quelque

somme, sellon qu'il en pourra avoir la commodité; ce que je n'ay peu

reffuzer de leur accorder. Et semble qu'avec bien peu d'argent de Sa

Majesté ou de celluy du douayre de la Royne d'Escoce, porté à Callais

ou à Bouloigne, ausquelz lieux ilz l'yront bien cercher, ilz se

contanteront.

Quant à l'ambassadeur d'Espaigne, de tant qu'ilz avoient de grandes

promesses de luy, et mesmes lettre de sa main, laquelle celluy de

Northomberland porte toutjour sur soy, et qu'avant s'eslever il

les sollicitoit, par offres d'ung grand et présent secours

d'arquebouziers, de corseletz, de gens de cheval, et de cent mil

escuz, affin qu'ilz prinsent incontinent les armes, meintennant qu'ilz

les ont prinzes et qu'ilz se trouvent en nécessité d'argent, et ayant

le dict ambassadeur moyen de leur faire frayer huict mil escuz par

deux merchantz de ceste ville, qui, sur sa parolle, se offrent de les

leur bailler, ilz sont fort esbahys que non seulement il reffuze de le

faire «par ce, dict il, qu'il n'a expresse commission pour cella du

duc d'Alve,» mais aussi se monstre assés froid sur tout le reste du

secours promiz, et qu'il ne fault qu'ilz espèrent que le duc s'advance

d'en bailler, si quelcun des plus grandz et principaulx d'entre eulx

ne va devers luy pour accorder à quelles condicions il l'envoyera, et

à quelles ilz le prendront.

Sur quoy, je ne fays doubte que les voyant à ceste heure entrez bien

avant et avoir besoing de luy, qu'il ne les veuille attirer à ses

intentions, et, entre aultres, à celle qu'il a grande du mariage de la

Royne d'Escoce et de dom Joan, avec le tiltre de la succession de ce

royaulme; à quoy le comte de Northomberlan s'est toutjours monstré

fort enclin, et qu'il les veult aussi [engager] de ne poser les armes,

ny faire aulcun accord, sans luy.

Et se voyt assés que ce réfroydissement n'est que artiffice par[ce que

je] sçay que le dict duc a esté fort marry que le viscomte de Montegu

[ne] soit passé devers luy, comme il l'avoit promiz, et comme

l'am[bassadeur] luy avoit desjà baillé lettre pour ce faire, et a le

dict duc mandé qu'il face grand instance au dict de Montegu, ou bien à

quelque [aultre] seigneur de qualité de ce royaulme, de l'aller

trouver.

Ce que le dict ambassadeur essaye de faire par toutes les persuasions

qu'il peult; et cependant que luy et le marquis de Chetona n'ont peu

obtenir passeport pour escripre en Flandres, ilz ont faict que le Sr.

Barbarin, gentilhomme florentin, de la troupe du dict marquis, a

feinct qu'il luy estoit nécessaire pour sa santé de retourner dellà

la mer, dont, ayant pour une si raysonnable occasion obtenu son congé,

sans toutesfoys pouvoir pourter aulcunes lettres, ilz luy ont

secrectement baillé ces quatre motz d'escriptz «_croyez entièrement le

pourteur_» signé des deux, en si peu de papier, qu'il l'a peu cacher

en lieu secrect de sa personne; et sa créance a esté que n'y ayant

espérance d'accord ez différandz des prinses, bien que le dict marquis

se soit miz en debvoir de l'offrir à ceulx cy avec les plus

gracieuses, voyre humbles, condicions qu'il a peu, mais se monstrans

eulx opiniastres de n'y vouloir entendre, ilz prient le duc d'Alve de

ne temporiser plus à leur faire le piz qu'il pourra comme à obstinez

ennemis, et qu'il se haste d'entreprendre quelque chose contre eulx,

pendant que ces troubles du North sont en vigueur, car ne recouvrera

jamais une plus belle occasion; et que le dict marquis se trouve si

offancé des indignitez qu'ilz luy ont faictes, qu'il n'a rien en plus

grand desir que de s'en venger. Et, despuys le despartement du dict

Barbarin, ung aultre gentilhomme anglois a esté dépesché devers le

dict duc de la part du dict de Montegu, lequel, parce qu'il a heu à

descendre en France, il m'a requiz ung passeport, et oultre celluy là

j'entendz que ceulx du North luy ont dépesché le Sr. de Marconville,

qui est le plus capable et suffizant homme qu'ilz ayent.]

CERTAINE DÉCLARATION que ceulx du North ont faicte de l'intention

de leur entreprinse.

Comme, par le très inique et sinistre raport d'aulcuns malicieux

ennemys de la parolle de Dieu et du publicque estat de ce

royaulme, ayt esté publié et miz en avant que l'assemblée des

nobles hommes, les comtes de Northomberland et de Vuesmerland,

et de plusieurs aultres principaulx personnaiges qui suyvent

leur party, ayt esté et soit contre la couronne et au préjudice

de cest estat, il a semblé bon aus dictz deux comtes, et à

ceulx de leur conseil, de signiffier à toutz les bons subjectz

de la Majesté de la Royne quelle est en cest endroict leur

vraye et saincte intention, et celle de leurs amys et alliés,

comme s'ensuyt:

Parce que très saigement et loyaulment a esté naguières admis par

le hault et puissant prince Thomas duc de Norfolc, Henry comte

d'Arondel, Guillaume comte de Pembrok, et Nous, comtes de

Northomberland et Vuesmerland, et plusieurs aultres de l'ancienne

noblesse de ce royaulme, avec grand consentement de toutz les gens

de bien, qui favorisent la parolle de Dieu et ayment l'honneur de

cest estat, qu'il estoit nécessaire, pour obvier à effuzion de

sang et à la ruyne de ce commun pays, et aussi pour refformer les

désordonnées personnes qui, par abuz et par la malicieuse

praticque d'aulcuns aultres, à eulx semblables, ont esté ellevez,

de faire entendre à ung chacun quelle est la légitime succession

de ceste couronne, et à qui, par légitime droict, cy après elle

doibt apartenir, affin de ne la laysser aller à la dangereuse et

incertaine descision que, pour rayson de divers tiltres,

plusieurs, qui y prétendent intérest, la pourroient faire venir;

Laquelle saincte, bonne et honnorable intention de la dicte

noblesse a esté, en plusieurs et diverses façons très mauvaises,

préocupée envers la Majesté de ladicte Dame par les communs

ennemys de son royaulme, et par iceulx mesmes, et leurs pernicieux

et détestables conseilz et pratiques, qui nous sont assés cogneues

et au reste de la noblesse, noz vies et noz libertez sont mises

meintennant en grand dangier, et monopolles toutz les jours faictz

pour apréhender noz personnes, conseils vrayement procédantz de la

damnable et ambicieuse affection de ceulx qui, pour aulcune nostre

soubzmission, ne peult estre aultrement modérée que par les armes;

A l'ocasion de quoy nous nous sommes assemblez d'une juste et

loyalle intention envers la Majesté de la Royne et envers sa

couronne, et la légitime succession d'icelle, pour leur résister

force par force; et voyantz que nulle intercession ne nous peult

valloir, nous nous sommes commiz à la grande bonté et clémence de

Dieu et à l'assistance de toutz les vrays zélateurs de ce

royaulme, résoluz en nous mesmes d'advanturer entièrement noz

vies, terres et biens, en ceste très juste et saincte

entreprinse; en quoy nous requérons affectueusement l'ayde et

secours de toutz ceulx qui desirent le repoz de cest estat et

celluy de l'ancienne noblesse qui y est.

_Du mesmes jour._

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Second Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 170 / 189 题