AULTRE LETTRE AU ROY.

Sire, ceste segonde lettre est pour me conjouyr avecques Vostre

Majesté de la reddition de St. Jehan d'Angely, et du debvoir auquel

les princes de Navarre et de Condé, monsieur l'Admyral et ceulx qui

les ont suyviz se veulent mettre de requérir, à genoux, vostre bonne

grâce, et retourner à vostre obéyssance, ainsy que par les vostres, du

XXVIIIe du passé, il vous playt me le mander; lesquelles je n'ay

receues que ainsy que mon pacquet estoit desjà cloz et dellivré au Sr.

de Vassal. Et avec icelles j'ay ensemblement receu voz dernières, qui

sont du quatriesme du présent. J'yray, pour l'occasion des unes et des

aultres, trouver du premier jour la Royne d'Angleterre, et verray

comme elle prendra ces bonnes nouvelles.

L'on m'a présentement faict entendre de sa part celles de cy dessoubz

aulx propres termes qui s'ensuyvent:

«La nuict du XVIIIe de ce moys, s'estantz les rebelles de la Royne

assemblez au chasteau de Duren pour prendre résolution s'ilz debvoient

combattre ou non, ilz se sont trouvez de contraire adviz entre eulx,

remonstrant le comte de Northomberland qu'il n'avoit prins les armes

pour assaillir les gens de la Royne, sa Mestresse, mais seulement pour

deffandre sa personne et celle des aultres seigneurs et gens de bien

de sa compaignie, et pour faire certaine remonstrance à la dicte Dame

affin de redresser aulcunes choses au bien et proffict de la noblesse

et de tout l'estat du royaulme; et que, s'estant là dessus meu

différant entre luy et le comte de Vuesmerland, il s'estoit retiré

icelle mesme nuict, avec douze centz chevaulx au lieu et chasteau de

Exain; et le dict de Vuesmerland avoit prins ung aultre chemyn avec

huict centz chevaulx vers Lisdidale, layssans leurs gens de pied,

lesquelz avoient incontinent envoyé accepter le pardon de la dicte

Dame; et avoient pareillement habandonné Artelpoul et layssé leur

artillerye;--que le comte de Sussex et sire Jehan Fauster entendant

cella s'estoient miz, l'ung, d'ung costé, avec quinze centz chevaulx

et six centz harquebouziers, et l'aultre, de l'aultre, avec mil

chevaulx à poursuyvre les dicts comtes;--que le comte de Vuarvich et

l'admyral Clinton, ayantz layssé leur infanterye à Ripon, avoient

dilligentment passé la rivière, avec toute la cavallerie et avec ung

nombre d'arquebouziers et six pièces de campaigne, pour se mettre

[après];--que le comte de Mora s'estoit aproché en la frontière pour

combattre le dict de Northomberland, et offert à la dicte Royne

d'Angleterre dix mil hommes payez pour vingt deux jours, s'il luy

playsoit de s'en servyr.»

Je vériffieray mieulx ceste nouvelle, et par mes premières vous en

manderay ce que j'en auray aprins, aydant le Créateur auquel je prie,

après avoir très humblement baysé les mains de Vostre Majesté qu'il

vous doinct, Sire, en parfaicte santé, très heureuse et très longue

vie, et toute la grandeur et prospérité que vous desire.

De Londres ce XXVIIe de décembre 1569.

ADDITION A LA LXXIIIe DEPÊCHE.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Second Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 171 / 189 题