A LA ROYNE.

Madame, ayant comprins, par le retour du dict Sr. de La Croix et par

les lettres qu'il m'a apportées, beaulcoup de choses de vostre

intention, je mettray peine de les accomplir le plus entièrement qu'il

me sera possible, et me semble que la bonne lettre, que le Roy a

escripte à monsieur l'ambassadeur d'Angleterre, touchant

l'interception de mon pacquet, et touchant le faict de la Royne

d'Escoce, a esté bien à propos. L'on dict que la Royne d'Angleterre

porte ung merveilleux ennuy dans son cueur de ceste eslévation du

North, disant avecques larmes qu'elle n'a rien moins mérité que cella

de ses subjectz, et qu'elle ne peult croyre qu'ilz ayent sitost oblyé

les bons trettemens qu'ilz ont toutjour receu d'elle, pour s'en

monstrer à ceste heure si ingratz; et qu'il fault que cella procède de

la menée d'aulcuns estrangiers, dont est entrée en grande souspeçon et

deffiance du duc d'Alve et des ministres du Roy d'Espaigne, et se

crainct assés de Voz Majestez Très Chrestiennes pour les choses

qu'elle sçayt que les siens ont mené avec ceulx de la Rochelle; mesmes

qu'il semble,

=Chiffre.=--[Qu'ung nommé le Sr. Standen, Anglois, lequel, despuys la

mort du feu Roy d'Escoce, s'est tenu en France, ayt, entre aultres

particullaritez de la bataille et de ce qui a succédé despuys icelle,

naguières escript à ung sien frère en ceste ville, qu'il se préparoit

quelque entreprinse en France contre ce pays, dont icelluy frère a

esté interrogé là dessus, et de certaine prison appellé le _Flit_ où

il avoit esté long temps dettenu l'on l'a remué dans la Tour,]--Vostre

Majesté advisera s'il sera bon de rasseurer ceste princesse de vostre

part, ou la laysser en ce suspens.

Les adviz, qu'on a icy d'Allemaigne, sont que le duc de Cazimir a sa

levée de quatre mille chevaulx et quelques gens de pied toute preste,

et, qu'aussitost qu'il aura touché certain argent, que je présume

estre celluy des bagues de la Royne de Navarre, qu'il marchera. Je ne

sçay si Mr. de Lizy aura trouvé les deniers si prestz de dellà, mais

le Sr. Grassan, qui est après à cercher icy parmy les merchans

cinquante mil {lt} esterlin (c'est cent soixante sept mille escuz)

pour frayer à la guerre qui se commance icy, ou pour envoyer en

Allemaigne, pensant les pouvoir trouver en quatre heures, n'a, en dix

jours, peu assembler qu'envyron cinquante mil escuz; n'ozantz ceulx cy

encores distribuer rien de ce qui est provenu d'Espaigne. Néantmoins,

sellon aultres adviz qui sont venuz du duc d'Alve, l'on dict qu'il ne

s'entend encores pas ung mouvement de guerre en Allemaigne.

=Chiffre.=--[_L'homme merqué de pouldre au visaige_]--m'est, despuys dix

jours, venu deux foys dire adieu pour s'en retorner, allégant quelques

occasions de son retardement, et en fin, m'a dict qu'il avoit fort

bien accomply ce qu'il avoit à faire par deçà. Sur ce, etc.

De Londres ce XXXe de novembre 1569.

PROCLAMATION DE LA ROYNE D'ANGLETERRE contre ceulx qui se sont

eslevez au pays du North.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Second Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 151 / 189 题