PAR LA ROYNE.

La Majesté de la Royne a esté diversement informée, sur la fin de

l'esté, qu'il se faisoit de secrectes menées en aulcuns lieux du

pays de Yorc et en l'évesché de Duren, qui monstroient tendre à

une prochaine assemblée et esmotion de peuple insolent; de quoy,

parce que, du commancement, les informations ne contenoient

aulcune évidante preuve, Sa Majesté y a heu moins d'esgart jusques

à ce que [à l'occasion] des secrectes assemblées et conventions,

que faisoient les comtes de Northomberland et Vuesmerland avec

aulcunes personnes suspectes, les susdictz raportz ont esté

renouvellez, et que le bruict et le commun parler d'ung chacun est

allé, de lieu en lieu, sur eulx, qui les a expressément nothez

d'en estre les autheurs.

Sur quoy, le comte de Sussex, présidant pour Sa Majesté en ces

parties du North, en a donné advertissement, adjouxtant toutesfoys

qu'en sa conscience il n'estimoit que ce fût aultre chose que

rumeurs soubdeynement levez et soubdainement finyes; et encores,

ayant incontinent mandé les dictz comtes pour conférer avec eulx

de ces rumeurs, desquelles ilz ne pouvoient nyer qu'ilz n'en

eussent ouy parler, ilz dissimulèrent néantmoins allors bien

faulcement, ainsy qu'il apert à ceste heure, et protestèrent

qu'ilz estoient ignoscens de ces occasions, offrans de despandre

leurs vyes contre ceulx qui romproient la paix; et fut donné par

le dict sieur présidant tant de foy à leurs sèremens, que non

seulement ilz furent licenciez pour s'en retourner, ains leur fut

baillé pouvoir d'examiner les causes des dictz bruictz.

Toutesfoys le feu, qu'ilz couvroient de leurs trahisons, estoit si

grand qu'il errompit bientost nouvelles flammes, dont Sa Majesté,

estant encores marrye d'entrer en aulcune ouverte mesfiance de

ceulx de sa noblesse, et desirant pour ceste occasion voir les

dictz comtes nettoyés de cest scandalle et son bon peuple demeurer

en paix, lequel vyt en grand peur d'estre pillé, commanda au dict

sieur présidant de faire entendre aus dictz deux comtes, au nom de

Sa dicte Majesté, qu'ilz eussent à venir devers elle.

Sur quoy, ayant desjà, comme il est vraysemblable, le dict sieur

présidant descouvert quelque chose davantaige de leurs mauvaises

intentions, leur escripvit seulement de venir devers luy pour

conseiller d'aulcuns affaires appartenans au conseil, ce qu'ilz

différèrent de faire avec des responces frivolles; et, les en

ayant de rechef plus expressément requis, ilz le dényèrent tout

ouvertement.

En fin Sa Majesté leur a envoyé ses propres lettres affin de ne

faillir de venir devers elle, mais, nonobstant icelles, ilz l'ont

entièrement reffuzé, et auparavant la présentation des dictes

lettres, ayantz assemblé ce qu'ilz avoient peu de personnes, qui

n'estoit toutesfoys grand nombre, parce que les plus honnestes

gens leur avoient reffuzé d'y aller, ilz sont entrez en une

actuelle et ouverte rebellyon, se sont armez et fortiffiez en

toute manière d'hostillité, et ont invadé maysons et esglizes, et

ont publié en leurs propres noms des proclamations pour mouvoir

les subjectz à prendre leur party, comme ayantz intention de

rompre et subvertir de leur propre authorité les loix, et

menassant le peuple que, quand ilz ne pourront achever leurs

intentions, adonc les estrangiers entreront dans le royaulme pour

les mettre à fin; et avec cecy, adjoustent qu'ilz n'entendent

faire aulcun préjudice à Sa Majesté, qui est ung prétexte de tout

temps prins et usurpé par trahistres; et sont deux hommes, si

leurs qualitez sont bien considérées, qui, pour la réformation

d'une grande chose, sont aussi mal choysis et ont aussi mauvais

crédit que, possible, nulz aultres de ce royaulme.

Dont cognoissant Sa Majesté en quelle sorte les dictz comtes, qui

sont toutz deux pauvres, n'ayant l'ung, qu'une bien petite portion

de ce que ses ancestres souloient tenir, qui l'ont despuys perdu,

et l'aultre, ayant presque tout son patrimoyne gasté, vont, à

ceste heure, comme gens débauchez, de çà dellà, accompaignez et

associez d'ung nombre grand de personnes désespérez comme eulx,

pour satisfaire à leur nécessité et ambition, laquelle ilz ne

peuvent assouvyr, sinon qu'ilz recourent aulx plus grandes et

extrêmes trahysons, de long temps projectées par ceulx qui les

provoquent à cella contre la personne de la Majesté de la Royne et

contre son royaulme, avec couleur d'aultres prétendues grandes

entreprinses,

Elle a trouvé bon de faire promptement entendre à toutz ses bien

aymés subjectz que les dictz deux comtes, contre le propre naturel

de la noblesse, qui a esté instituée et establye pour deffandre le

Prince comme leur chef, et préserver la paix, sont ainsy

ouvertement et traystreusement entrez en ceste grande rébellion,

et ont rompu la paix publique de ce royaulme, chose qui est contre

tout aultre exemple advenu despuys le règne de Sa Majesté, lequel

a desjà duré unze ans, et acte bien horrible contre Dieu, seul

auctheur d'une si longue paix, et de grande ingratitude contre

leur souveraine Dame, à laquelle les dictz deux comtes avoient cy

devant faict plusieurs professions de leur foy; et, à ceste heure,

sont si desnaturez et pernicieulx, que leur natif pays, par leur

seule mallice et ambicion, est pour estre troublé en la paix qu'il

a si longtemps jouye, et en sa félicité.

A cause de quoy, Sa Majesté encharge et commande à toutz ses bons

subjectz d'employer tout leur pouvoir à la préservation de la paix

commune, qui est la bénédiction de Dieu Tout Puyssant, et de

apréhender sans délay toutes manières de personnes qui, en aulcune

sorte, se monstreront favorables à la rebelle entreprinse des

dictz deux comtes ny de leurs associez; lesquelz, ainsy que Sa

Majesté par le dict comte de Sussex, son lieutenant général au

North, a commandé estre publiez rebelles et traystres à sa

couronne et dignité.

Ainsy, pour obvier à tout prétexte d'ignorance, Sa dicte Majesté

par ces présentes réytère et torne notiffier à tout son royaulme

qu'ilz sont traystres et pour telz ont à estre tenuz, réputez et

appellez en toutz propos, espérant que ceste cognoissance et

admonition, donnée à toutz ses bons subjectz, suffira pour les

faire contenir en leurs debvoirs et se contregarder de toutes les

séductions des susdictz rebelles et traystres, et de leurs

adhérans et faulteurs, nonobstant quelconque prétexte qui puisse

estre prins ou publié par eulx ou par ceulx qui n'ont pas la grâce

de Dieu de se déclairer de vivre en paix, mais à mouvoir querelles

et exciter volleries sur les biens et substance du bon peuple,

vray et propre fruict de toutes rebellions et traysons.

Donné au Chasteau de Vuyndesor, le XXIIIIe jour de novembre 1569,

en l'unziesme an du règne de Sa Majesté.

CE QUE CEULX DU NORTH ONT PUBLIÉ de la cause pour laquelle ilz

ont prins les armes.

Nous, Thomas comte de NORTHOMBERLAND et Charles comte de

VUESMERLAND, loyaulx subjectz de la Royne,

Faisons sçavoir à toutz ceulx de l'ancienne religion catholique

que Nous, avec plusieurs bien disposez personnaiges de la

noblesse, et aultres, avons promiz nostre foy en l'avencement de

ceste bonne intention, et que, pour aultant que diverses personnes

désordonnées et mal disposées, d'alentour de la Majesté de la

Royne, par leurs malicieuses et subtilles praticques, et affin de

s'avancer eulx mesmes, ont ruyné et abattu en ce royaulme la vraye

religion catholique, et abusans par ce moyen la Royne, et mettans

en mauvais ordre le royaulme, cherchent et procurent de ruyner la

noblesse;

Nous nous sommes assemblez pour leur résister par la force, et

pour, avec l'ayde de Dieu et de Vous, ô bon Peuple, restaurer

toutes les anciennes libertez de l'esglize de Dieu et de ce noble

royaulme, parce que, si nous mesmes ne le faisons, nous serons

réformez par les estrangiers, au grand dangier de l'estat de ce

pays, où nous sommes.

_Dieu saulve la Royne._

Soubzigné le comte de NORTHOMBERLAND, le comte de VUESMERLAND et

neuf aultres.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Second Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 152 / 189 题