A LA ROYNE.

Madame, vous recepvrez, s'il vous playt, par le Sr. d'Amour les

lettres, que la Royne d'Angleterre respond à celles que Vostre Majesté

luy avoit escriptes, et il vous comptera le soing qu'elle a heu de

s'enquérir de vostre bon portement et santé, et vous fera aussi

entendre les aultres particularitez qu'il a aprinses, icy mesmes, de

la dilligence, que ceulx de la nouvelle religion de deçà mettent à

relever les affaires de ceulx de leur party qui sont en France; en

quoy quelcun m'a adverty qu'ilz sont après à achapter des armes,

picques, corseletz et haquebuttes en ce pays, et que aulcuns merchandz

de la Rochelle sont venuz faire provision de quelques bledz, cher et

burres, pour passer le tout de dellà le plus secrectement que faire se

pourra, parce que ceste Royne s'y monstre assés difficille, et bonne

partie de ses subjectz en sont bien fort mal contantz. Mais ceulx, qui

manyent à ceste heure la court et les affaires, sont si passionnez

protestans qu'ilz donnent ordre que cella s'exécutte sans qu'on en

sente rien, et pouvez croyre, Madame, que je suys en grand peyne

d'avoir affaire à gens qui sont du tout contraires aulx présentes

intentions de Voz Majestez sur les troubles de vostre royaulme, et que

ceulx qui s'y monstroient modérez sont à présent toutz prisonniers; je

ne lairay pourtant de mesnaiger les bonnes parolles et les promesses

de ceste princesse en vostre endroict, le mieulx qu'il me sera

possible, pour garder qu'il ne vous viègne de mal d'icy, que le moins

que faire se pourra.

Nous avons enfin arresté ung expédiant sur la restitution des

prinses, le plus convenable que nous avons peu obtenir en affaire si

mal aysé que celluy là; et veu le désadveu de ceste Royne sur toutz

les exploictz de ces pirates, il ne s'y pouvoit, par voye de justice,

faire guières rien de mieulx, mesmes que les subjectz de ce royaulme

se plaignent qu'ilz demeurent beaulcoup plus intéressez par les

Bretons, sans qu'ilz en puyssent avoir aulcune rayson, qu'ilz n'ont

porté de dommaige à toutz les Françoys. Il vous playrra, Madame,

commander par voz lettres expresses à la court de Parlement de Roan et

à Mr. de la Meilleraye, qu'ilz ne faillent de faire la mainlevée des

biens des Anglois au dict Roan, le XXVe jour de ce moys de novembre,

comme de mesmes la restitution se fera pardeçà aulx Françoys, sellon

qu'il a esté ainsy convenu entre la Royne d'Angleterre et moy et les

depputtez du dict Roan.

La mer se va, de rechef, remplissant de pirates, dont j'ay faict

dépescher commission contre aulcuns Anglois, qui y sont, pour les

faire apréhender quelle part qu'ilz aborderont en ce royaulme; mais

l'on m'a dict que le sire Artus Chambrenant, inthime amy du comte de

Montgomery, et en la maison de qui la comtesse de Montgomery s'est

retirée, arme quelques vaysseaulx vers la coste d'Ouest, lesquelz,

s'ilz se joignent avec le bastard de Briderode et le Sr. Dolovyn et le

capitaine Sores, ilz pourront faire, tout ensemble, le nombre de

cinquante navyres de guerre, qui est pour debvoir prandre garde à la

seurté de la mer et à quelque descente en terre, qui se pourroit faire

pour surprendre quelque lieu mal gardé.

Ung personnaige, (=chiffre=>) [_marqué de pouldre au visaige_], m'est

venu prier de vous escripre qu'il ne peut encores partir d'icy de dix

jours, et que l'affaire, pour lequel il y est, se porte comme il le

desiroit. Sur ce, je bayse très humblement les mains de Vostre

Majesté, etc.

De Londres ce Ve de novembre 1569.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Second Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 129 / 189 题