Madame, encor que la Royne d'Angleterre ayt vollu faire quelque
démonstration de me contanter sur l'oltrage qui m'a esté faict de la
vollerie de mon paquet, je vous suplie néantmoins en parler si
expressément à son ambassadeur qu'il ayt occasion d'escripre à sa
Mestresse que Voz Majestez en sentent une grande offance, et qu'elles
veulent qu'elle soit réparée; vous supliant aussi luy remonstrer bien
vifvement comme Voz Majestez prenez fort à cueur le mauvais
trettement, les violances et indignitez dont avez entendu qu'elle
souffre estre uzé contre la personne et contre la liberté de la Royne
d'Escoce, estant entre ses mains; et de ce qu'elle va, de jour en
jour, dillayant de pourvoir à ses affaires, pendant que ses mauvais
subjectz vont establissant les leurs contre elle dans son propre
pays, et vont ruynant les bons subjectz qui soubstiennent son party,
et qu'ilz sont après à luy surprendre son chasteau de Dombertran pour
achever de la déshériter du tout; chose qui, à mon adviz servira de
beaulcoup, si faictes bien cognoistre au dict ambassadeur, qu'en
offençant ainsy la dicte Royne d'Escoce, il ne peult estre que Voz
Majestez ne s'en sentent oltragées et offancées; et je ne deffauldray
de mon office accoustumé en cest endroict, ainsy que Mr. l'évesque de
Roz cognoistra qu'en temps et lieu je le debvray employer.
La comtesse de Montgommery est despuys quelques jours passée en l'isle
de Gerzé, où il a esté mandé de la recepvoir, et luy permettre de
passer du tout en Angleterre quant elle vouldra. Le jeune viscomte de
Rohan, et aulcuns aultres Françoys, jusques à vingt ou trente, se sont
embarquez en ceste flotte des vins pour passer à la Rochelle.
Il est venu une très bonne nouvelle d'ung grand exploict de
monseigneur vostre filz qui ne se publie encore guyères icy, tant y a
qu'on commance d'en faire gageures à la bource. Dieu luy veuille bien
assister, auquel je suplie, etc.
De Londres ce XIIIe d'octobre 1569.
_Du dict jour._